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15.8.2011 par mephisto-tango.
Ce fut le 10 août 1994. J’étais alors complètement débutante, à 1 ou 2 ans près. Avec mon partenaire et compagnon, lors de notre tout premier voyage à Buenos-Aires, nous avions décidé de prendre un cours particulier avec Esther et Mingo Pugliese. Nous ne savions pas alors, qu’ils étaient les parents de Pablo Pugliese que nous avons vu travailler tout jeune (il devait avoir 15 ou 16 ans) avec sa tout aussi jeune partenaire de l’époque. Nous étions très impressionnés par ce jeune garçon. Pablo Pugliese a été demandé à Tarbes cette année et nous espérons qu’il pourra y être.
Mais, ce que personnellement je me souviens lors de ce cours particulier, c’était de l’extrême gentillesse et de cordialité de ce couple de danseurs professionnels, Esther et Mingo, qui nous avaient reçus à bras ouverts chez eux, et qui nous avaient appris un simple tour, à droite et à gauche, nous qui étions complètement novices en la matière. Ils avaient du mérite, mais la passion de ce qu’ils faisaient transparaissait dans tout ce qu’ils nous montraient. Esther était délicieuse, souriante et chaleureuse.
Esther Pugliese est décédée loin de chez elle, mais son corps sera rapatrié rapidement et ses funérailles seront faites dans son pays.
Au Colectivo, à Paris, un hommage sera rendu ce soir à Esther, et les fonds récoltés seront destinés aux funérailles.
Comme autre hommage, voici une interview que Fabrice Hatem a réalisé pour la Salida en 2006 :
Interview de Esther et Mingo Pugliese
(09-06-2006)
Editeur : La Salida n°47, février-mars 2006 Auteur : Fabrice Hatem
Des années 1950 au XXIème siècle : entretien avec Mingo et Esther Pugliese
Esther et Mingo Pugliese ont joué un rôle important dans la renaissance du tango argentin au cours des 15 dernières années. Porteurs de la tradition des années 1950, ils ont développé depuis 15 ans une activité d’enseignement qui leur a permis d’assurer la transmission de cette mémoire vers la nouvelle génération de jeunes danseurs. Ils ont bien voulu répondre aux questions de la Salida lors du stage de Keralic où ils étaient présents en décembre dernier.
Comment s’est formé le style que vous enseignez aujourd’hui ?
Mingo. Il y a eu au cours des années 1930 et 1940 un changement musical, qui a amené à une danse mieux partagée entre la femme et l’homme. Le tango des 1920, le tango-milonga, était joué en deux temps. Les danseurs de la vieille école dansaient sur ce rythme très marqué, avec un répertoire de figures relativement limité, dont les noms étaient tirés de la vie réelle : el corte, la quebrada, el quiebro, el alfajor, la bicicleta, la rueca, la tijerra, la sentida, la asentada, la corrida del bolsero. Ils
plaçaient ces figures chacun à sa manière, sans que le bal soit très ordonné. La danse ne se faisait pas face à face, mais sur le côté, les bustes un peu en travers par rapport à la ligne de danse. Puis De Caro a introduit, avec la mesure à 4 temps, un rythme plus fluide. La danse à commencé à changer, les danseurs se mettant désormais face à face. Au début des années 1940, s’est formé un groupe de 23 danseurs qui ont compris que danser des figures devenait plus difficile sur la nouvelle musique. Parmi eux on peut citer Jorge Curi « El Turquito », Carlos Esteves « Petroleo », etc. Ils allaient
pratiquer dans un club appelé Nelson, au n°1850 de la rue Bernaldez, où il y a aujourd’hui une fabrique de confiserie. Ils ont inventé, créé tous les mouvements nouveaux du tango, ceux que nous dansons aujourd’hui, en arrêtant de faire des figures apprises et en dansant avec des mouvements librement combinés les uns avec les autres. Par exemple, c’est Petroleo qui a créé avec Salvador Sciana, le fameux « Negro Lavandina », les tours en enroque, inspirés de la danse classique, qu’ils ont mis au point dans un garage, en se suspendant à des poulies, pour trouver une forme adaptée
au tango. Ce style a plu aux femmes et c’est leur acceptation qui l’a fait perdurer.
