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Archive de la catégorie La musique

Martin Oliva en concert à « Contradanza » le 17 juillet à Paris

Le public présent lors du concert du chanteur argentin Martin Oliva est resté scotché tout au long du spectacle, bluffé, émerveillé. Pas un bruit, tellement la voix de ce chanteur est prenante, tellement elle est tour à tour chaude, enveloppante, pleine d’émotion et de subtilités dans les nuances piano-forte, un vibrato léger et souple, cela respire. C’est tout simplement magnifique. Pas simplement beau, mais magnifique. Entouré d’un pianiste et d’une percussionniste, la rythmique s’intégrant parfaitement au chant. On pourrait qualifier ce chanteur comme étant un ténor, mais les racines populaires sont là, le folklore ancré dans les gènes ! Il chante dans un registre très large, dans l’infinie douceur et dans l’importante puissance de sa voix. Une telle voix est rare, son timbre est d’une telle palette de couleurs que l’arc en ciel lui-même en serait jaloux. De plus, cet homme a un sourire tellement lumineux et radieux qu’il en ferait damner n’importe quel réfractaire et succomber sous le charme !
Il n’a pas chanté de Tangos, mais je le crois, ce chanteur, dans son répertoire de chants issus du folklore argentin (Atahualpa Yupanki ne le renierait pas), mérite grandement qu’on s’y intéresse, d’autant plus qu’il doit revenir à Paris, après une tournée en Amérique Latine.
Nous ne trouvons pas ses CDs en France, alors…….
Il faut venir le voir.

Conférence : « Construire une musique nationale Argentine, depuis l’hymne national jusqu’au Tango, en passant par le rock national argentin ».

A la Maison de l’Amérique Latine, devant une assemblée d’une trentaine de personnes, a eu lieu en début de mois une très intéressante conférence sur la musique nationale argentine, depuis l’année 1813 (Indépendance de l’Argentine), jusqu’à nos jours. Cette conférence était animée par Esteban Buch (Enseignant à l’EHESS Paris), Carmen Bernand (Institut Universitaire de France)) et Solange Bazely (journaliste). Solange Bazely a parlé du bandonéon, pour lequel elle prépare un livre. Nous reprendrons sur le lien suivant sur ce site les explications de William Sabatier sur le bandonéon, les explications étant les mêmes.

Esteban Buch a parlé très longuement et de façon très claire de l’histoire de la musique argentine, musique que l’on pourrait considérer comme musique d’identité nationale, proche du peuple et des symboles liés à la nation. Malheureusement, n’en voici qu’un résumé :

- L’hymne national argentin, outil de propagande politique, devait servir à des idées patriotiques, telles que : « mourir pour la liberté ». Le service militaire était donc obligatoire. Créé en 1813, l’hymne a été décliné à partir d’un projet musical dès 1810, et est passé par différentes versions. Par exemple : une en 1927 plus martiale et plus rapide qui a été retirée par le gouvernement, en raison d’une violente campagne de presse conservatrice qui voulait que cet hymne soit ramené à quelque chose de plus lent, en raison du sentiment national lié au Tango. Une autre version en 1976 représentait la version officielle de la junte militaire et donc de l’armée, et comportait une longue introduction instrumentale avant les paroles chantées par le chœur.

- Le Tango, avec le temps, s’est « argentinisé » en s’identifiant comme une musique nationale, représentant la personnalité des Argentins. Dans les années 1920, il est complètement entré dans les mœurs et dans l’âme argentine, alors qu’en 1913, un écrivain l’identifiait à un « reptile de lupanar injustement appelé argentin ». En 1989, nous retrouvons la présence du Tango dans l’œuvre de Francisco Kröpfl (fondateur de la musique électro-acoustique en Argentine) : « Metropolis », avec la voix et le bandonéon de Leopoldo Federico.

- Le Folklore, notamment avec Atahualpa Yupanqui et Mercedes Sosa dans les années 1960.

- Le Rock argentin, dans les années 1960 – 1970, était différent du rock anglo-saxon, en raison du langage utilisé : l’Espagnol, et par des paroles différentes par rapport aux USA. En 1980, ce rock n’avait plus à se battre pour être reconnu comme rock national, l’affaire était entendue. La montée du rock argentin a coïncidé avec la dégringolade et la traversée du désert du Tango argentin. Comme l’a dit le fondateur du groupe « Alas » de rock argentin Gustavo Moretto en 1977 : « Le Tango est déphasé avec l’époque ». Néanmoins il existe une présence spectrale du Tango dans le rock qui s’engage politiquement (le chanteur et compositeur Fito Paez)<.

- Expérience – projet de fusion entre musique savante argentine et Folklore

- Expérience – projet de fusion entre Rock et Tango

Astor Piazzolla et sa musique (2ème partie)

Comme prévu lors de l’atelier du dimanche 28 février, nous avons continué la présentation des Tangos d’Astor Piazzolla (période 1965 – 1975), à l’issue de laquelle nous avons débattu pour savoir si les œuvres présentées ce jour, composées entre 1965 et 1975 étaient dansables ou non. Malheureusement la troisième période, entre 1975 et 1990, n’a pas été écoutée par manque de temps. Nous verrons ultérieurement si, d’ici la fin de la saison, il nous reste du temps pour écouter et parler de cette troisième période.

Voici les 12 Tangos présentés lors de cet atelier du 28 février avec la mention dansable ou non, cette mention ayant été « décernée » par les élèves présents ce jour-là (environ 35 personnes).

