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Archive de la catégorie Les coups de coeur

Colloque international : « Tango, Créations, Identifications, Circulations » à l’EHESS Paris du 26 au 29 octobre 2011

Voici une initiative suffisamment fructueuse pour qu’on le signale partout : un colloque a eu lieu à Paris sur le Tango, à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, du 26 au 29 octobre 2011. A ma connaissance, il n’existe pas dans le passé un tel événement aussi important à Paris.

L’organisateur en a été Esteban Buch : musicologue et directeur d’étude à l’EHESS, et le bien connu musicologue Michel Plisson (auteur de l’excellent bouquin « Tango, du noir au blanc » Ed Musiques du Monde en 2001), en a été un des modérateurs.

Localisé en 2 salles distinctes, le colloque s’est passé sur 2 jours ½, de 9h à 18h, avec pause pour le déjeuner. Les interventions de sociologues, ethnomusicologues, musiciens, et experts en analyses musicales ont été de niveau plus qu’élevé. Les interventions orales, avec projection d’images et de diapositives, avec écoutes musicales ont été analogues aux plus hautes présentations scientifiques, à la différence près que celles-ci portaient sur le Tango. Néanmoins on peut dire sans se tromper que les intervenants avaient tout à fait une optique « scientifique » en présentant au public leurs exposés. Le soir étaient prévu des tables rondes de musiciens et de danseurs.

Globalement, les interventions portaient sur :
- Tangos insolentes : Marta Savigliano
- Le langage musical : Mathieu Cepitelli, Jessica Quinones, Andrea Marsili.
- Le langage verbal : Julio Schvartzman, Penelope Patrix, John Turci Escobar, Diego Petersen, Mélanie Mertz
- L’Hybridation des genres : Geraldine Power, Jacqueline Balint-Zanchera, Omar Garcia Brunelli, Alberto Munarriz, Camila Juarez
- L’Histoire des objets techniques : Avelino Romero Pereira, Solange Bazely, Marina Canardo, Kendra Stepputat, Elia Petridou
- L’invention du Tango soviétique : Didier Francfort
- Histoire et sociologie de la Danse : Esteban Buch, Sophie Jacotot, Anna-Maria Hallgren, France Joyal, Christophe Apprill
- Tango Negro : Gustavo Goldman, Michel Plissson, Gerard Borras, Clara Biermann, Jeffrey Tobin
- Danse et Genre : Emily Bernhard Jackson, Marion Krauthaker-Ringa, Rafaël Mandressi, Elisabeth Seyler, Adriana Pegorer
- Tango savant : Christine Amos Linial, Julio Ogas, Estela Telerman et Estela Erdfehler, Federico Monjeau, Barbara Varassi Pega
- Tango et cinéma : Cristina Tavares de Bastos et Yvan Schulz, Enrique Encabo Fernandez et Berta Rubio Faus, Daisy Fancourt, Margareth Farell
- Tango Nomade : Enrique Camara de Landa, Heloisa de Araujo Duarte Valente, Thomas Hildebrandt, Meri Lao

Il serait beaucoup trop long de donner tout le détail de toutes les interventions. Mais j’ai pu relever au total 49 interventions sur ces 2jours ½. Parmi lesquelles de remarquables sur Astor Piazzolla, sur la Tipica Fernandez Fierro, sur la rythmique des années 20 et 30…..J’en oublie d’autres tout aussi remarquables.

C’est une initiative plus qu’intéressante car elle permet à des gens simplement amoureux du Tango d’accéder à des perspectives plus élevées dans l’analyse, la connaissance et la culture du Tango. Mais pour cela, pour que les Français accèdent en très grand nombre à ces colloques de très haut niveau, il faudrait qu’il y ait une traduction simultanée d’Espagnol en Français ou d’Anglais en Français. Il n’y avait pas sur ces 2 jours ½ de traduction. Chacun des intervenants parlait dans sa langue maternelle (Espagnol, Anglais, Français) ou bien en Espagnol si celui-ci maitrisait parfaitement bien cette langue. Cela obligeait les participants « écouteurs » d’être parfaitement trilingues : Espagnol, Anglais, Français. Il est sûr qu’une traduction simultanée couterait très cher, mais cela ne voudrait-il pas le coup de demander des subventions pour cela ? De même, il faudrait faire plus de battage publicitaire pour attirer les Français à ces colloques.

Cela le mérite amplement.

Las Noches de Buenos-Aires au Centre Culturel 104 à Paris

Nuit OUF soirée électro-Cumbia vendredi 16 septembre

Entre DJs et groupes cumbia-électro sur scène, la soirée était vraiment folle, et le nombreux « peuple » de Paris présent au 104 ce soir-là était jeune, et quelque peu éméché devant la scène, à scander debout le rythme effréné et répétitif du mélange cumbia et électro.

TREMOR

Le groupe Trémor tout d’abord, heureux mélange des genres entre la musique folklorique argentine à base de tambours de candombé, de chacarera, associée aux différentes boîtes à rythmes électroniques, et accompagnée d’instruments acoustiques dont le violon, m’a paru très innovant dans la recherche de sons modernes et traditionnels. Le mélange était musicalement très riche et les musiciens sont incontestablement excellents.

EL HIJO DE LA CUMBIACe groupe était uniquement focalisé sur les sons électroniques de la musique cumbia. Et là je ne me sens pas compétente pour en parler. Je laisse simplement les liens suivants à l’appréciation des internautes :

BAJOFONDO TANGO CLUB avec Luciano SUPERVIELLE

Là c’est du domaine connu dans le clan électro du Tango. Bien que Luciano Supervielle, pianiste du groupe ait dit dans la soirée : « vous l’avez compris, nous ne faisons pas du Tango » On peut se demander pourquoi, alors que de nombreux « relans » font référence au Tango dans leur musique qui est quand même bien « Tanguitisée ». Evidemment le son du bandonéon très présent apporte sa touche Tango, mais il n’y a pas que ça. J’ai pu remarquer toutefois que les dernières compositions du groupe n’avait rien à voir avec le Tango et étaient plus Rock’n Roll argentin (ceci expliquant peut-être cela). Il n’empêche que c’était vraiment le meilleur groupe.

Conclusion : excellente soirée, bien organisée. Evidemment un monde fou, tout le monde debout. Mais, et ce fut assez curieux, il y a eu distribution de chaises longues lors du passage de Bajofondo pour les spectateurs ! Etait-ce parce qu’ils passaient très tard : 1h30 du matin !

Soirée Tango samedi 17 septembre

La soirée a failli très mal commencer. Les organisateurs ont mal prévu le succès de cette soirée, et de nombreux spectateurs n’ont pas pu rentrer. Les organisateurs avaient disposé des tables et des chaises devant la scène, ce qui a limité l’accès, par manque de place, aux spectateurs qui n’avaient pas pris leur billet, puisque tout était complet.

Les spectateurs se voyant refuser l’accès au spectacle se sont mis à protester bruyamment à l’extérieur, en sifflant et vociférant. Les vigiles qui gardaient l’entrée ne se sont pas laissés attendrir. L’organisateur qui était pris à partie n’a rien voulu savoir. Incontestablement ce fut une faute, alors que la veille à la soirée électro-cumbia, le double de gens avait pu rentrer, et personne ne s’est vu refuser l’accès.

Qu’est ce qu’on a vu lors de cette soirée ?

Les danseurs en démonstration d’abord :

Gloria et Eduardo Arquimbau ; Milena Plebs et David Palo ; et les champions du monde de Tango argentin 2011 en Tango de scène Max Van de Voorde et Solange Acosta.

Bon.

Mais ce fut bien les musiciens qui ont été à l’honneur, de façon justifiée, car ils ont été fantastiques et remarquables de talent.

Concert « Piazzolla » avec orchestre à cordes, bandonéon, contrebasse, piano.

Lautaro Greco au bandonéon a été littéralement transporté ce soir-là par la musique de Piazzolla. L’entendre et le voir a été un régal et un bonheur. Le violoniste Fernando Suarez Paz, qui fut le violoniste d’Astor Piazzolla pendant 10 ans est un vieux monsieur maintenant qui a gardé toute son immense sensibilité pour son instrument, mais dont la virtuosité incomparable à l’époque, s’est un peu estompée. Normal. Il reste un très très grand du violon, et les jeunes ont beaucoup à apprendre de lui. L’excellent pianiste Nicolas Ledesma est à signaler aussi, il fait partie du quintette de Fernando Suarez Paz. Pablo Agri au violon est stupéfiant de virtuosité, d’aisance, et de sensibilité. Avec son quartet (un concert avait eu lieu dans l’après midi) Pablo Agri (fils d’Antonio Agri, qui a été aussi un des violonistes préférés d’Astor Piazzolla) est un des tout meilleurs violonistes au monde dans le domaine du Tango. Les autres musiciens de ce quartet ont été Juan Pablo Navarro à la contrebasse, Emiliano Greco au piano et Lautaro Greco au bandonéon.

Les grandes voix du Tango argentin : Raul Lavié et Maria Grana.

Accompagnés par cet orchestre à cordes, Maria Grana et Raul Lavié on été, lors du spectacle « Tango argentino » en 1989 à Paris, des chanteurs et chanteuse réputés. Ils ont gardé leur majesté, et ….leur voix ! Ce qui n’est pas si évident au bout de 30 ans de carrière.