Comment le tango a-t-il commencé pour vous ?
Esther. J’ai commencé à danser dans les années 1955, dans un faubourg de la banlieue de Buenos Aires.Le club de mon quartier - le club Lourdes - a été le premier à accepter des pratiques entre hommes et femmes. Cela a drainé de bons danseurs du centre, comme ceux de Monte Castro, qui avaient un style plus suave que celui des hommes de notre quartier, dont le guidage était plus brutal. Cela plaisait aux femmes, et les hommes du coin, un peu vexés par cette concurrence extérieure, se sont mis à danser de la même manière. C’est ainsi que s’est répandu le style que nous dansons encore aujourd’hui.
Mingo. Quand, j’ai commencé à m’intéresser au tango, vers 1948, j’étais un gamin. J’ai d’abord appris avec l’une de mes belles-soeurs : mais elle ne savait que la partie de la femme. Alors j’ai cherché à
trouver quelqu’un qui accepte de m’apprendre en parcourant les pratiques, comme le club Pacifico…Après beaucoup de déceptions, j’ai rencontré un soir le Negro Lavandina qui m’a emmené au Club Nelson. Il m’a présenté à Roberto, surnommé La Biblia pour sa connaissance de la danse, qui buvait au bar, une coupe après l’autre. J’ai su après que c’était de l’alcool très fort, El formidable, qui titrait à 59°. Roberto m’a conduit vers la piste et il m’a dit « Petit, je ne vais pas t’apprendre à danser, je vais t’apprendre à penser, car tu ne sais pas penser dans le bal ». Alors je me suis dit : « mais il
est fou, qu’est-ce que ça veut dire ? ». Puis il me dit : « je vais te donner des indications, mais quand je fais une chose à gauche, tu dois le faire à droite, et inversement… ». Il a appelé un petit bonhomme pour qu’il danse avec moi. Ce danseur s’appelait Miguel Rosella, mais on l’appelait « Miguelito » car il jouait le rôle de la femme : les hommes dansaient entre eux dans les pratiques, sans que cela ait d’ailleurs la moindre connotation homosexuelle, car cela était totalement banni à cette époque très pudique. Je suis resté des années dans ce groupe aux côtés de La biblia. On dansait toute la nuit, on
buvait, on fumait, on ne se quittait pas. Et au cours de ces belles années, j’ai beaucoup appris. Le groupe des 23 m’a accepté malgré mon jeune âge. J’écoutais et méditais ce qu’ils disaient, puis j’ai moi-même commencé à inventer des figures. Petroleo m’a aussi appris beaucoup. Il a dit un jour que j’avais été son unique disciple.
Comment s’est perdu le tango dans les années 1950 ?
Mingo. Cela est du à plusieurs causes. Après le coup d’état de 1955, les militaires ont décrété l’état de siège et contrôlé des réunions, ce qui a ralenti d’activité des lieux de danse. Le rock, avec son côté
plus décontracté que le tango, a séduit la jeunesse. Enfin, le boom immobilier a incité les propriétaires des grandes salles de bal à les vendre à des promoteurs pour se replier sur des lieux plus petits. Comme les gens se détournaient du tango, les grands orchestres se sont dissous, les lieux ont fermé, les tangueros se sont dispersés. Et ce fut le silence, toute une génération perdue.
Esther. Dans les bals, après cette chute du tango, on dansait le rock jusqu’à trois heures du matin, mais on finissait ensuite quand même la soirée avec quelques tangos. Alors, pour pouvoir emballer les filles à la fin, les danseurs de rock se sont un peu mis au tango, mais un tango simplifié, composé seulement de huit et de marche, sans guidage, avec des corps très collés l’un à l’autre. C’est à cette époque que l’on a commencé à parler de « tango milonguero », alors que, jusque là le mot « milonguero » était considéré comme une parole offensante. Aujourd’hui ce terme est devenu comme une enseigne, s’est transformé auprès du public en gage d’authenticité…Mais ce n’est pas ce tango-là que nous dansons.