    1) Otono Porteno (1967) : dansable
    2) Vayamos al Diablo (1965) : non dansable
    3) Fuga y Misterio (1968) : dansable
    4) Invierno Porteno (1969) : dansable
    5) Michelangelo 70 (1970) : non dansable pour la majorité
    6) Primavera Portena (1970) : dansable
    7) Zum (1972) : dansable
    8) Cierra Tus Ojos y Escucha (de l’album « Reunion Cumbre « avec Gerry Mulligan 1974) : dansable
    9) Anos de Sodedad (de l’album « Reunion Cumbre « avec Gerry Mulligan 1974) : dansable
    10) Deus Xango (de l’album « Reunion Cumbre « avec Gerry Mulligan 1974) : dansable
    11) Libertango (1974) : dansable pour la majorité
    12) Soledad (du film « Lumière » de Jeanne Moreau 1975) : dansable

Parmi ces 12 Tangos présentés lors de cet atelier, les élèves ont noté que 9 œuvres étaient dansables à l’unanimité, 1 non dansable à l’unanimité (Vayamos al Diablo), 1 non dansable pour la majorité (Michelangelo 70), 1 dansable pour la majorité (Libertango).

Mais, paradoxalement, contrairement à la première fois où tous les élèves essayaient de danser sur les œuvres de Piazzolla, cette fois à part un couple qui a voulu expérimenter et danser directement sur ces Tangos pour porter un jugement (dansable ou non), tous les autres élèves ont préféré s’asseoir, écouter, et ensuite seulement porter un jugement. La question a été posée lors du débat : pourquoi n’avoir pas essayé de danser, et pratiquer comme pour la première fois ? Il semble effectivement plus logique de danser dans un premier temps, et ensuite de dire si c’est possible, ou non, de danser.

L’incohérence a été expliquée de différentes façons par les élèves :
- « La musique de Piazzolla est tellement puissante émotionnellement, qu’elle empêche de se lever pour danser, et ainsi ils privilégient l’écoute de cette musique si riche pour en avoir une parfaite imprégnation auditive, sans être perturbé par leurs pas de danse et la technique ».
- « c’est trop émotif, et trop riche pour se lever et danser comme ça ».
- « Avec les Tangos traditionnels, c’est plus facile de se caler sur le rythme sans trop se casser la tête », ce qui laisse penser à tout le monde que les Tangos traditionnels, faits pour danser, sont suffisamment simples avec un rythme de base suffisamment audible pour ne pas avoir à réfléchir à ce que l’on fait.
- Une autre personne a pensé que la musique de Piazzolla n’a pas été composée pour danser, qu’elle a été jouée par lui-même exclusivement en concert, et qu’en conséquence il est logique d’écouter et non de danser.
- « Je trouve la musique de Piazzolla violente, dure, ‘rageuse’ … elle exprime par les dissonances, toute la colère de Piazzolla face à l’adversité de sa vie professionnelle et de sa vie d’Argentin pendant la dictature militaire, non accepté chez lui, en raison de ses opinions face aux Tangos traditionnels qu’il jugeait de façon provocante : ’toujours pareils’ ».
- « La musique de Piazzolla, notamment dans ses parties mélodiques et sentimentaux, génère des émotions que je n’ai pas forcément envie de partager avec un autre partenaire que le mien ».

Si les élèves ne voulaient pas danser (à part un couple) sur les Tangos ci-dessus cités, il n’empêche que, selon leur opinion, 9 étaient dansables à l’unanimité sur les 12 présentés. Ce qui veut dire qu’à partir de leur écoute, ils ont su extraire à l’oreille, la pulsation régulière, suffisamment stable pour être dansée. Et, pour les passages mélodiques et sentimentaux, toujours rubato sans excès, ils ont convenu que l’on pouvait danser sur la mélodie.

A la question : « pensez-vous qu’il faille connaitre d’abord l’œuvre avant de la danser ? » La réponse a été oui, en raison de la complexité intrinsèque de l’œuvre. Effectivement, lors de ces 2 ateliers, on a pu constater qu’à part « Adios Nonino » et « Libertango », la musique de Piazzolla n’était pas très connue des danseurs de Tango argentin.

Essayons de pousser plus loin le raisonnement. A savoir que les Tangos traditionnels ont encore de beaux jours devant eux, puisque les danseurs hésitent à s’adapter aux évolutions de la musique devenant de plus en plus complexe et « savante ». Que le décalage subsiste entre la danse et la musique « à écouter », plus difficile certes, mais qui n’est pas forcément « non dansable ». Qu’à partir des années 1950-1960, années où Piazzolla a commencé à révolutionner le genre, il y a un trou de 50 ans où les danseurs n’ont pas su (ou pas pu) évoluer en même temps que la musique. Que les Tangos électroniques actuels sont les seules alternatives pour tenter de faire revivre le Tango dansé. Est-ce à dire que les Tangos-électro sont plus simples, suffisamment pour être dansés par des gens qui ne sont pas des musiciens ? On pourrait le penser…

Il y a longtemps, le musicien Juan Cedron dans une conférence avait dit : « tout se danse, pourvu que l’on écoute…. »

Astor PIAZZOLLA et sa musique

Lors de l’atelier du 7 février 2010 à la salle Bourseul, nous avons cherché à faire connaître un peu mieux Astor Piazzolla et sa musique à la quarantaine de personnes qui étaient venues ce jour-là pour écouter, danser et travailler sur le Tango. La première partie de cette présentation (la deuxième partie aura lieu le 28 février a duré ½ heure, à l’issue de laquelle tous les élèves présents ont essayé de danser sur la musique d’Astor Piazzolla (différentes œuvres de 1946 à 1965) en émettant, très modestement, un avis : dansable ou non dansable ?