Grande milonga avec l’orchestre Juan Jose Mosalini et Pablo Agri et Fernando Suarez Paz aux violons, Lautaro Greco au bandonéon.

Grande milonga : il faut le dire vite, car elle n’a duré qu’une heure de 1h à 2h du matin ! Néanmoins l’orchestre a été excellent et c’est ce qui compte. Heureusement que quelques couples de danseurs ont pu rester danser.

Conclusion : à part les musiciens et chanteurs qui m’ont enthousiasmée, il faut quand même noter une organisation quelque peu fébrile et peu sûre : ponctualité très limite dans le passage des artistes, et heures de passage pas conforme avec ce qui avait été annoncé par voix de presse et publicités.

Et surtout le problème des spectateurs qui n’ont pas pu rentrer.

Festival de Tarbes du 20 au 28 août 2011: 14ème édition de Tarbes en Tango

Depuis 1997, tous les ans au mois d’août, le Tango a rendez-vous dans cette bonne ville de Tarbes. La mairie, l’Office de Tourisme et l’Association Tangueando Ibos ont fait cette année encore des prouesses en invitant nombre de musiciens et danseurs pour ce Festival qui est devenu incontestablement le plus important en France. Toujours axé sur les aspects culturels, sociologiques et historiques du Tango argentin, le Festival se veut à la fois relié à la Tradition, certes, mais également, et c’est là tout son mérite, relié à toute l’actualité musicale et chorégraphique, avec des créations tout à fait modernes et innovantes. A la Halle Marcadieu par exemple, tous les spectacles se sont joués à guichet fermé le jeudi vendredi et samedi. Les milongas de ces jours-là ont affiché complets. Pour que ce Festival se déroule dans les meilleures conditions possibles, il est nécessaire que de très nombreux bénévoles soient performant, bien briefés sur leur mission. C’est le cas. L’organisation est sans faille, tout au moins vu de l’extérieur. Le travail est énorme. Dans la presse locale, j’ai lu que le budget de ce Festival a été de 200 000 €.

Pour que les gens puissent accéder facilement au Tango argentin, deux jours d’animations entièrement gratuites ont été proposés les 20 et 21 août par deux milongas au Jardin Massey, sous les arbres, avec orchestres. Cette année : le Quinteto Irreal et Los Tubatango.

Notons une innovation rare : celle de l’inauguration d’une peinture murale : « Caminito San Pedro » située Petite rue St Pierre. Sur cette fresque on peut voir une reproduction de la vraie « Caminito » à la Boca à Buenos-Aires, on peut voir peints des danseurs, un bandonéoniste qui prend étrangement les traits d’Anibal Troilo, un marin adossé à un mur, un chat, ….

Toujours les apéros-tangos dont on ne peut se passer, en ville ou au jardin Massey, avec les duos Vitullo-Porto ; Navarro-Mantuano ; Trosman-Maguna ; le trio Entonces ; et le chanteur Gabriel Menendez.

Pour les temps forts les meilleurs de ce Festival, je citerais (et cela n’engage que moi) par ordre chronologique de passage:

- Le trio Franco Luciani en concert au Pari le lundi 22 août :
Directement dans la prolongation d’Hugo Diaz, Franco Luciani est un jeune harmoniciste de très, très grand talent. Accompagné de Daniel Godfrid au piano et de Raul Chiocchio à la guitare, tout aussi talentueux, tous les thèmes interprétés par ce géant de l’harmonica étaient fantastiques de virtuosité, d’émotion, de sensibilité. Ce fut un concert inoubliable, et les rappels avec standing ovation à la fin étaient tout à fait mérités. Regardez jusqu’à la fin sur le lien suivant :

Adios Nonino d’Astor Piazzolla

- L’orquesta tipica Sanata à la Halle Marcadieu le lundi 22 août
Etrange et déjanté orquesta tipica Sanata, créé à Lyon en 2009. Mais néanmoins déjà furieusement excellent. Doté d’une énergie incroyable qui peut faire penser à la Tipica Fernandez Fierro, les compositions de cet orchestre, et les arrangements de Tangos traditionnels sont fusionnées avec rock, hip-hop et folklore. Un régal
Boîte à rythmes : Rolando Carbetti
Guitare et chant : Gaspar Pocai
Violon : Mehdi Tinaoui
Bandonéon : Estanislao Sanchez
Piano : Julian Blondel
Contrebasse : Felipe Nicholls

- La présentation des danseurs à la Halle Marcadieu le mercredi 24 août

- Le quinteto Ramiro Gallo à la Halle Marcadieu le mercredi 24 août et le samedi 27 août
Ramiro Gallo, excellent premier violon de l’orchestre « El Arranque » et de l’orchestre école Emilio Balcarce de Tango à Buenos-Aires (dont il est aussi assistant de direction), est aussi compositeur de Tangos. Pour pouvoir assouvir sa passion de composition et montrer partout dans le monde que des compositeurs de Tangos peuvent encore aujourd’hui composer, Ramiro Gallo (qui enseigne aussi) a fondé son propre quintette dans lequel il joue ses propres compositions. Certes cela déconcerte, cela ne plait pas toujours car ses compositions reflètent la modernité de notre époque, où tous les musiciens aujourd’hui connaissent les lois de l’harmonie et du contrepoint, ce qui donne quelque chose de pas forcément rythmique mais plutôt mélodique, avec rubato. Et dissonant souvent. Donc difficile à danser.
Voici deux très beaux CDs du quinteto Ramiro Gallo : « Florece » en 2003 et « Espejada » en 2006. Et quelques liens de vidéos :

- Le spectacle « De la Boca à Marcadieu » avec l’orquesta tipica Silencio le jeudi 25 août
Création originale pour le Festival de Tarbes 2011, donnée dans la Halle Marcadieu. Voici une vidéo à voir qui reflète bien ce spectacle. Avec par ordre d’apparition sur scène :
- Pablo Linares et Patricia Carrasco (qui remplaçaient Pablo Pugliese et Noël Strazza)
- Gustavo Rosas et Gisela Natoli à 0mn46
- Adrian et Amanda Costa à 1mn
- Ernesto Terri et Cynthia Fattori à 1mn23 (chorégraphie sur table sur la musique « Felino » d’électrocutango)
- Pablo Rodriguez et Noelia Hurtado à 2mn22
- Bruno Tombari et Mariangeles Caamano à 2mn28
- 3 couples en chorégraphie de groupe avec chaises : Ernesto et Cynthia, Pablo et Noelia, Bruno et Mariangeles à 3mn.

Une autre chorégraphie de groupe intéressante dans ce spectacle et que l’on ne voit pas dans la vidéo proposée ci-dessus consistait en un Tango dansé à la lumière de petites lampes torche portées par les danseurs et danseuses.

Le toujours excellent Orquesta Tipica Silencio était constitué de Roger Helou : piano et direction ; Omar Fernandez au chant ; Jens Gebel à l’orgue ; Wini Holzenkamp à la contrebasse ; Michaël Gneist à l’alto ; Dario Viri au violon ; Guillermo Destaillats au bandonéon ; et, comme invité d’honneur Ramiro Gallo au violon.

- Le spectacle « Nuit Blanche » avec le Cuarteto Lupanar le vendredi 26 août
« L’endroit où les fauves de la nuit se retrouvent pour traverser ce qui est »
J’ai déjà parlé sur ce blog de « Nuit blanche » que j’avais déjà vu à Boulogne Billancourt il y a quelques mois. Il suffit de s’y reporter, car je suis toujours aussi enthousiaste et admirative.
Citons la musique du Cuarteto Lupanar sur laquelle je ne m’étais pas trop étendue. C’est une musique originale créée pour « Nuit blanche » par Pedro Onetto, qui allie l’acoustique à des éléments électroniques. Le CD de ce spectacle dit : « Du Tango traditionnel, « Lucila et Joe » ou « Despedida », au Tango moderne, de la ville, avec des bases électroniques « Lupanar » ou « Cabaret Tornado », en passant par un Tango plus Français « Pavana » avec des touches impressionnistes.
Les musiciens : Marta Roca : violon ; Camilo Ferrero : bandonéon ; Nicolas Rainone : contrebasse ; Pedro Onetto : piano.

Les danseurs : Esteban Moreno et Claudia Codega ; Lucila Cionci et Rodrigo « Joe » Corbata ; Jorge Crudo ; Claudia Jakobsen ; Rolan Van Löor

- Le spectacle « Grotesca Pasion Trasnochada » (Passion grotesque et dépassée) avec le quinteto Ramiro Gallo le samedi 27 août
Sur une musique de Ramiro Gallo, les danseurs et danseuses de la compagnie No Bailaras sur des chorégraphies de Silvana Grill, nous ont offert un regard très innovant et provocateur sur la danse Tango et tout ce qu’elle représente. Toutes les chorégraphies sont parfaitement bien réglées, acrobatiques pour certaines, et remarquablement interprétées dans une optique sans tabou et même quelquefois très érotique. Ce qui est exprimé c’est du concret, même si on pourrait qualifier ce spectacle de « très osé », à la limite tellement osé que cela appelle au rire. Humour certes, et énorme liberté d’interprétation. Cela n’a pas plu chez certains spectateurs, mais moi j’ai aimé.