Mingo. Pendant cette époque noire, le tango n’a été préservé que par trois couples : Juan Carlos Copes et Maria Nieves, qui montaient des spectacles aux Etats-Unis, et, avec moins de succès,
en argentine ; Virulazzo et Elvira, qui se produisaient dans des lieux de spectacle de Buenos Aires pour l’amour de leur art ; Gloria et Eduardo Arquimbau qui ont accompagné l’orchestre de Canaro au Japon puis ont dirigé le spectacle du Club Michelangelo.
Comment s’est développé votre enseignement ?
Mingo. Le tango a commencé a renaître à la fin des années 1980, après le spectacle Tango Argentino, dont le succès à l’étranger pendant près de 8 années a attiré l’attention en Argentine même d’une nouvelle génération de danseurs. C’est en 1989 que, de retour à Buenos Aires après avoir vécu plusieurs années à Mar del Plata (vérifier), je suis venu un soir au Club Canning, car j’avais entendu
dire que Ramon Ribera, « El fino », avait recommencé à danser. En fait, il était mort la semaine précédente…Mais j’y ai retrouvé Petroleo avec lequel j’ai recommencé à aller danser. Un jour, alors que nous étions assis ensemble au club Sin Rumbo, à Villa Urquiza, Osvaldo Zotto et Guillermina Quiroga s’approchent de lui pour lui demander un conseil. Petroleo leur dit : « demandez à Mingo ». Et c’est comme cela que j’ai commencé à leur donner des cours quotidiens dans leur
appartement du quartier du Once, pour préparer le concours Hugo Del Carril qu’ils ont finalement gagné (ils prenaient également des classes avec Antonio Todaro). Ensuite Osvaldo m’a suggéré de donner des cours, alors que je n’y avais jamais pensé, étant sculpteur de professionneL Il m’a envoyé des élèves. J’ai d’abord enseigné dans une maison privée, puis au club El Gallito. Au départ il n’y avait pas grand monde, quelques vieilles institutrices. Mais un soir j’arrive et je vois une queue devant la porte : des gens m’avaient vu danser avec Esther au Club Canning quelques jours auparavant
et voulaient apprendre. Puis je suis allé enseigner au club Général Belgrano de San Telmo, en alternance avec Olga Besio et Gustavo Naveira. Les gens étaient parfois si nombreux qu’ils dansaient dehors. C’est là que nous avons fêté le dernier anniversaire de Petroleo, avec Claudio Segovia, Juan Carlos Copes, Miguel Angel Zotto, Pablo Veron, et même des vieux danseurs du Club Nelson, comme Pepe Arena ou Roberto Pugliese. Les cours se sont multipliés, alors qu’au début des années 1990, il n’y avait que trois personnes qui enseignaient : Antonio Todaro, qui enseignait le tango, Pepito Avellaneda, qui enseignait la milonga, et moi-même, qui enseignait les deux danses. Et puis nous avons commencé à aller dans le monde entier avec Esther. Les danseurs contemporains ont également commencé à s’intéresser au tango. J’ai eu beaucoup d’élèves, comme Natalia Games et Gabriel Angio. Ce sont les jeunes, comme eux qui peuvent poursuivent, chercher de nouvelles formes, régénérer le genre à partir du style légué par les gens plus âgés. Aura raison ce qui perdurera.
Propos recueillis par Fabrice Hatem
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14.8.2011 par mephisto-tango.
A l’Espace Oxygène à Paris s’est déroulé le Festival « Tango Roots » animé par Silvia Gerbi, comme organisatrice et professeur du 3 au 7 août 2011.
Les deux premiers soirs, (en dehors des cours de Tango et de folklore), projection de deux films documentaires, aussi intéressants l’un que l’autre, bien que n’ayant rien à voir.