Auparavant, j’ai proposé à l’auditoire une présentation théorique de la musique de Piazzolla en essayant de mettre en avant la spécificité de cette musique, réputée non dansable et que l’on entend que fort peu dans les milongas. Les DJs les plus ouverts se contentent de passer quelques œuvres de Piazzolla en toute fin de soirée (Milonga del Angel, Oblivion), quand presque tout le monde est parti et qu’il ne reste plus que quelques jeunes sur la piste….

Je vous invite à prendre connaissance de cette présentation orale du 7 février, mais ré-écrite spécialement pour le site Mephisto Tango en cliquant sur le lien suivant : Astor Piazzolla et sa musique

Vos commentaires seront les bienvenus pour corriger les éventuelles erreurs, donner vos opinions, etc, etc…..!

Astor Piazzolla écrivait-il des Tangos, ou non ?

Le blog sur l’interview de Chicho suscitant des commentaires divers et variés, même hard parfois, j’ai eu la surprise de voir qu’Astor Piazzolla était nommé, notamment pour affirmer qu’Astor Piazzolla (et sa musique que l’on qualifiait à son époque de « Tango Nuevo » - tiens tiens …..), ne se considérait pas comme un musicien de Tango. Il m’a donc semblé légitime de citer des faits, non contestables, qui pourraient, peut-être, répondre à la question : Astor Piazzolla écrivait-il des Tangos, ou non ? »
Il est étrange de voir que les commentaires sur Chicho dévient vers Piazzolla…Est-ce significatif ? Un génie en amène t’il un autre ?
Je citerais les paroles d’Astor Piazzolla lui-même dans les années 1970 : « J’en ai assez que tout le monde me dise que ce que je fais n’est pas du Tango. Moi, comme je suis fatigué, je réponds que je fais de la musique de Buenos-Aires. Mais la musique de Buenos-Aires, qu’est ce que c’est ? Du Tango. Alors ce que je fais, c’est du Tango ».
Voici quelques faits. Il sera bon de se reporter sur les sites dédiés au Tango (www.todotango.com; www.piazzolla.org) pour avoir une biographie plus complète de sa vie et de son œuvre, mon but ici étant de me focaliser sur les aspects purement factuels qui le rattachent au Tango.

La première période : la Tradition

- 1929 : rencontre avec le bandonéon à l’âge de 8 ans. Apprentissage.
- 1932 : il compose son premier Tango : « La Catinga » jamais publié.
- 1932 : il apparait dans le film « El Dia Que Me Quieras » avec Carlos Gardel. Astor joue le rôle, quelques secondes, d’un vendeur de journaux. Gardel demandera au père d’Astor de l’emmener avec lui en tournée. Refus du père.
- 1936 : à 15 ans il commence à jouer dans des groupes locaux.
- 1938 : rencontre avec Anibal Troilo à l’âge de 17 ans, qui l’incorpore dans son orchestre. Piazzolla racontera plus tard qu’il connaissait par cœur, au moment de leur rencontre, tout le répertoire de Troilo pour le bandonéon. Piazzolla est l’arrangeur de Troilo, mais les innovations trop importantes ne convenaient pas à Troilo qui pensait que la musique doit être comprise par le peuple.
- 1944 : Piazzolla quitte Troilo. Il travaille avec le chanteur Francisco Fiorentino.
- 1946 : Piazzolla fonde son propre orchestre tipica, et y joue ses propres compositions ainsi que celles, traditionnelles mais avec ses arrangements, d’autres grands musiciens de l’époque (Pedro Maffia, Julio de Caro, Roberto Firpo, Pedro Laurenz….)
- 1947 : composition de « Pigmalion » et « Villeguita » deux Tangos où s’annonce déjà, à l’âge de 26 ans, un créateur de Tangos. Ces deux Tangos restent cependant très dansables, et traditionnels dans la forme, Piazzolla reste encore influencé par les apports de Pugliese et Troilo.
- 1950 : « Para Lucirce ». Tango.
- 1951 : « Preparense ». Tango.
- 1953 : « Triunfal ». Tango.
- 1954 : « Contrabajeando ». Tango. C’est l’année où, après avoir gagné une bourse d’un an pour une symphonie en 3 mouvements : « Buenos-Aires » écrite en 1951, Piazzolla s’envole pour Paris, afin de prendre des cours de composition donnés par Nadia Boulanger pendant 18 mois. Il a 33 ans. Nadia Boulanger, après avoir écouté « Buenos-Aires » a trouvé que c’était bien écrit mais que ça manquait de sentiment. Quand Nadia Boulanger demande à Astor Piazzolla de lui apporter son bandonéon et de lui jouer quelque chose dessus, honteux, il joue « Triunfal ». Nadia Boulanger réalise alors que son potentiel doit s’exprimer dans le domaine du Tango : « Voilà Piazzolla, ne l’oublie jamais ! » lui dit-elle.

- 1955 : il enregistre avec l’orchestre de cordes de l’Opéra de Paris, Martial Solal au piano, et lui-même au bandonéon, des Tangos de sa composition : « Nonino », « Marron y Azul », « Chau, Paris », « Bando », « Picasso »….