No bailaras Parte 1 - suivre le lien - video non intégrable

No balairas Parte 2 - suivre le lien - video non intégrable

- La milonga place de la mairie : « de Piazzolla à nos jours » le samedi 27 août, grâce au DJ Claude de Tangueando Ibos
Voici une initiative plaisante de Claude, qui est de proposer une milonga « hors norme » c’est-à-dire non traditionnelle pure et dure où l’on connait tous les Tangos, Valses et Milongas par cœur. Claude a proposé des musiques de Piazzolla, et des musiques avec arrangements très actuels. Ca change, et au moins, on ne s’ennuie pas. Si l’on considère les nombreux participants à cette milonga, on peut dire que cette initiative a été positive et qu’elle mérite d’être amplement reconduite, non seulement à Tarbes, mais partout ailleurs.

A l’inverse (et cela n’engage que moi aussi), je citerais deux concerts-spectacles au Pari qui m’ont semblés sans intérêt et dénués d’émotion : les chanteurs et chanteuse « Analia Sirio et Guillermo Fernandez » le mardi 23 août, et surtout « L’Ange de Toulouse : Carlos Gardel » le mercredi 24 août où il m’a semblé que la ville de Tarbes et Tangueando Ibos (lequel est responsable ?) étaient indignes de proposer un tel concert, mâtiné de textes inintéressants. Chanteur très limite, seuls les 4 guitaristes tiraient leur épingle du jeu. Pauvre Carlos Gardel qui a dû se retourner dans sa tombe……
Et puis il y a les spectacles, conférence et concert que je n’ai pas pu voir, n’ayant pas le don d’ubiquité : le groupe « San Telmo Lounge » que je regrette bien de n’avoir pas vu, la conférence « les chanteurs dans le Tango » dont je ne pourrai relater la discussion, et le concert des stagiaires musique et chant. Dommage.

Question cinéma, j’ai vu 3 films intéressants :
- L’acrobate de Jean-Daniel Pollet (1976) avec Claude Melki et Guy Marchand.

Voici ce que dit le journal « Le Monde » sur ce film très attachant :
L’Acrobate a été réalisé par Jean-Daniel Pollet (par ailleurs auteur du très beau Méditerranée) en 1976. Claude Melki, son acteur principal, est un apprenti tailleur qu’il a rencontré vingt ans plus tôt dans un dancing de Nogent-sur-Marne (Val-de-Marne) et qui traverse sa filmographie à la manière d’un miracle mélancolique et lunaire.
Tel un Buster Keaton de Paname, il incarne dans L’Acrobate Léon, un garçon de bains timide qui est passé maître dans le cumul des infortunes sentimentales. Martyrisé par la patronne de l’établissement, moqué par ses collègues, poursuivi par les visées lubriques d’une vieille peau, méprisé par la fille de joie qu’il aime d’un amour vainement rédempteur, incessamment admonesté par le tombeur macho qui se prétend son copain, Léon le gringalet passe-muraille, un beau jour, se met au tango. Ça tombe bien, il est doué, et, passé maître dans la technique de cette danse, se met à la dépasser en raflant les concours en compagnie de Fumée, la fille du trottoir convertie à la piste.
Ce film rare est au demeurant construit sur ce même postulat : la technique n’est bonne qu’à être dépassée. L’Acrobate nous invite conséquemment à le suivre sur les chemins escarpés du coq-à-l’âne, de l’incongruité, de la fantaisie et de la liberté.
Rythmé par les pas du tango, emporté par le corps transfiguré du garçon de bains, on est prié de le suivre sans faire trop de manières, pour le parfum palpitant de Paris, pour la revisite d’un certain cinéma populaire, pour le charme tristement burlesque de Melki, pour la légèreté fluide et gracieuse avec laquelle tout cela nous est offert.
Parmi les compléments de ce disque, notons la présence de deux courts métrages antérieurs de Pollet, dans lesquels Melki faisait ses premières étincelles, sous le signe programmatique de la débandade.
Pourvu qu’on ait l’ivresse a ainsi scellé la rencontre du cinéaste et de l’acteur en 1957, sous les auspices d’un type moche et quelconque qui rate toutes les occasions d’emballer dans un dancing (sublime !). Gala (1962) décale un peu le canevas, en faisant de Melki l’employé minable, réduit à l’observation des beautés locales par un trou de serrure, d’un club de danse légère tenu et fréquenté par des Noirs flamboyants. L’Acrobate aura été la dernière collaboration de Melki au cinéma de Pollet qui l’a révélé, sans suite notable pour sa carrière, au point qu’il meurt oublié en 1994.

- Medianeras de Gustavo Taretto (2011)
Voici ce que dit le site « excessif » sur ce film :

L’HISTOIRE : Martin et Mariana vivent le désespoir de leur génération, seuls dans leur appartement. Entre ordinateur et espoirs déçus, ils s’enferrent dans la déprime et peinent à forcer leur destin. Leur vie n’est ainsi que fuites et tristesse, à l’image d’une Argentine que la crise n’épargna pas. Jusqu’au jour où leurs chemins vont se rencontrer. Original et passionnant.

Avec Medianeras, l’argentin Gustavo Taretto signe un film de son temps et bien dans son époque. Portrait d’une génération que les années 2000 ont égaré en pleine modernité, il nous conte les amours impossibles de Martin et Mariana, deux âmes perdues dans la ville. Et pour se faire, il a recours à tout l’arsenal des nouvelles technologies qui éloignent plus qu’elles rapprochent, les êtres qui sont seuls.
Rythmés par le changement des saisons, les jours de nos deux protagonistes se ressemblent ainsi trait pour trait; chacun essayant de forcer son destin. Sans jamais paraître y parvenir, tous deux restent hélas comme perdus entre procrastination et incapacité, donnant l’impression que tout s’acharne contre eux.

Loin de se limiter à ce récit ô combien moderne, Medinaeras va pourtant au-delà de la simple illustration. Il cumule les audaces en termes de mise en images et de monstration. Les cadres fixes, tous composés avec soin, s’imposent et soulignent l’enfermement et le clos qui règlent la vie de nos personnages.Quant aux superbes plans qui utilisent à dessein l’architecture de Buenos Aires, Gustavo Taretto les emploie pour exprimer le désarroi de ces êtres qui souhaitent l’amour sans savoir vértitablement comment le trouver. Ainsi, murs, façades et autres bâtiments figurent-ils l’isolement et l’emprisonnement de ceux à qui notre temps a promis la liberté et une vie heureuse. Une utopie urbaine et chimérique pour laquelle Marian et Mariana semblent inadaptés, comme tant d’autres.
Entre l’imagerie d’un cinéma indépendant américain récent, oscillant entre Garden State et (500) jours ensemble, et une construction qui s’empare de la ville avec intelligence, Medianeras signale idéalement le talent d’un jeune réalisateur et le côté foisonnant et fortement générationnel de sa première oeuvre.
Assurément, le cinéma argentin a de beaux jours devant lui !
Jean-Baptiste GUEGAN

- Tetro de Francis Ford Copolla (2009)
Voici ce que dit « le Monde » sur ce très beau film :
“Tetro” : l’autobiographie rêvée de Francis Ford Coppola

Son prénom
est Angelo. Son nom est Tetrocini. Tetro, le triste, est le surnom qu’il s’est choisi pour changer, renaître, oublier le passé. Il a mis de côté ses ambitions littéraires, il a coupé les ponts avec sa famille, s’est installé à Buenos Aires, où il vit avec une fille qu’il a connue à l’asile psychiatrique. C’est là que son jeune frère, employé d’une compagnie maritime, vient lui rendre visite, lui reproche de l’avoir abandonné, et se fait accueillir fraîchement.
Ouvertement autobiographique, Tetro, le nouveau film de Francis Ford Coppola, est l’un des seuls dont il ait écrit le scénario lui-même (avec Conversation secrète, 1974). Il ne se cache pas d’y évoquer les rapports qu’il eut avec son frère aîné, son modèle, disparu soudainement lorsqu’il était âgé de 14 ans. L’épisode avait déjà été suggéré dans Rusty James (1983). Le film recèle une autre clé : la rivalité entre ces deux musiciens que furent le père et l’oncle de Coppola, le second ayant un jour suggéré au premier de changer de nom afin de ne pas lui faire de l’ombre.

Le thème de Tetro est donc la rivalité, la sourde lutte que se livrent des hommes d’une même famille pour s’affirmer artistiquement. Dans la famille Tetrocini, le despote est le père, chef d’orchestre renommé, dont on célébrera les funérailles sur une scène de théâtre, dans une atmosphère de rancoeur solennelle et de dérision. Un ogre séducteur qui aurait pu inspirer à Freud son Totem et tabou. Là encore, les fidèles de Coppola sont en terrain connu. Le Parrain II (1975) était l’histoire de deux frères dont l’un tue l’autre, tels Caïn et Abel, et qu’était le premier Parrain (1972) sinon l’histoire d’un père tyrannique flanqué de fils rivaux ? La réflexion de Tetro, au début du film, après qu’il s’est mis en retrait de son clan - “L’amour dans ma famille, c’est un couteau dans le dos” - vient en écho à celle du parrain Michael Corleone affirmant : “C’est ma famille, ce n’est pas moi.”