Mercredi 3 août 2011
Le premier film était le reportage d’Odile Fillion « Paris, le Tango et Buenos-Aires » réalisé en 2007, consacré au Tango à Paris depuis les années 1910 jusqu’aux années 2000. C’est ainsi que l’on voit le journaliste récemment décédé Nardo Zalko (auteur de l’excellent ouvrage : Paris-Buenos-Aires, un siècle de Tango, édition du Félin en 2004) raconter l’histoire du Tango à Paris en démarrant en 1907 et en resituant les endroits mythiques : La Coupole, le Tango rue au Maire, Le Chalet du Lac, Le Balajo. Le film parle de Francisco Canaro, de Manuel Pizarro qui a passé sa vie à Paris, à tel point qu’il était complètement oublié en Argentine, et bien sûr d’Astor Piazzolla qui a donné plusieurs concerts à Paris. C’est ainsi que l’on voit le journaliste Michel Anfrol (correspondant TF1 en Argentine), assis sur un canapé auprès de Coco Dias raconter que le Tango renait en Argentine dans les années 1980, suite à l’engouement des Parisiens pour cette danse et cette musique retrouvées, suite au spectacle « Tango argentino ». Edgardo Canton, accompagné de Carmen Aguiar qui était une des premières à enseigner le Tango argentin à Paris avec son mari Victor Convalia, raconte l’ouverture et les premières années du cabaret « Les Trottoirs de Buenos-Aires » rue des Lombards dans le quartier des Halles. Nous voyons des danseurs professionnels et amateurs raconter ce qu’était le Tango dansé dans les années 50 puis dans les années 70 – 80. Jusqu’à aujourd’hui où apparaissent sur l’écran Pablo Tegli et Victoria Vieyra qui parlent du Tango qui est dit « Nuevo », mais qui est simplement l’évolution d’un Tango traditionnel, avec plus de mouvement et de liberté. Ce film-archive constitue le complément visuel du livre de Nardo Zalko.
Jeudi 4 août 2011
Le deuxième film portait sur « le Candombé afro urugayen », film documentaire de Dario Arce et Raphël Guttierez réalisé en 2003. Il raconte l’histoire de cette musique rythmique percussive à base de tambours de différentes tailles (chico, repique, piano), venue d’Afrique à travers les esclaves noirs des origines, à nos jours. A Montevidéo, le carnaval retrace tous les styles de candombé, traditionnels et plus modernes. Cette musique est très festive, on la joue dans les rues spontanément ou non, les gens dansent tout autour des tambourinaires qui marchent lentement en tapant de leurs mains et de leur baguette sur leur tambour. La fabrication des tambours est aussi relatée.
Vendredi 5 août 2011
La milonga du soir a eu un succès mérité, beaucoup de monde malgré l’espace restreint, le trio Silencio (piano, contrebasse, bandonéon) et des démos de folklore et de Tango. Beaucoup de présence, d’allure et de charisme chez Alejandro Hernandez, accompagné d’Isabelle de la Preugne pour la danse folklorique. Le numéro de « Boleadoras » a été interprété magnifiquement par Alejandro. En voici un exemplaire de vidéo, malheureusement pas celui vu à Oxygène.
Claire et Dario Da Silva ont interprété Tango et milonga dont voici une vidéo représentative:
Samedi 6 août et dimanche 7 août :
Mais, pour moi, le plus intéressant à voir et à écouter a été la conférence donnée par l’ethnomusicologue Michel Plisson « Entre le Noir et le Blanc », devant hélas trop peu de monde. Comme il dit lui-même, les danseurs de Tango ne s’intéressent pas suffisamment à la musique, et encore moins à la culture Tango en général. Pourtant c’est une culture, et il est nécessaire de la comprendre.
La conférence a porté essentiellement sur les origines du Tango, en alliant Histoire, Politique, Economie et Sociologie, tout en écouta nt des extraits musicaux très peu connus mais néanmoins grandioses. Michel Plisson est d’une richesse impressionnante dans ses connaissances de la musique Tango et latino-américaine de façon générale.