Voici d’autres paroles d’Astor Piazzolla : « Ce qu’elle (Nadia Boulanger) a semé en moi a fini par porter ses fruits. Plus que tout autre chose, elle m’a donné confiance en moi-même, m’a fait voir au fond que j’étais un compositeur de Tango, que le reste (la musique savante), certes, était important mais que ce n’était pas ma voie et appartenait à un autre moi, cérébral et faux. Et tout ce que j’avais contre le Tango s’est, tout à coup, en moi, retourné en sa faveur. »

La deuxième période : l’après Nadia Boulanger et « the Great Tango Revolution » (dixit Piazzolla). La rupture

- 1955 – 1960 : l’Octeto Buenos-Aires : départ de sa carrière, et rupture d’avec la tradition. Dès lors, les compositions ne sont plus destinées aux danseurs, mais destinées à l’écoute d’un public attentif. Néanmoins, L’Octeto Buenos-Aires a enregistré des Tangos traditionnels, mais fortement arrangés : « El Marne », « Los Mareados », « Mi Refugio », « Arrabal ».
Je cite ses paroles d’alors : « Et oui, j’étais arrivé (de Paris), et bien décidé à rompre avec tout. Et quand bien même ils (les Traditionnalistes musiciens et danseurs) en auraient été chagrinés à ce moment-là, ce que je faisais était du Tango. »
- 1956 : compositions des Tangos « Très Minutos con la Realidad » et « Tango Del Angel ».
- 1957 : composition de « Melancolico Buenos-Aires ».
- 1959 : Piazzolla travaille avec Juan Carlos Copes et Maria Nieves (danseurs de scène) pour la création d’un ballet Tango.
- 1959 : composition de « Decarisimo » : hommage rendu à Julio de Caro (fondateur de la jeune garde) par Piazzolla, en remerciement des lettres d’encouragement qu’il avait reçues à New-York. Piazzolla lui en a été très reconnaissant.
- 1959 : « Calambre ». Tango.
- 1960 : naissance du Quinteto Nuevo Tango, qui a soulevé un vif enthousiasme.
- 1960 : « Adios Nonino ». Tango
- 1962 : « Introduccion al Angel. Tango. 1962 : « La Muerte del Angel ». Tango.
- 1963 : « Revirado ». Tango. 1963 : « Buenos-Aires Hora Cero ». Tango. 1963 : « Fracanapa ». Tango. 1963 : création de l’Octeto Nuevo Tango.
- 1965 : « Milonga del Angel ». Milonga lente
- 1965 : « Verano Porteno ». Tango.
- 1967 : « Otono Porteno ». Tango.
- 1968 : « Chiquilin de Bachin. Valse. « Balada Para Mi Muerte ». Tango. 1968 : « Fuga y Misterio » tiré du petit opéra « Maria De Buenos-Aires » composé par Piazzolla avec le poète Horacio Ferrer.
- 1969 : « Invierno Porteno ». Tango. 1969 : « Balada Para Un Loco ». Chanson
- 1970 : « La Bicicleta Blanca ». Tango. « Michelangelo 70 ». Tango. « Primavera Portena ». Tango.
- 1971 : « Concierto Para Quinteto »
- 1972 : création du « Conjunto 9 », dit Noneto. 1972 : « Tristezas de Un Doble A », « Vardarito », « Onda 9 », « Zum »
- 1974 : « Libertango ». Tango.
- 1975 : « Suite Troileana ». Tangos composés en hommage à Anibal Troilo, décédé en 1975.
- 1977 : « Cité Tango ». Tango
- 1979 : « Escualo » Tango.
- 1984 : « Contrabajisimo ». Tango, « Mumuki ». Tango. « Oblivion ». Tango.
- 1985 : « Tanguedia I, Tanguedia II, Tanguedia III.
- 1988 : “Vuelvo Al Sur”. Tango chanté.

Je vais arrêter là toutes ces énumérations d’œuvres. Il y en a encore des centaines. En tout cas les partitions de sa musique que j’ai pu récupérer (sur les sites internet ou par l’achat direct de partitions), portent toutes la mention « Tango » sous le titre.
Les Traditionnalistes conservateurs reprochaient à Piazzolla de ne plus les avoir fait danser, en fait. Et comme ils ne pouvaient plus danser sur sa musique, ils disaient que ce n’était pas du Tango. Piazzolla a reçu une volée de bois vert constamment en Argentine, et a même reçu des menaces de mort. Comme si la musique Tango était indissolublement reliée à la danse, comme si la musique devait avoir les mains liées, prisonnières de la danse. Pourquoi cette intransigeance et ce manque d’ouverture d’esprit ? La musique peut se suffire à elle-même, et Piazzolla a profité de ses connaissances de composition, des harmonies, pour construire une forme musicale différente du Tango traditionnel, mais toujours en relation avec, sous-jacent. « Tanguificated » comme il disait lui-même. Malgré des divergences formelles, la musique piazzollienne ne rompt pas avec le Tango traditionnel. Il a ainsi repris la pulsation rythmique en 3/3/2 qui vient du Tango traditionnel (Comme il Faut d’Eduardo Arolas, Negracha d’Osvaldo Pugliese…..), mais dont il a généralisé l’usage dans ses compositions pour devenir structurelle.
Osvaldo Pugliese lui-même disait que les œuvres de Piazzolla étaient bien du Tango !

Du reste, bien des Tangos de Piazzolla sont dansables….Tous ne le sont pas, mais ce n’est pas une raison pour rejeter ce musicien génial !
Piazzolla a écrit des chefs-d’œuvre. A vous de décider si ce sont des Tangos, ou non ….

La musique et la danse : compréhension mutuelle ou éternel décalage ?