Ce film-là déroute, parce que, à la différence des oeuvres les plus célèbres de Coppola, il se situe moins dans le tape-à-l’oeil que dans le contre-jour (le film est en noir et blanc à l’exception de flash-back en couleurs), moins dans l’exhibitionnisme et l’artifice que dans la pudeur. Du côté de Tennessee Williams, de Michael Powell (auquel le cinéaste rend hommage dans une scène inspirée de ses Contes d’Hoffmann), de Faust, de la danse et du théâtre, de la réflexion sur la création et sur les secrets, les démons intimes, plutôt que basé sur des considérations commerciales.
Il déroute aussi parce que Coppola s’était éloigné du cinéma, consacré à ses vignobles et à ses enfants, et qu’il revient, pas sénile pour un sou, avec une rare liberté de narration, une enviable vivacité de metteur en scène, pour creuser un sillon dans lequel il avait déjà laissé son empreinte : celui de la perpétuelle remise en question, du thème de la fuite, de l’autodestruction, de la tentation d’accumuler des références culturelles au risque de n’être pas compris.

Après L’Homme sans âge (2007), dans lequel un chercheur revivait sa vie à l’envers et s’enivrait du vertige d’une recherche d’un langage codé, Tetro est l’histoire d’un romancier qui se saborde, refoule son désir, camoufle un manuscrit que l’on ne peut lire que dans un miroir. Et l’histoire d’un héritier (frère ou fils, on n’en dira pas plus) qui, au prix d’une usurpation, oblige l’artiste à confesser ses vérités et à remettre son oeuvre à l’endroit.

Vincent Gallo, qui incarne Tetro, n’a pas une jambe dans le plâtre pour rien. Il s’agit ici de castration affective et créatrice, d’un coeur brisé et d’un corps cassé. On n’est par en Argentine par hasard : c’est la patrie de Borges, écrivain de la confusion d’identités. Mélodrame au final d’opéra, le film honore avec virtuosité cet art du son et de la lumière qu’est le cinéma. Tic-tac d’horlogerie (on sait chez lui l’obsession du temps qui passe), battements d’ailes d’un papillon attiré par une ampoule électrique.

Mais signe de vie, symptôme de vérité, cette lumière est aussi instrument de mort. C’est parce qu’il est aveuglé par les phares d’une voiture que Tetro tue sa mère dans un accident (au cours duquel on entend le frôlement du papillon contre le verre). C’est en raison de l’appât de la gloire que le père a oublié d’aimer les siens. Même couronné par le “Prix des parricides”, Tetro ne veut ni reconnaissance ni notoriété. “Le succès n’est rien”, dit-il. Assénée par Coppola, dont on sait la boursouflure narcissique, cette réplique acquiert un certain poids.

J’ai vu 1 film bizarre : « La Antena/Telepolis » d’Esteban Sapir (2008) :

L’histoire
Dans un monde où la politique dirige les médias, la Télévision ne cesse d’émettre des programmes de masse pour contrôler l’Opinion Publique et guider la population.

Obnubilé par les émissions de consommation le peuple se désintéresse de la politique. MR TELE, chef des programmes et dictateur du régime, a pour solution finale d’hypnotiser les gens pour s’en assurer une dévotion totale.

Au milieu de ce monde de désolation, où les habitants ont été privés de toute parole et ne communiquent plus entre eux, subsiste LA VOIX. Elle est l’unique rescapée de cette dictature qui possède encore la parole et représente le dernier espoir de faire basculer le régime.
Telepolis (La Antena) s’attaque de manière engagée au sujet contemporain de la manipulation politique à travers la communication dans les médias. Loin d’un traitement polémique classique, Esteban Sapir traite son sujet avec finesse et métaphore en nous plongeant dans un univers féerique et poétique.

A travers un film Noir & Blanc, épuré de paroles, le jeune réalisateur argentin se doit de composer chaque cadrage avec une ingéniosité picturale. Il ne manque pas de faire de nombreuses références aux grands classiques du Cinéma muet comme Le Voyage dans la Lune (1902) de Georges Méliès ou Metropolis (1927) de Fritz Lang et de rendre hommage à l’Expressionnisme allemand.

Esteban Sapir mêle son Cinéma d’inspiration des maîtres d’une autre époque à ses références contemporaines comme Tim Burton et Terry Gilliam pour peindre avec candeur les personnages imaginaires de son conte Telepolis (La Antena).

J’ai laissé de côté volontairement « Tango » de Carlos saura que tout le monde connait. J’ai loupé « La chanteuse de Tango » (2009-2010) que je verrai ultérieurement.

Conclusion :
Cette année encore un remarquable Festival de Tango argentin où tous les genres étaient représentés, du Tango traditionnel classique au Tango le plus moderne qui soit. Eclectisme de mise, ouverture d’esprit requis, curiosité sans a priori, c’est certainement le bon plan pour que ce Festival reste le premier et le plus important. A condition de rester dans la qualité.

« Tango Roots » : Festival à Paris du 3 au 7 août 2011 : l’Argentine et l’Uruguay au cœur de Paris.

A l’Espace Oxygène à Paris s’est déroulé le Festival « Tango Roots » animé par Silvia Gerbi, comme organisatrice et professeur du 3 au 7 août 2011.
Les deux premiers soirs, (en dehors des cours de Tango et de folklore), projection de deux films documentaires, aussi intéressants l’un que l’autre, bien que n’ayant rien à voir.
Mercredi 3 août 2011
Le premier film était le reportage d’Odile Fillion « Paris, le Tango et Buenos-Aires » réalisé en 2007, consacré au Tango à Paris depuis les années 1910 jusqu’aux années 2000. C’est ainsi que l’on voit le journaliste récemment décédé Nardo Zalko (auteur de l’excellent ouvrage : Paris-Buenos-Aires, un siècle de Tango, édition du Félin en 2004) raconter l’histoire du Tango à Paris en démarrant en 1907 et en resituant les endroits mythiques : La Coupole, le Tango rue au Maire, Le Chalet du Lac, Le Balajo. Le film parle de Francisco Canaro, de Manuel Pizarro qui a passé sa vie à Paris, à tel point qu’il était complètement oublié en Argentine, et bien sûr d’Astor Piazzolla qui a donné plusieurs concerts à Paris. C’est ainsi que l’on voit le journaliste Michel Anfrol (correspondant TF1 en Argentine), assis sur un canapé auprès de Coco Dias raconter que le Tango renait en Argentine dans les années 1980, suite à l’engouement des Parisiens pour cette danse et cette musique retrouvées, suite au spectacle « Tango argentino ». Edgardo Canton, accompagné de Carmen Aguiar qui était une des premières à enseigner le Tango argentin à Paris avec son mari Victor Convalia, raconte l’ouverture et les premières années du cabaret « Les Trottoirs de Buenos-Aires » rue des Lombards dans le quartier des Halles. Nous voyons des danseurs professionnels et amateurs raconter ce qu’était le Tango dansé dans les années 50 puis dans les années 70 – 80. Jusqu’à aujourd’hui où apparaissent sur l’écran Pablo Tegli et Victoria Vieyra qui parlent du Tango qui est dit « Nuevo », mais qui est simplement l’évolution d’un Tango traditionnel, avec plus de mouvement et de liberté. Ce film-archive constitue le complément visuel du livre de Nardo Zalko.
Jeudi 4 août 2011
Le deuxième film portait sur « le Candombé afro urugayen », film documentaire de Dario Arce et Raphël Guttierez réalisé en 2003. Il raconte l’histoire de cette musique rythmique percussive à base de tambours de différentes tailles (chico, repique, piano), venue d’Afrique à travers les esclaves noirs des origines, à nos jours. A Montevidéo, le carnaval retrace tous les styles de candombé, traditionnels et plus modernes. Cette musique est très festive, on la joue dans les rues spontanément ou non, les gens dansent tout autour des tambourinaires qui marchent lentement en tapant de leurs mains et de leur baguette sur leur tambour. La fabrication des tambours est aussi relatée.
Vendredi 5 août 2011
La milonga du soir a eu un succès mérité, beaucoup de monde malgré l’espace restreint, le trio Silencio (piano, contrebasse, bandonéon) et des démos de folklore et de Tango. Beaucoup de présence, d’allure et de charisme chez Alejandro Hernandez, accompagné d’Isabelle de la Preugne pour la danse folklorique. Le numéro de « Boleadoras » a été interprété magnifiquement par Alejandro. En voici un exemplaire de vidéo, malheureusement pas celui vu à Oxygène.