Voici ci-dessous sa propre présentation écrite de sa conférence, et on ne peut que se prosterner devant son érudition :
Festival Tango ROOTS
Du 3 au 7 aout 2011/Paris
“Tango et milonga comme expressions musicales et chorégraphiques du Rio de La Plata
Entre le noir et le blanc”
Association “La Muse amusée/Responsable Sylvia Gerbi
Michel Plisson/Ethnomusicologue/ 6 et 7 Août 2011
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INTRODUCTION
Le tango s’inscrit dans la grande famille des genres musicaux-chorégraphiques d’Amérique latine. Comme ailleurs dans ce vaste continent, les musiques de tradition orale se sont constituées en Argentine durant cinq siècles à partir d’éléments culturels étrangers les uns aux autres, notamment les cultures européennes, africaines et amérindiennes, produisant des réactions alchimiques complexes. De nouvelles expressions musicales sont nées de ces brassages biologiques et culturels. C’est bien là le fait majeur marquant : En Amérique latine, toutes les musiques de tradition orale sont le produit complexe du choc des cultures entre elles, c’est-à-dire se sont constituées à partir du métissage. Le tango ne fait pas exception à la “règle” commune. Le tango s’est constitué à partir d’éléments empruntés aux cultures noires et blanches, présentes dans le Rio de la Plata comme ailleurs en Amérique latine, même si aujourd’hui les Noirs ont presque disparu d’Argentine ou plus exactement se sont métissés avec les Blancs eux-mêmes largement métissés avec les centaines d’ethnies indiennes existantes dans cette partie de l’Amérique latine au moment de la conquête.
En revanche, les Noirs sont encore très présents à Montevideo, en Uruguay, sur la rive orientale du Rio de la Plata, dans la musique et danse candombe, sans doute là où tango et milonga sont nés en interaction avec le sud du Brésil à travers la traite afro-esclavagiste, comme musique et comme danse, dans le troisième tiers du XIXème siècle avant de s’enraciner et de prendre corps et de s’identifier symboliquement à l’Argentine.
Il existe de nombreuses musiques de tradition orale en Argentine. En réalité, chaque région possède ses propres genres musicaux, presque toutes chorégraphiés. Dans tout le pays on dénombre aujourd’hui au total environ une soixantaine de genres musico-chorégraphiques mais il en a existé beaucoup plus. Certains genres sont tombés en désuétude, ont perdu leur forme chorégraphique mais ont conservé leur forme musicale notamment la structure rythmique. En revanche, d’autres genres musico-chorégraphiques se portent merveilleusement bien, réunissent des milliers de participants lors des manifestations festives publiques, carnavals ou autres.
Comme partout en Amérique latine, ces musiques et danses sont presque toujours très territorialisées. Elles sont jouées et pratiquées dans une région et une seule, et jamais dans une autre, sauf pour quelques musiques et danses qui ont obtenu au cours de leur histoire un statut national.
C’est bien le cas du tango. Il est très territorialisé et en même temps a obtenu un statut national (et international !) quoiqu’il ne se joue et ne se pratique aujourd’hui -musique et danse- essentiellement que dans cette partie du cône sud de l’Amérique latine que l’on appelle le Río de la Plata, embouchure de l’immense fleuve Paraná, plus précisément dans les quartiers populaires de la ville de Buenos Aires et la zone suburbaine immédiate qui l’entoure, que l’on appelle le Gran Buenos Aires ainsi que dans la ville de Montevideo, de l’autre côté du fleuve [la banda oriental], large à cet endroit de plus de 40 kms (et aussi de manière populaire au Chili et en Colombie).