Y a-t-il possibilité de communiquer le plus possible entre danseurs et musiciens par un même langage, ou bien y aura-t-il toujours une distance entretenue, voulue ou non, entre ces deux protagonistes d’une même culture Tango ?

Comment pourrait-on ne pas comprendre un musicien quand il reproche à des danseurs de n’être pas en musique ? Un danseur qui danse, « à côté », c’est comme si lui-même jouait faux……

Que doit-on considérer ? Que le musicien doit être à la disposition du danseur, ou l’inverse ?

Simplement, on pourrait réfléchir à ceci : « si la musique n’existait pas, y aurait-il toujours la danse ? (Heu…..non)». Et inversement : « si la danse n’existait pas, il y aurait-il toujours la musique ? (Heu…..oui)». Quelle est la prééminence de l’une, sur l’autre ?

Si même on pense à juste titre, que, dans les années 40 (pour ne citer que l’âge d’or du Tango), les musiciens jouaient pour faire danser les milongueros, il n’empêche que tous les milongueros se devaient d’être en harmonie, en accord avec la musique jouée pour eux. Et donc de danser « juste », donc, sur la musique. Comme si leurs corps étaient un autre instrument de musique, prolongeant l’orchestre déjà existant.

Et pour prolonger la logique, quelqu’un qui ne respecte pas le tempo ni même le rythme, celui qui est « sourd » pour reprendre le terme de Pablo Veron, comment peut-il prétendre danser ?

Il y a trois sortes de danseurs, en fait, en termes de musique.

- Le danseur « instinctif » qui, même s’il ne connait pas la musique, se pose directement dessus, car il a en lui le sens du rythme, et sans le savoir, il a une oreille sensible à la pulsation musicale. Il est né avec. Ce type de danseur est la grande majorité chez les danseurs professionnels, car ils n’ont jamais appris la musique en tant que telle. Les danseurs amateurs aussi font partie de ce type, mais en une nettement moins grande proportion.

- Le danseur « sourd » ou « à moitié sourd », qui ne connait pas la musique, qui ne l’entend pas, qui ne la comprend pas, et qui ne sait même pas qu’il est « à côté » par moment, voire même souvent. La proportion chez les danseurs amateurs est, selon ce que je vois, de l’ordre de 20 à 30 %.

- Le danseur « curieux », ni vraiment instinctif, ni vraiment sourd, mais qui cherche à comprendre la musique et à la vivre plus en connexion avec elle. Malheureusement ce type de danseur est une infime minorité. C’est pourtant lui qui est le plus motivant, car à partir du moment où il a tout compris des pulsations, des rythmiques diverses et variées dans chaque genre de Tango, Valse et Milonga, il sait qu’il a un champ infini devant lui d’innovation et de création rythmique avec ses jambes et ses pieds, technique mise à part. En cela il possède une connaissance supérieure à celle des petits copains « instinctifs ». Certains danseurs professionnels l’ont bien compris, car ils ont combiné leur instinct personnel avec la connaissance musicale pure, faisant en cela des danseurs avec une expression artistique hors norme.

Il est très difficile de rendre « curieux « des danseurs qui pensent qu’ils n’ont pas besoin d’apprendre la musique pour améliorer leur écoute. La musique relève aussi d’une éducation : celle de l’oreille, et pour améliorer son oreille, rien ne vaut plus qu’une compréhension de la musique associée à une écoute attentive.

Plus la musique sera comprise, plus l’oreille sera affutée, et moins nous verrons dans les bals des danseurs « sourds » ou demi-sourds » rouspétant après les musiciens. Et moins nous verrons des musiciens furieux ou frustrés…et même méprisants.

El Choclo : la video de Chicho et Juana

L’autre dimanche, en travaillant dans l’atelier de Mephisto Tango sur les Tangos de la Vieille Garde des années 1900, l’intérêt s’est porté tout naturellement sur : « El Choclo », Tango très connu, composé par Angel Villodo en 1903. Lors de cet atelier, nous avons cherché à reconnaître les structures rythmiques de ce tango pour travailler dessus, notamment avec la version de Roberto Firpo.

Tout naturellement, après cela, j’ai voulu regarder sur Youtube les diverses interprétations que les danseurs font de « El Choclo », d’un point de vue rythmique.
Il y avait comme il se doit beaucoup de choses, mais la plupart sans grand intérêt. Néanmoins j’ai trouvé une interprétation prodigieuse, techniquement et rythmiquement de « El Choclo », et je vous la soumets : il s’agit de l’interprétation en 2008 de Mariano Chicho Frumboli et Juana Sepulveda sur la version de Roberto Firpo (musique enregistrée en 1926):

Le tempo de la version de Firpo est rapide. Mais avec l’interprétation suprenante qu’en font Chicho et Juana, on se dit : « Quelle rapidité d’exécution ! Chicho semble être très à l’aise en dansant si rapidement sur la musique, en frappant le sol à chaque pas. C’est fantastique.»Si on regarde plus attentivement, et plus froidement sans se laisser déborder par la virtuosité, on peut tenter d’analyser la danse de Chicho et Juana. C’est ainsi que l’on voit que, jusqu’à 2 minutes 22, Chicho marche en majeure partie sur la pulsation rythmique en 4 (c’est-à-dire il marche sur tous les temps forts et tous les temps faibles), pendant que Juana marche et est guidée presque uniquement sur les temps forts (exception faite des toutes premières secondes où elle marche à reculons face à lui, en symétrique rythmiquement). Ce n’est qu’à partir de 2 mn 22, et presque jusqu’à la fin du Tango, qu’avec un abrazo très fermé de style purement Milonguero, Chicho et Juana marchent ensemble sur les temps forts, et non sur les temps faibles, généralement. Les dernières secondes du Tango, formant la conclusion du Tango, les voient reprendre un abrazo ouvert et de nouveau la pulsation en 4 pour Chicho.