Claire et Dario Da Silva ont interprété Tango et milonga dont voici une vidéo représentative:

Samedi 6 août et dimanche 7 août :
Mais, pour moi, le plus intéressant à voir et à écouter a été la conférence donnée par l’ethnomusicologue Michel Plisson « Entre le Noir et le Blanc », devant hélas trop peu de monde. Comme il dit lui-même, les danseurs de Tango ne s’intéressent pas suffisamment à la musique, et encore moins à la culture Tango en général. Pourtant c’est une culture, et il est nécessaire de la comprendre.
La conférence a porté essentiellement sur les origines du Tango, en alliant Histoire, Politique, Economie et Sociologie, tout en écouta nt des extraits musicaux très peu connus mais néanmoins grandioses. Michel Plisson est d’une richesse impressionnante dans ses connaissances de la musique Tango et latino-américaine de façon générale.
Voici ci-dessous sa propre présentation écrite de sa conférence, et on ne peut que se prosterner devant son érudition :

Festival Tango ROOTS
Du 3 au 7 aout 2011/Paris
“Tango et milonga comme expressions musicales et chorégraphiques du Rio de La Plata
Entre le noir et le blanc”
Association “La Muse amusée/Responsable Sylvia Gerbi
Michel Plisson/Ethnomusicologue/ 6 et 7 Août 2011

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INTRODUCTION

Le tango s’inscrit dans la grande famille des genres musicaux-chorégraphiques d’Amérique latine. Comme ailleurs dans ce vaste continent, les musiques de tradition orale se sont constituées en Argentine durant cinq siècles à partir d’éléments culturels étrangers les uns aux autres, notamment les cultures européennes, africaines et amérindiennes, produisant des réactions alchimiques complexes. De nouvelles expressions musicales sont nées de ces brassages biologiques et culturels. C’est bien là le fait majeur marquant : En Amérique latine, toutes les musiques de tradition orale sont le produit complexe du choc des cultures entre elles, c’est-à-dire se sont constituées à partir du métissage. Le tango ne fait pas exception à la “règle” commune. Le tango s’est constitué à partir d’éléments empruntés aux cultures noires et blanches, présentes dans le Rio de la Plata comme ailleurs en Amérique latine, même si aujourd’hui les Noirs ont presque disparu d’Argentine ou plus exactement se sont métissés avec les Blancs eux-mêmes largement métissés avec les centaines d’ethnies indiennes existantes dans cette partie de l’Amérique latine au moment de la conquête.
En revanche, les Noirs sont encore très présents à Montevideo, en Uruguay, sur la rive orientale du Rio de la Plata, dans la musique et danse candombe, sans doute là où tango et milonga sont nés en interaction avec le sud du Brésil à travers la traite afro-esclavagiste, comme musique et comme danse, dans le troisième tiers du XIXème siècle avant de s’enraciner et de prendre corps et de s’identifier symboliquement à l’Argentine.
Il existe de nombreuses musiques de tradition orale en Argentine. En réalité, chaque région possède ses propres genres musicaux, presque toutes chorégraphiés. Dans tout le pays on dénombre aujourd’hui au total environ une soixantaine de genres musico-chorégraphiques mais il en a existé beaucoup plus. Certains genres sont tombés en désuétude, ont perdu leur forme chorégraphique mais ont conservé leur forme musicale notamment la structure rythmique. En revanche, d’autres genres musico-chorégraphiques se portent merveilleusement bien, réunissent des milliers de participants lors des manifestations festives publiques, carnavals ou autres.
Comme partout en Amérique latine, ces musiques et danses sont presque toujours très territorialisées. Elles sont jouées et pratiquées dans une région et une seule, et jamais dans une autre, sauf pour quelques musiques et danses qui ont obtenu au cours de leur histoire un statut national.
C’est bien le cas du tango. Il est très territorialisé et en même temps a obtenu un statut national (et international !) quoiqu’il ne se joue et ne se pratique aujourd’hui -musique et danse- essentiellement que dans cette partie du cône sud de l’Amérique latine que l’on appelle le Río de la Plata, embouchure de l’immense fleuve Paraná, plus précisément dans les quartiers populaires de la ville de Buenos Aires et la zone suburbaine immédiate qui l’entoure, que l’on appelle le Gran Buenos Aires ainsi que dans la ville de Montevideo, de l’autre côté du fleuve [la banda oriental], large à cet endroit de plus de 40 kms (et aussi de manière populaire au Chili et en Colombie).
En réalité, le tango rentre dans un ensemble beaucoup plus vaste : les musiques urbaines du Rio de la Plata, dans lequel on peut aussi faire entrer la région sud du Brésil que l’on appelle “Rio grande do sul” qui historiquement et culturellement est liée au Río de la Plata. Cet ensemble géographique d’Amérique du sud intégre également d’autres genres musicaux et chorégraphiques qui appartiennent au même univers musical que le tango, comme la milonga, el vals porteño, el candombe uruguayo, el candombe porteño et enfin la murga, ces deux derniers genres ayant des formes complétement différentes en Uruguay et en Argentine : La murga uruguya et la murga porteña, genre festif de rue à caractère carnavalesque. La murga urugaya à toujours été très populaire à Montevideo. La murga porteña en revanche, avait presque disparu en Argentine car prohibé par les dictatures militaires successives ; elle connaît depuis les années quatre-vingt-dix, une forte résurgence tout comme le tango et la milonga. Le candombe uruguayo en Uruguay qui réuni des milliers de participants qui défilent avec leurs tambours et leurs comparsas lors du Carnaval de Montevideo est plus vivant que jamais tant du point de vue de la musique que de la danse. Le candombe porteño et ses tambours n’existe presque plus alors qu’il fut très populaire jusqu’au début du XXème siècle. Des groupes afro-argentins essayent de lui redonner corps depuis quelques années.
Depuis une quinzaine d’années, une nouvelle génération se saisi à nouveau de ces musiques et danses et les font revivre, notamment dans les quartiers populaires des deux villes de Buenos-Aires et Montevideo.
Si toutes ces musiques se pratiquent dans des zones urbaines, en revanche, elles ne se pratiquent ni dans les mêmes quartiers, ni par les mêmes groupes sociaux. En effet, ces musiques et danses sont certes le produit de l’histoire mais aussi des enjeux culturels et sociaux, symboliques et identitaires puissants qui sous-tendant les processus de création, l’évolution, l’infléchissement ou la disparition des musiques et danses qui n’est pas perceptible à travers la simple écoute musicale.
La dimension ethnomusicologique (”la musique dans son contexte”) est dès lors indispensable afin de mieux comprendre ces musiques, leurs styles, leurs techniques de jeu et de rythme, afin de mieux les interpréter, qu’il s’agisse de la musique ou de la danse touts deux étroitement imbriqués.

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Bibliographie Tango accessible en français

AZZI Maria Susana/Simon Collier, Le grand tango, Oxford University Press USA 2000
BEHAGUE G. Article sur le tango dans New Grove
BERNAND, Carmen, Histoire de Buenos Aires, Fayard, Paris 1997.
BORGES JorgeLuis/José E. Clemente, El lenguaje de Buenos Aires, 1959, EMECE, Buenos Aires, 1960.
BORGES Jorge Luis, Evaristo Carriego, EMECE Editorial Buenos Aires/ Seuil 1969.
FERRER, Horacio, Le siècle du tango : compendium illustré de son histoire, Traduction française de Jocelyne
FLEOUTER, Claude, Le tango de Buenos Aires, J.C.Lattès, Paris 1979.
HONORIN Emmanuelle, Astor Piazzolla/Le tango de la démesure, Editions Demi-Lune, 2011.
LOMBARDI Pedro, Invitation au tango/Avec les textes de Ana Karina Lombardi/Editions du collectionneur, Photos, 143 p.
PIAZZOLLA, Diana, Astor, Ed. Altantica, 2002.
PLISSON, Michel, “Le tango, l’Afrique, les Antilles et le Rio de la Plata” dans l’ouvrage collectif “D’un inconscient post-colonial, s’il existe”. Article publié dans la revue de l’ “Association freudienne internationale”, en collaboration avec la Maison de l’Amérique Latine, 1995.
PLISSON Michel “Des pratiques musicales argentines à Paris”. Ariam/ Ile de France, 1997.
PLISSON, Michel, Systèmes rythmiques, métissages et enjeux symboliques des musiques d’Amérique latine, Cahiers de musiques traditionnelles n° 13, Ateliers d’ethnomusicologie, Genève, 2001
PLISSON, Michel, “TANGO / Du noir au blanc” Actes Sud/Cité de la musique. Livre (176 p. + CD) 2001. Edition allemande : “Tango” Palmyra Verlag, Heldelberg, 183 p., 2002. Préface Horacio Ferrer. Revu et remanié + Glossaire de termes musicaux du Rio de la Plata. 2004 Réédition de “Tango : du Noir au blanc”. Edition remaniée, actualisée et augmentée d’un glossaire. Actes sud/Cité de la Musique.
PLISSON, Michel, “De la habanera au tango : L’espace urbain caraïbe et les métissages musicaux afro-américains” Actes du Colloque de l’Université de Caen. 2002 in La ville caraïbe : entre baroque et criolité, Cahiers de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (MRSH) de l’Université de Caen. 2003.
PLISSON, Michel, “Tango : entre le Noir et le blanc” Revue L’éducation musicale Septembre 2003 N° 505/506 [Programme Bac 2004 série L et Options], 2003.. + Article évolutif www.leducation-musicale.com on line.
SALAS, Horacio, Le tango, Actes Sud, 1986.
THOMAS Jean-Luc Tangos, Avant-propos d’Anna Schygulla, Solar, Paris, 25×30, Photos, 128 p. 2004.
ZALKO Nardo, Un siècle de tango, Editions du Félin, Paris 1998.
ZALKO Nardo, Paris Buenos Aires : Un siècle de tango, Editions du Félin, 317 p. 2004.

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Sites Internet
La Salida : le magazine du tango argentin
73, av. Henri Ravera
92220 BAGNEUX
Tél. : 01 46 55 22 20
Fax : 01 46 55 48 61
Mail : tango@letempsdutango.com/La Salida : www.lasalida.info
[Editée par l’association “Le temps du tango”. La meilleure et la plus complète revue sur le tango. Existe depuis une dizaine d’années. La revue s’intéresse non seulement au tango mais à la culture qui l’a vu naître : celle du Río de la Plata. Sont évoqués et traités également les thèmes de la peinture et des arts. 4 à 5 numéros par an.]

El Farolito/Paris tango magazine/Mensuel
(33) 06 99 20 47 52
Association “El Farolito”
36, rue Campo Formio
75013 PARIS
info@paristangomag.com/www.paristangomag.com
[”El Farolito”, (le petit reverbère). Revue assez récente dirigée par un couple de danseurs de tango professionnel.. Cette revue (mensuel gratuit) élégante, bien conçue, informe essentiellement sur la danse tango de manière très précise : horaires, salles, lieux, tarifs. Equivalent français de “BA Tango” ou de “El Tangauta” à Buenos Aires. Indispensable pour les danseurs de tango, même débutants].

Discographie

Astor Piazzolla, Piazzolla en suite, Astor Piazzolla col. N° 1, 037011, A. Pagani, PSB, 2000.
Astor Piazzolla, María de Buenos Aires, Astor Piazzolla col. N° 3, 037035, A. Pagani, PSB, 2000.
Astor Piazzolla, Roma 1972, Astor Piazzolla col. N° 9, 037097, A. Pagani, PSB, 2000.
Astor Piazzolla, Milano 1984, Astor Piazzolla col. N° 10, 037103, A. Pagani, PSB, 2000.
Mosalini-Gieco en concert (aller-retour), bandonéon & flûte. Récital : du baroque européen à la musique du Rio de la Plata, WDR 1997. Indigo/Label bleu LBLC 2583 (2001)
Juan José Mosalini et son grand orchestre de tango, Ciudad triste, Indigo/Label bleu LBLC 2577, 2001.
Olga Delgrossi Tango del Río de la Plata (avec Julio Cobelli (guit.) et Waldemar Metediera (bando.). Inédit/Maison des Cultures du Monde 2001.
Cáceres, Tocá tango, Celluloid, Mélodie, 6702624, 2001.
Juan Carlos Cáceres, From Buenos Aires to Paris/Best of 1958-2003, Celluloid, Mélodie 6740.2 DK 124, 2003.
Sandra Rumolino, Tango argentino, Por la vuelta,Arion, ARN 64589, 2002.
Pas à deux, Musique du spectacle “Pas à deux”, mise en scène par Camilla Saraceni, 2001.
Estudiantina Centenario 1909-1910/Rondalla Atlanta 1913/Gaucho relámpago 1914/Rondalla José Vasquez 1907-1908, El Bandoneon, EBCD 141, 2001.
Juan Carlos Cobián y su orquesta Típica 1923, El Bandoneón, EBCD 143, 2001.
Juan Carlos Cobián y su Orquesta, 1926-1928, EBCD 132, 2001.
Emma Milan, A mis dos Homeros poetas del tango, Wagram, WAG331, 2002.
Gustavo Gancedo, Tango para Ustedes, Tango Septeto, L’empreinte digitale, ED13141, 2002.
Astor Duo, En hommage à Astor Piazzolla, Pierre Dubousset Piano, Bertrand Brayard, violoncelle, Intégral Classic, INT 221.117, 2002.
Sergio & Odaïr Assad play Piazzolla, Nonesuch 75 59-79632-2, Warner, 2002.
Gidon Kremer, Astor Piazzolla, ElTango, Nonesuch 7559-79462-2, Warner, 2002.
Collection Casa del tango, Milan sur, Epsa, Universal. Quinze albums :
Ramiro Gallo Quinteto, Florece, Milan Sur, 164657, 2003.
Horacio Salgán Horacio Ferrer, Oratorio Carlos Gardel, Milan Sur,164626, 2003.
Amelita Baltar, Balada para un loco, Milan Sur, 164527, 2003.
Orquesta del tango de Buenos Aires, Direction Carlos Garcia & Raul Garello, Libertango, Milan Sur, 164428, 2003.
Néstor Marconi, El bandoneón, Milan Sur, 163629, 2003.
Julio Pane Trio, A las orquestas, Milan Sur, 164220, 2003.
Quinteto Ventarrón, Tango & guitarras, Milan Sur, 164633, 2003.
Orquesta Escuela de tango, Direction Emilio Balbarce, De contrapunto, Milan Sur,164121, 2003.
András Adorján, Jorge De La Vega, Flautas tango, Milan Sur,164022, 2003.
Astor Piazzolla, Tanguedia de amor, Milan Sur, 163926, 2003.
Alberto Garralda, Nuevo Quinteto, Los Duendes nocturnos, Milan Sur, 164640, 2003.
El Arranque, Cabulero, Milan Sur, 164329, 2003.
Horacio Salgán Ubaldo DeLío, Mano brava, Milan Sur, 163728, 2003.
Susana Rinaldi, La voz del tango, Milan Sur, 163827, 2003.
Roberto Goyeneche, Vuelvo al sur, Milan Sur, 163520, 2003.
Tango, A film of Carlos Saura, Original music by Lalo Schiffrin, Deusch Gram 459145.
Mi Buenos Aires querido, Barenboim-Mederos-Console, Teldec 13474-2.
Adiós Nonino Quarteto Amazônia toca Astor Piazzolla. Arranjos de José Bragato. Kuarup (Brésil) discos. KCD152.
César Stroscio & Esquina, Les tangos de Corto, Buda, 82241-2.
El Arranque, Clásicos, Epsa, 17183, 2002.
DanzaMaligna/Vale tango, auténtico tango argentino, version musical del espectáculo, [Théâtre de Chaillot, Juin 2003], Epsa 17465, 2003.
Quatuor Caliente : Libertango/Astor Piazzolla, musicien invité Vincent Maillard (vibraphone), Aeon, Dist. Harmonia Mundi, 2004.
Melingo/Santa Milonga, Ed. Mañana, Dist. Naïve, 2004.
Di Giusto y Camerata ambigua/La cambiada, Ed. Mañana, Dist. Naïve, 2004.
Cáceres/ Murga argentina, Ed. Mañana, Dist. Naïve, 2005.

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Merci à Silvia d’avoir organisé de mains de maître ce Festival qui a eu beaucoup de succès, y compris pour les cours qui ont affiché complet. Alors que les gens sont partis en vacances à cette période de l’année, c’est remarquable.

Festival Tangopostale de Toulouse du 5 au 10 juillet 2011

Pleine réussite et plein succès que ce 3ème festival Tangopostale de Toulouse. Très organisée, l’équipe du Président Christian Couderette a rempli parfaitement sa mission qui était de proposer au Tangueros et tangueras présents des prestations de qualité, aussi bien pour les orchestres, les danseurs professionnels (même si j’ai amèrement regretté personnellement l’absence de Pablo Tegli), les milongas en plein air et en salle, les concerts, les conférences, les films. Parmi les danseurs de milongas, on a pu noter la participation importante d’Espagnols, tous d’excellent niveau. D’autre part, il est bon de dire que ce Festival a été consacré particulièrement à Astor Piazzolla, chose que l’on verra tout au long de ce reportage écrit (et visuel).

Mardi 5 juillet : conférence « Borges et le Tango » à l’Institut Cervantes

Animée par Santiago De Luca, spécialiste de l’œuvre de Jorge Luis Borges, la conférence s’est portée sur la lecture des textes et des poèmes de l’écrivain argentin, et de leur traduction, accompagnée à la guitare par Gonzalo Bongiovanni. C’est ainsi que l’on perçoit que ce grand écrivain aimait le Tango certes, mais il l’aimait dans la période du début du Tango, où il était encore festif, joyeux, et à la limite irrévérencieux. Le côté « obscur » du Tango, les couteaux, les compadritos… Il en a parlé fort brillamment dans ses œuvres poétiques.

C’est aussi la collaboration Borges-Piazzolla (où Piazzolla a mis en musique certains poèmes de Borges). Cette rencontre en 1967 en fait, s’est mal passée, leur relation était « terrible » a dit Solange Bazely (autre intervenante dans la conférence). Pourtant « Jacinto Chiclana » (texte de Borges, musique de Piazzolla) est un très beau Tango chanté par Edmundo Rivero. La lecture de ce texte en Français a été faite par Solange. « A Don Nicanor Paredes », « El hombre de la Esquina Rosada », et bien sûr « Jacinto Chiclana » sont des Tangos enregistrés par Piazzolla et chantés par Edmundo Rivero dans l’album « El Tango ». Si Borges traitait Piazzolla de « Pianola » (piano automatique), Piazzolla le lui rendait bien, en disant de lui que non seulement Borges était aveugle, mais qu’il était également sourd !

Mercredi 6 juillet : concert en hommage à Astor Piazzolla par Marcelo Mercadante y su Quinteto Porteno. Auditorium St Pierre des Cuisines.

Cet endroit bénéficie d’une acoustique formidable. Situé dans la prolongation d’une église (St Pierre) et donc dans la même conception architecturale de nos anciens constructeurs d’églises, le concert de Marcelo Mercadante promettait d’être grandiose. Marcelo Mercadante est un bandonéoniste argentin qui vit à Barcelone, et il était entouré d’une violoniste remarquable, pleine d’émotion et de sensibilité Olvido Lanza, d’un guitariste de talent Javier Feierstein, de Gustavo Llull au piano et de Andres Serafini à la contrebasse. Parmi les œuvres de Piazzolla (Resurreccion del Angel pour moi le mieux joué, Milonga del Angel , Muerte del Angel, Verano Porteno, Adios Nonino et Pedro y Pedro au bandonéon solo : très bien joué par Marcelo Mercadante), le bandonéoniste a aussi fait connaitre ses propres œuvres : « En la Esquina, Aguita Marron, Minon… ». Evidemment, comme les œuvres de Piazzolla sont hyper connues, il était facile de comparer avec le « Maestro Piazzolla » lui-même…. Difficile de faire aussi bien ! A sa décharge, il faut bien noter que son bandonéon a eu un problème, puisqu’il a dû s’absenter quelques minutes pour le réparer….