En dehors de cela, et pour rompre la monotonie d’une marche rapide et régulière en 4, Chicho se paye le luxe de quelques fantaisies, techniques et rythmiques, en y incorporant quelques syncopes extrêmement rapides, toutes judicieuses et tombant merveilleusement bien sur la musique.

A 7 secondes, il marque entre le 1 et le 2 de la mesure un « super contretemps » en stade joint parfaitement sur le tempo. Ce qui donne : 1 et 2 3 4, soit 5 pas dans la mesure.

A 31 secondes, il finit la phrase musicale sur un ralentendo, bien marqué par la musique elle-même.

A 36 secondes et 45 secondes, il marque des syncopes sur la musique, syncopes caractéristiques de la musique Tango.

A 1mn 08 sacada avec 2 pieds joints, cette sacada étant effectuée très précisément à la fin de la phrase musicale, sur la note.

A 1mn 12, 2 « supers contretemps » enchainés : 1 2 3 et 4 et.

A 1mn 13, un autre : 1 2 3 et 4.

A 1 mn 52 et 1 mn 53 : j’ai littéralement jubilé, quand je vis les syncopes directement enchainées, caractéristiques du Tango (1 et … et 3) interprétées par Chicho juste avant un tour à droite.

A 1mn 57, admirez la fin de la phrase musicale, impeccable face à face pour terminer, avant de reprendre sur une nouvelle phrase musicale.

A 2mn 27, contretemps sur temps faible, alors que tout le passage « Milonguero » se déroule sur le temps fort.

A 2 mn 37, après la séquence « Milonguero » de la dernière partie de « El Choclo », reprise de l’abrazo ouvert avec passage de Juana derrière Chicho, suivi d’une marche en avant pour elle, en arrière pour lui en parrallèle rythmiquement, et d’une pause finale pour conclure le Tango.

Que dire d’autre ? Que tout est parfait de précision, de technique dans les pas, de dynamisme. La musicalité est exceptionnelle. Ce qui ne m’étonne nullement de la part de Chicho.

Le décalage, voulu, entre Chicho qui marche sur les temps forts et sur les temps faibles (sauf pour la séquence Milonguero), et Juana qui marche la plupart du temps sur les temps forts, fait que nous voyons, d’un premier abord, la rapidité et la précision d’exécution de Chicho, avant de voir Juana qui danse. C’est lui que l’on voit d’abord, parce qu’il fait plus de pas qu’elle et qu’il s’impose de façon très brillante, techniquement, et musicalement. Néanmoins, la connexion est sans l’ombre d’un doute entre les deux partenaires. Si l’on se concentre dans un deuxième temps sur Juana, et uniquement sur elle, on remarque combien elle est parfaite de réceptivité, elle se laisse aller au guidage avec confiance, et répond à l’énergie de façon juste et dynamique. Elle est très présente et danse autant que lui.

Cette vidéo est un régal à tous les points de vue. Elle est à conserver précieusement dans les archives du Tango dansé, sans hésiter !

Reprise d’activités des Ateliers Mephisto Tango !

Les activités viennent de reprendre à Méphisto Tango pour la 7ème année consécutive. Et, depuis nos débuts en septembre 2002, ceux qui nous ont suivis depuis le début pourront attester avec nous qu’il s’en est passé des choses.

Les circonstances et les évènements nous ont conduits il y a 4 ans à accepter d’enseigner à notre tour et créer notre concept d’atelier qui s’est enrichi année après année pour être ce qu’il est aujourd’hui et rencontrer le succès que l’on sait.

Nous partageons donc avec un plaisir non dissimulé tout ce que nous avons appris pendant 15 ans, à arpenter les festivals et les milongas d’Europe de Buenos Aires.
Pour nous, il est réconfortant de voir, années après années, le nombre des élèves s’accroitre, 48 personnes hier et d’accueillir des nouveaux, débutants, moyens et même des enseignants venus chez nous conforter leur pédagogie.

A la demande générale, nous avons ajouté au programme cette année l’étude des fondamentaux, et tous les élèves semblent bien y trouver leur compte. Au fil des exercices que nous proposons, les élèves de niveau moyen qui sont en majorité revoient les fondamentaux et complètent leurs connaissances, et les élèves avancés complètent leur danse en poussant plus loin leur maîtrise des détails qui les empêchent encore d’exprimer tout leur potentiel ou satisfaire leurs envies.

Revoir toutes les bases, s’y replonger plus profondément par rapport à ses débuts, c’est à coup sûr voir et sentir des choses que l’on ne pouvait pas voir quand on était débutant tout préoccupé que l’on pouvait être pas le désir viscéral de reproduire coûte que coûte ce que les profs montraient.

La clarté des explications et les exercices proposés n’ont d’autre but que d’apporter plus d’assurance, et plus de maîtrise aux participants. Dans ces ateliers qui durent 3 heures non-stop, où chacun est attentif tout en étant de bonne humeur (l’humour est de mise heureusement !), on peut constater que personne ne s’ennuie, et que le travail est profond et intensif.

Plus tard dans la saison, une fois ce travail de fond bien assimilé, viendra le temps de faire des choses bien plus compliquées.