Voici quelques images du concert : « Resurreccion del Angel « et « Milonga del Angel » d’Astor Piazzolla, à votre propre appréciation.

Jeudi 7 juillet : conférence « Piazzolla dans son temps et son espace » Centre culturel Bellegarde animée par le bandonéoniste et compositeur Marcelo Mercadante.

Conférence intéressante pour ceux qui aiment la musique et l’œuvre d’Astor Piazzolla, car Marcelo Mercadante a su faire passer, à travers la biographie d’Astor Piazzolla, le lien important entre le personnage et l’œuvre qui s’y rattache, y compris en mettant l’accent sur la réalité politique du moment et sur les révolutions technologiques (inventions du microphone, de la radio…). On sait que le jazz fait partie intégrante de la vie enfantine de Piazzolla, et que Gershwin a eu une influence énorme sur lui. Puis il y a eu Alberto Ginastera, Nadia Boulanger qui lui ont appris les règles de la composition : fugue et contrepoint de la musique classique, dite savante…

Je passe sur la biographie d’Astor Piazzolla que chacun pourra consulter sur tous les sites (nombreux) consacrés à Piazzolla.

Lors de cette conférence, Marcelo Mercadante nous a fait écouter une fugue de Dave Brubeck (musicien de jazz bien connu, compositeur de « Take Five » notamment) en citant le parallèle avec Fuga y Misterio de Piazzolla.

Autre parallèle : « West Side Story » du compositeur américain Leonard Bernstein, et « Maria de Buenos-Aires », petit opéra de Piazzolla, et Horacio Ferrer pour les textes.

Jeudi 7 juillet : cinéma : « Nosotros » : documentaire de Diego Martinez Vignatti en 2002 (Argentine – Belgique) Centre culturel Bellegarde.

Excellent documentaire sur des personnages héritiers de l’immigration à Buenos-Aires, passionnés de Tango et inquiets face à la crise économique. Ce sont des portraits attachants, touchants, toujours justes dans les propos.

Vendredi 8 juillet : cinéma : « Horacio Ferrer, Poète du Tango » film de Stefano Franchini, Massimo Martino, Antonio Maria Savella 2010. Enregistrement à Turin 2007.

Accompagné par l’orquesta tipica Alfredo Marcucci, Horacio Ferrer déclame, plutôt que chante tous ses poèmes mis en musique par Astor Piazzolla. « Balada para Un Loco, Chiquilin de Bachin, Existir, etc…. » Horacio Ferrer très ému, et nous, nous en avions la gorge serrée….. Puis une conférence filmée de 48 minutes, « Tango, Art et Mystère », donnée par Horacio Ferrer qui parle du Tango, de son Histoire, de son Esprit, un Horacio Ferrer terriblement passionné, terriblement habité par son sujet !

Vendredi 8 juillet : Table ronde : à la rencontre d’Astor Piazzolla – Médiathèque José Cabanis

Etaient présents lors de cette table ronde :
- Solange Bazely : animatrice, journaliste, conférencière
- Marcelo Mercadante : bandonéoniste et compositeur
- Françoise Thanas : traductrice en Français de la biographie « Astor » écrite par sa fille Diana Piazzolla (2002). Edition Atlantica.
- Emmanuelle Honorin : journaliste au magazine « Géo », a écrit une biographie « Astor Piazzolla, le Tango de la démesure » (2011). Edition Voix du Monde.

Dans un premier temps, quelques images extraites du DVD réalisé par la BBC : « Astor Piazzolla in portrait » sont projetées sur écran géant, et nous voyons le célèbre musicien donner son opinion sur sa musique et sur sa personnalité. Sur cette base, les intervenants parlent d’Astor Piazzolla :

- Françoise Thanas qui a rencontré le père et la fille (Diana Piazzolla) parle de cette rencontre mémorable pour elle, et on la comprend. Elle parle de la collaboration entre elle-même et Diana, pour intégrer des interviews de musiciens français dans son livre (Georges Moustaki, Jean-Claude Casadesus, Richard Galliano, Jean Guidoni), et des difficultés en définitive pour que ce livre puisse paraître en Français.
- Marcelo Mercadante parle d’Astor Piazzolla plus dans l’esprit du musicien, en faisant référence au jazz et à l’improvisation. On peut regretter la traduction très limite de M. Roux.

- Emmanuelle Honorin parle de la forte personnalité du compositeur, très provocatrice.

Vendredi 8 juillet et samedi 9 juillet : milongas à la salle Jean Mermoz

Malgré l’endroit assez excentré (nécessité d’avoir une voiture, ou de venir en taxi, ou de prendre le métro avec marche à pied assurée pour aller dans l’île Ramier)) cette salle Jean Mermoz mérite le déplacement. Très agréablement installée et décorée par toute l’équipe de bénévoles de Tangopostale, (stands de vêtements, de chaussures, un bar, un peintre de filete travaillant sur place) la salle Jean Mermoz est bien conçue pour être une grande et belle salle de danse. Uns scène suffisamment grande pour recevoir les 10 musiciens de la Tipica Imperial le samedi, une piste de danse avec un excellent parquet, et des tables et des chaises tout autour, tout était fait pour que les tangueros passent deux excellentes soirées.

Le vendredi soir, l’orchestre pour la milonga était le Quartet de Gabriel Vallejo comprenant :
- Gabriel Vallejo : piano
- Romain Lecuyer : contrebasse
- Jean-Baptiste Henry : bandonéon
- Pierre Marie-Bonafos : saxophone soprano

Voilà l’originalité : le son du saxophone soprano donne une autre touche de couleur aux différents Tangos traditionnels, interprétés par ce quartet. Cet instrument, majoritairement consacré au jazz, arrive à s’intégrer aux instruments traditionnels du Tango (piano, contrebasse, bandonéon). Peut-on alors dire qu’il remplace avantageusement le violon ? Je n’irai pas jusque là, néanmoins, il ne détonne nullement. Voici ci après des extraits, avec une mention spéciale pour la milonga, très jazzy dans la forme, portée par le piano et le saxophone. Notez également la joie des musiciens à ce moment de l’improvisation !

Mais le must très attendu bien sûr a été le samedi soir la prestation de l’Orquesta Tipica Imperial, formé de 10 jeunes musiciens excellents : 3 bandonéons, 4 violons, 1 contrebasse, 1 piano et 1 chanteur de talent. Tangos traditionnels, mais mâtinés d’arrangements très, très originaux d’avant-garde. Difficiles à danser certes, mais ô combien intéressants.

Côté démonstrations de Tangos, Valses et Milongas :
- Diego « El Parajo » Riemer et Maria Belen Giachello : beaucoup de présence, de charisme et d’élégance. Superbes démonstrations, pleines d’inventivité et de musicalité, de Tangos valses et milongas sur les deux soirées. Un régal.

- Daniel Darius et Valérie Onnis : remplaçants en dernière minute Pablo Tegli et Emilie Caron, le challenge était très difficile à relever pour les 2 soirées. Néanmoins, ils s’en sont bien tirés.

Samedi 9 juillet : le Tango au cinéma : conférence de Solange Bazely

Illustrée par de nombreux extraits de films, Solange Bazely nous a fait une brillante et complète rétrospective depuis les origines du cinéma (cinéma muet) jusqu’à aujourd’hui, de tous les films où l’on peut constater des références au Tango. Partant de 1906 jusqu’en 2005, cela passe par Max Linder en 1912 (Max professeur de Tango), par Charlie Chaplin en 1914 (Charlot danseur), par Rudolf Valentino en 1921 (les 4 cavaliers de l’apocalypse), par Eisenstein en 1917 (La Grêve), par Douglas Fairbanks en 1927 (Le Gaucho). En 1933, 1er long métrage parlant en Argentine « Tango », en 1950 « El Ultimo Payador », en 1959 Billy Wilder « Certains l’aiment chaud » et « Sunset Boulevard », le Bal d’Ettore Scola en 1983, en 1966 la comtesse de Hong-Kong, en 1972 le Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci, en 1976 l’Acrobate, en 1983 la Belle Captive, en 1985 « Tango, l’exil de Gardel » de Fernando Solanas (musique de Piazzolla), en 1988 : « Sur », en 1990 « Naked », en 1997 « Happy Together » de Wonk Kar Wai, et « La Leçon de Tango de Sally Potter avec Pablo Veron, en 2002 « Assassination Tango » de Robert Duvall, et « je ne suis pas là pour être aimé » de Stéphane Brizé en 2005. Il y a bien d’autre références bien sûr, d’autres films non cités, et Solange pourra certainement rectifier les manques !

Ce Festival était tellement riche que je n’ai pas pu tout voir malheureusement, et notamment je n’ai pu voir tout ce qui avait trait au folklore argentin : spectacle par la troupe de Gustavo Gomez : De Mi Tierra, cavalcade et démonstrations de danse folkloriques de tradition argentine. Je n’ai pas pu aller non plus aux « after ».

Toutefois, si j’ai pu donner envie d’aller l’année prochaine au 4ème Festival Tangopostale de Toulouse, j’en serai heureuse car cet événement mérite qu’on se le signale, et que le phénomène « de bouche à oreille » prenne forme dans toute son ampleur.