Et à ma plus grande surprise, la partie consacrée à l’écoute musicale et au travail sur la rythmique au travers de l’histoire du Tango commence à accrocher l’attention des élèves et titiller leur intérêt tant au niveau de la théorie … avec les notes, les mesures, les portées et tout ce qui s’en suit … qu’au niveau de la pratique au travers des exercices proposés.

Devant des musiciens professionnels qui m’ont tous quasiment confié leurs regrets, légitimes, face aux danseurs qui ne respectent pas la musique qu’ils jouent en bal, il est nécessaire de faire le lien, et ce, de façon extrêmement forte, entre musique et danse. Il est devenu nécessaire pour les enseignants, de ne plus faire de l’à peu près avec la musique.

Il est, pour nous en effet, illogique de se préoccuper uniquement de la technique dansée, en laissant plus ou moins de côté la musique et son rythme. L’un va avec l’autre, de façon intime.

Le fait de connaitre la musique, et de la comprendre, permet aux danseurs de ne plus être « out ». Pour des gens qui ne lisent pas la musique, et qui ne savent pas grand-chose sur la culture musicale du Tango, il n’est pas évident de se situer tout de suite « sur » la musique. Cela peut être instinctif, cela existe, mais ce n’est pas la majorité des cas.

Parmi des personnes qui ont de longues années d’apprentissage derrière eux, j’ai souvent vu, par exemple, malheureusement, des contretemps précipités par rapport à la musique. Cela ne devrait pas être, et les enseignants ont leur responsabilité face à ça. Le simple fait d’expliquer la musique, de considérer que les danseurs sont capables de comprendre même des choses difficiles comme la construction des syncopes, leur permettra ultérieurement de repérer immédiatement, rien qu’à l’écoute en bal, de quoi sont faits les Tangos et de se placer immédiatement dessus, rythmiquement.

Alors comment faire pour danser « sur » la musique ?
Réponse : la connaitre et la comprendre.

Renouveau du Tango, « Nuevo » Tango, tango-fusion, tango -électro : querelle de terminologie ou refus pur et simple ?

Dans une interview précédente du musicien de Tango Alejandro Schwartz par Fabrice Hatem, nous pouvons lire (je cite A. Schwartz) :

« Nous devons nous appuyer sur le style propre de cette musique et non puiser dans des influences extérieures. Le renouveau ne viendra pas de la pop, du jazz ou de l’électro, mais de musiciens qui connaissent le langage du Tango et qui sont capables, à l’intérieur de celui-ci, d’innover »

Lors de la toute dernière conférence sur le « Nuevo » Tango, Chicho disait :

« Entre Piazzolla et Gotan Project, il n’y a rien !»

Chicho donne ainsi son opinion de danseur et de musicien (aussi musicien, ne l’oublions pas), crédibilisant par ses paroles même l’existence de cette tendance nouvelle et signifiant ainsi qu’il n’y a pas eu de grande innovation marquante entre Piazzolla et Gotan Project. Doit-on comprendre alors que l’innovation actuelle c’est Gotan Project pour Chicho ?

Pour l’un : A. Schwartz, le phénomène Tango-électro n’apporte rien au Tango et ce n’est pas une évolution ni même une innovation ; pour l’autre : Chicho, Gotan Project est représentatif d’un courant actuel de Tango qui mérite qu’on s’y intéresse puisque lui-même danse sur cette musique.

Tout le monde est capable de dire que les musiques Piazzolla et Gotan Project n’ont rien à voir. Pourtant elles font partie tous les deux de l’univers Tango. Alors comment qualifier le style de Piazzolla : moderne, nuevo, contemporain ? Et le style de Gotan Project ? Moderne, Nuevo, contemporain ou plus simplement fusion ? Est-ce un renouveau que ce tango-électro, et si c’est le cas pour ce nouveau style de tango arrivé depuis 5 ou 6 ans, comment pouvons nous le qualifier ?

Tous les êtres humains sont ainsi faits que pour comprendre, étudier, et faire évoluer les choses, ils ont besoin intellectuellement de ranger, classer, étiqueter, cataloguer, catégoriser tout ce qui compose son univers. Quand je vois des oiseaux dans mon jardin, je suis capable de les reconnaître et de dire : c’est un merle, un rouge-gorge, un moineau, une mésange, et quand je ne sais pas je recherche dans un guide. Mais ce sont tous des oiseaux.

Il en est de même pour le Tango : la façon de danser de Tete n’est pas la façon de danser de Chicho, les styles sont très différents. Le fait de refuser de parler de styles me rend perplexe, encore plus perplexe quand le même chicho qui n’aime pas parler de styles mais de tango en général, avoue quelques minutes plus tard que (je le cite) :« le style de Tete est très limité » ! Ce qui n’empêche que Tete et Chicho font du Tango tous les deux.

Le fait de refuser le terme « Nuevo » et de n’accepter que le terme « évolution » me rend tout aussi perplexe. Il faut bien catégoriser et nommer les styles pour savoir de quoi on parle. Dans l’évolution du Tango il y a des  styles, et pourquoi pas nommer un style « Nuevo » ? A chaque période on peut parler de « Nuevo », Piazzolla était très « Nuevo » quand on disait de lui que sa musique n’était pas du Tango, actuellement on peut parler aussi de « Nuevo » pour la nouvelle musique électronique.

Actuellement Piazzolla est étiqueté « avant-garde » en opposition à la vieille garde et à la nouvelle garde. Ensuite vient la période contemporaine. Et maintenant,  c’est-à-dire depuis 1998 – 2000 ?