Martin Oliva en concert à « Contradanza » le 17 juillet à Paris

Le public présent lors du concert du chanteur argentin Martin Oliva est resté scotché tout au long du spectacle, bluffé, émerveillé. Pas un bruit, tellement la voix de ce chanteur est prenante, tellement elle est tour à tour chaude, enveloppante, pleine d’émotion et de subtilités dans les nuances piano-forte, un vibrato léger et souple, cela respire. C’est tout simplement magnifique. Pas simplement beau, mais magnifique. Entouré d’un pianiste et d’une percussionniste, la rythmique s’intégrant parfaitement au chant. On pourrait qualifier ce chanteur comme étant un ténor, mais les racines populaires sont là, le folklore ancré dans les gènes ! Il chante dans un registre très large, dans l’infinie douceur et dans l’importante puissance de sa voix. Une telle voix est rare, son timbre est d’une telle palette de couleurs que l’arc en ciel lui-même en serait jaloux. De plus, cet homme a un sourire tellement lumineux et radieux qu’il en ferait damner n’importe quel réfractaire et succomber sous le charme !
Il n’a pas chanté de Tangos, mais je le crois, ce chanteur, dans son répertoire de chants issus du folklore argentin (Atahualpa Yupanki ne le renierait pas), mérite grandement qu’on s’y intéresse, d’autant plus qu’il doit revenir à Paris, après une tournée en Amérique Latine.
Nous ne trouvons pas ses CDs en France, alors…….
Il faut venir le voir.

La nouvelle milonga parisienne : « La Latina »

La toute nouvelle milonga d’Alfredo Palacios et Isabelle de la Preugne « La Latina » est située au 173 rue St Martin à Paris, métro Rambuteau, en plein centre, juste à côté de leurs deux anciennes milongas (rue Beaubourg et rue du Temple). Elle a lieu tous les mardis de 20h30 à 01h30, pour une entrée de 8€, consommation comprise.

On connait tous les soucis d’Alfredo et Isabelle pour trouver un endroit adéquat au centre de Paris dans le quartier Beaubourg, susceptible d’accueillir une milonga sans gêner les voisins, sans avoir de problème avec les propriétaires, et pas trop cher pour éviter de « boire le bouillon » si les gens ne viennent pas en nombre suffisant.

Cet endroit n’est pas définitif car Alfredo et Isabelle continuent à chercher dans ce même quartier. Néanmoins, on pourrait supposer que c’est gagné, tellement ce sous-sol de restaurant a une âme, une décoration peinte intéressante sur les murs, comme une cave voutée, avec bar, tables, banquettes. Pour ceux qui connaissent la discothèque de Rock’n Roll le Z Club, rue des Anglais dans le quartier latin, la disposition y ressemble étrangement.

Odile, hier soir était aux commandes de la musique, excellente programmation. Alfredo, quand Odile ne sera pas libre, prendra la suite.

Cerise sur le gâteau hier soir, Emmanuelle Honorin était là, pour présenter en quelques mots son livre sur Astor Piazzolla : « Le Tango de la démesure », qui vient de sortir. Il est important de noter que ce livre, rédigé en Français, porte une préface de Richard Galliano. C’est dire que, parmi tous les livres rédigés en Espagnol et en Anglais sur Astor Piazzolla, le livre d’Emmanuelle est digne de figurer en bonne place. Personnellement je ne peux que conseiller la lecture de ce livre pertinent, qui se lit facilement. Le travail y est considérable. Emmanuelle Honorin sera présente à Toulouse pour le Festival Tangopostale du 5 au 10 juillet 2011, et elle animera une conférence sur Astor Piazzolla. De plus, dans ce même festival danseront Pablo Tegli et Emilie Caron.

Revenons à nos moutons. L’endroit est beau. Petit mais beau. Ambiance conviviale. Le parquet est nickel. La programmation musicale excellente. L’accueil d’Alfredo et d’Isabelle chaleureux. On peut boire et manger confortablement. C’est vrai qu’il faut du temps pour qu’une milonga se fasse connaître. Mais ça va venir, c’est sûr…..

Site à visiter : www.lalatina.fr

Spectacle Union Tanguera : « Nuit Blanche »

Spectacle magnifique. Pendant 1heure et demie, on ne voit pas le temps passer tellement on est pris par cette fantastique exploration du domaine de la nuit au travers du Tango. Esteban Moreno et Claudia Codega ont accompli un véritable tour de force qui est celui de faire vivre un spectacle de toute beauté avec une grande et véritable sensibilité, servi par un orchestre de grand talent : le quartet Lupanar (tout un programme !) avec l’excellente violoniste Marta Roca, le pianiste et compositeur Pedro Onetto qui a créé pour eux la musique pour ce spectacle, Nicolas Rainone à la contrebasse, Camilo Ferrero au bandonéon. Tout est merveilleusement bien rodé, bien réglé, les lumières et le son parfaits, et le tout donne une impression où rien n’est laissé au hasard, tout ce que l’on voit et entend est digne d’intérêt, sans temps mort. Toutes les chorégraphies de groupe sont superbement montées, les idées originales et exploitées clairement, de façon esthétique, sans enlever la profondeur des volontés des créateurs. Les danseurs et danseuses sont magnifiques, et les femmes sont superbes dans leur corps et dans leur danse…..

Le spectacle commence et finit par un symbole : le verre, signifiant par là que l’alcool fait partie de cet univers de la nuit, dans un club où le Tango est omniprésent. Quatre danseurs : Esteban Moreno, Rodrigo « Joe » Corbata, Rolan Van Löor, Jorge Crudo, et trois danseuses : Claudia Codega, Lucila Cionci, Claudia Jakobsen, expriment ainsi tout ce qui fait la trame du Tango : les changements frénétiques de partenaires, les désirs, les jalousies, la sensualité, les élans du cœur et du corps, la solitude, l’espoir, les disputes, l’amour, l’humour, la fête, la haine….

Jalousie quand un homme regarde avec envie une autre danseuse, et qu’il est « emprisonné » par sa danseuse qui cherche à garder son homme pour elle seule, jalousie entre deux danseurs pour une femme, à la limite de la bagarre, d’où il ressort une tension palpable dans le groupe pour éviter cette bagarre….Règlement de compte à l’aide de « poufs », portés par les trois danseuses qui les utilisent comme outils contre un danseur, (danseur qui devient rapidement complètement débordé), pour lui faire sentir qu’il a probablement dépassé les bornes, en le harcelant de leur pouf. C’est une scène très drôle !

Je me suis régalée. Je connais Esteban et Claudia depuis 1993, à Nantes, où ils ont été mes premiers Maîtres, et je les ai suivis depuis ce temps avec beaucoup d’admiration pour leur travail. Une nouvelle fois et comme toujours, je reste très enthousiaste !

Voici quelques liens pour apprécier leur spectacle :

Concert du quintette de Lalo Zanelli, pianiste et compositeur, à Sevran, mai 2011.

Hier soir, à l’Espace François Mauriac de Sevran, a eu lieu un concert « hors norme », dans le sens où Lalo Zanelli, au piano, accompagné de 4 talentueux musiciens, nous a donné à entendre ses compositions qui n’avaient rien de commun avec ce que l’on entend d’habitude, au niveau de la musique « Tango ». Ce fut une fusion de qualité, très réussie de rock, de jazz (surtout) du folklore argentin (chacarera, zamba, zarzuela, malambo) et bien sûr, du Tango argentin.

Le quintette, était composé hier soir à Sevran de Lalo Zanelli au piano, Tomas Gubitsch à la guitare électrique, et de trois nouveaux musiciens (tous excellents) qui ne figuraient pas sur le dernier CD (que je conseille fortement) de Lalo Zanelli : « Memoria Colectiva » : Victor Villena au bandonéon, Laurent Robin à la batterie, et un jeune contrebassiste argentin que personnellement je n’avais jamais vu.

D’accord, Lalo Zanelli est le pianiste de Gotan Project lors de leur tournée mondiale. A l’Olympia lors de leur concert, on entendait à peine le piano. Frustrant. Ce ne fut pas le cas hier soir, car Lalo Zanelli mérite amplement qu’on l’entende et qu’on apprécie son grand talent de pianiste de jazz et de rock: grande virtuosité ! Bien avant Gotan et la musique électronique, il est d’abord et avant tout un grand pianiste de jazz, mâtiné de ses racines argentines. Idem pour l’excellent guitariste Tomas Gubitsch.

Les morceaux les plus marquants, pour moi, hier : « Memoria colectiva avec fortes connotations tango; « Safran pour Margot » avec des sonorités toutes orientales : délicieux ; et « Histoire urbaine » qui rappelle étrangement Piazzolla, « Piel » qui commence la rythmique rapidement et qui se ralentit peu à peu…

Voici quelques liens qui vous permettront d’apprécier cette musique métissée et super belle :

où l’on voit danser Juanito Juarez et Victoria Vieyra

“Une danse nommée désir”

Voici un documentaire remarquable sur le Tango argentin, tourné en Italie, et qui a été diffusé sur la chaine Arte, hier dimanche 17 avril 2011. Ce film est à voir absolument, tellement il est criant de vérités à quelques détails près (détails insignifiants venant d’un écrivain). On y voit, en outre, Sebastian Arce et Mariana Montes, ainsi que Chicho.

 http://videos.arte.tv/fr/videos/une_danse_nommee_desir-3830500.html

A regarder et regarder encore, s’en imprégner, s’en délecter, et en digérer toute la philosophie !