Que l’on définie le Tango-électro de « tango-fusion » est probablement plus judicieux et plus précis.

Mais pour les danseurs porteurs de cette nouvelle tendance depuis Gustavo Naveira, Fabian Salas, Pablo Veron, puis ensuite Chicho, Sebastian Arce, Pablo Inza, Pablo Tegli, j’en passe et des meilleurs, comment devons-nous qualifier cette façon de danser si le terme « Nuevo » déplait ?

En conclusion, je confierais à la sagacité des lecteurs un lien vers un article mis en ligne sur notre site : Le futur est déjà là!” et sur le web, un article facile à lire en Anglais, qui donne la terminologie et les définitions qui sont universellement acceptées : neotango/info et neotango/overview.

Conférence d’Alejandro Schwarz sur la musique

Hier soir, la conférence organisée par Le Temps du Tango portait sur la musique Tango des origines à nos jours, et était animée par Alejandro Schwarz.

Ce n’est pas n’importe qui Alejandro Schwarz : musicien classique puis musicien de Tango, guitariste, compositeur et arrangeur de Tango, âgé d’une trentaine d’années, il a co-fondé l’orchestre « El Arranque » qui est considéré dans le monde entier comme un des meilleurs orchestres de Tango actuel. Vivant à Paris depuis 6 ans, il a fondé avec le bandonéoniste Victor Villena l’excellent quintette « El Despues » pour lequel il compose, et dans lequel il joue.

Après nous avoir fait écouter des Tangos depuis les origines (1908), tout en expliquant au fur et à mesure que les années défilaient toutes les caractéristiques évolutives des Tangos, en fonction des compositeurs, des orchestres et de leurs arrangeurs (Guardia Vieja, Guardia Nueva), on est arrivé en toute logique à la période Piazzolla (à partir des années 1950).

Je cite Alejandro Schwarz : « Piazzolla a fait exploser la forme, il ouvre le jeu, il libère la forme et l’élargit, l’évolution est très importante. Piazzolla pense le Tango plus largement. Les morceaux sont plus longs, il y a des apports de modulations, d’harmonie et de contrepoint ».

Après Piazzolla ? Après Piazzolla le potentiel Tango est encore plus riche.

Alors Alejandro nous fait écouter deux de ses propres compositions :

1°) d’abord une composition très moderne, en directe ligne de la voie donnée par Piazzolla, Salgan. Assurément une très belle composition (qu’Alejandro me pardonne, je n’ai pas retenu le nom) avec une introduction improvisée en bandonéon solo, puis une partie A façon Pugliese, puis une partie B composée en contrepoint, puis une reprise des parties A et B en une autre tonalité, puis une partie C très alerte en 3.3.2 avec un solo de violon, puis 3 fois la partie A avec pour terminer, une improvisation de bandonéon.

Après l’écoute, il nous dit : « personne ne m’a dit que ce n’est pas du Tango ». Phrase révélatrice.

2°) Ensuite une composition et un arrangement, façon années 1940, qu’il avait écrite pour l’orchestre El Arranque.

Dernière composition qu’il nous fait écouter, de la période post Piazzolla : Ramiro Gallo violoniste. Composition innovatrice incontestablement.

Je cite encore A. Schwarz en tout début de la conférence : « le Tango est une musique vivante, ancienne mais vivante. Elle est en développement, ouverte. Le spectre de styles y est très large. Les musiciens cherchent leur style, on n’imite pas, il y a une façon très personnelle de composer ».

Après nous avoir fait écouter ces compositions ci-dessus citées, il s’arrête de parler et demande à l’auditoire s’il y a des questions. Je sens très nettement qu’il peut y avoir une question qui fâche, mais il s’attend à ce qu’on lui pose cette question :

-« Quid du Tango-électro ? » demande une dame derrière moi.

Ouf, je suis devancée, et je n’ai pas besoin de lui poser cette question qui fâche. Il n’est pas surpris et répond, un peu gêné, de la manière la plus diplomatique qui soit.

Je le cite :

« C’est une option commerciale. C’est une mode qui fait partie de l’univers du tango mais qui pour moi est ennuyeuse, et qui ne m’apporte rien. C’est plus un phénomène pop que Tango. Nous en avons, nous, musiciens de Tango, une perception externe, périphérique, marginale, destinée au grand public. Ce n’est pas le centre de l’évolution du Tango, mais ça marche. Ce n’est ni bien ni mal, ça existe, mais pour moi c’est du techno, c’est pauvre musicalement et ce n’est pas composé par des vrais musiciens de Tango. Piazzolla a essayé en utilisant les sons des synthétiseurs, mais ça n’a pas marché. Pour moi c’est davantage une expérience de fusion entre les divers éléments de la musique : on prend là, on prend ici, et on assemble.

Et encore :

« Le Tango-électro c’est une basse électronique associée au son du bandonéon. Si on enlève le bandonéon, on ne retrouve pas le Tango. Si on enlève le bandonéon et que l’on met à la place un saxophone, on dira que c’est du jazz-électro.

Et enfin :

« Le seul avantage, peut-être, c’est que ça amène des jeunes à s’intéresser au Tango ».

Sur ce, il nous fait écouter une œuvre de Gotan Project bien connue, sans rien ajouter de plus…..

A ce moment-là, plus personne dans l’assistance, n’ose insister pour un rapprochement, entre les compositions d’Alejandro Schwarz et les compositions de Gotan Project, sous la dénomination de Tango.

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