En réalité, le tango rentre dans un ensemble beaucoup plus vaste : les musiques urbaines du Rio de la Plata, dans lequel on peut aussi faire entrer la région sud du Brésil que l’on appelle “Rio grande do sul” qui historiquement et culturellement est liée au Río de la Plata. Cet ensemble géographique d’Amérique du sud intégre également d’autres genres musicaux et chorégraphiques qui appartiennent au même univers musical que le tango, comme la milonga, el vals porteño, el candombe uruguayo, el candombe porteño et enfin la murga, ces deux derniers genres ayant des formes complétement différentes en Uruguay et en Argentine : La murga uruguya et la murga porteña, genre festif de rue à caractère carnavalesque. La murga urugaya à toujours été très populaire à Montevideo. La murga porteña en revanche, avait presque disparu en Argentine car prohibé par les dictatures militaires successives ; elle connaît depuis les années quatre-vingt-dix, une forte résurgence tout comme le tango et la milonga. Le candombe uruguayo en Uruguay qui réuni des milliers de participants qui défilent avec leurs tambours et leurs comparsas lors du Carnaval de Montevideo est plus vivant que jamais tant du point de vue de la musique que de la danse. Le candombe porteño et ses tambours n’existe presque plus alors qu’il fut très populaire jusqu’au début du XXème siècle. Des groupes afro-argentins essayent de lui redonner corps depuis quelques années.
Depuis une quinzaine d’années, une nouvelle génération se saisi à nouveau de ces musiques et danses et les font revivre, notamment dans les quartiers populaires des deux villes de Buenos-Aires et Montevideo.
Si toutes ces musiques se pratiquent dans des zones urbaines, en revanche, elles ne se pratiquent ni dans les mêmes quartiers, ni par les mêmes groupes sociaux. En effet, ces musiques et danses sont certes le produit de l’histoire mais aussi des enjeux culturels et sociaux, symboliques et identitaires puissants qui sous-tendant les processus de création, l’évolution, l’infléchissement ou la disparition des musiques et danses qui n’est pas perceptible à travers la simple écoute musicale.
La dimension ethnomusicologique (”la musique dans son contexte”) est dès lors indispensable afin de mieux comprendre ces musiques, leurs styles, leurs techniques de jeu et de rythme, afin de mieux les interpréter, qu’il s’agisse de la musique ou de la danse touts deux étroitement imbriqués.
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Bibliographie Tango accessible en français
AZZI Maria Susana/Simon Collier, Le grand tango, Oxford University Press USA 2000
BEHAGUE G. Article sur le tango dans New Grove
BERNAND, Carmen, Histoire de Buenos Aires, Fayard, Paris 1997.
BORGES JorgeLuis/José E. Clemente, El lenguaje de Buenos Aires, 1959, EMECE, Buenos Aires, 1960.
BORGES Jorge Luis, Evaristo Carriego, EMECE Editorial Buenos Aires/ Seuil 1969.
FERRER, Horacio, Le siècle du tango : compendium illustré de son histoire, Traduction française de Jocelyne
FLEOUTER, Claude, Le tango de Buenos Aires, J.C.Lattès, Paris 1979.
HONORIN Emmanuelle, Astor Piazzolla/Le tango de la démesure, Editions Demi-Lune, 2011.
LOMBARDI Pedro, Invitation au tango/Avec les textes de Ana Karina Lombardi/Editions du collectionneur, Photos, 143 p.
PIAZZOLLA, Diana, Astor, Ed. Altantica, 2002.
PLISSON, Michel, “Le tango, l’Afrique, les Antilles et le Rio de la Plata” dans l’ouvrage collectif “D’un inconscient post-colonial, s’il existe”. Article publié dans la revue de l’ “Association freudienne internationale”, en collaboration avec la Maison de l’Amérique Latine, 1995.
PLISSON Michel “Des pratiques musicales argentines à Paris”. Ariam/ Ile de France, 1997.
PLISSON, Michel, Systèmes rythmiques, métissages et enjeux symboliques des musiques d’Amérique latine, Cahiers de musiques traditionnelles n° 13, Ateliers d’ethnomusicologie, Genève, 2001
PLISSON, Michel, “TANGO / Du noir au blanc” Actes Sud/Cité de la musique. Livre (176 p. + CD) 2001. Edition allemande : “Tango” Palmyra Verlag, Heldelberg, 183 p., 2002. Préface Horacio Ferrer. Revu et remanié + Glossaire de termes musicaux du Rio de la Plata. 2004 Réédition de “Tango : du Noir au blanc”. Edition remaniée, actualisée et augmentée d’un glossaire. Actes sud/Cité de la Musique.
PLISSON, Michel, “De la habanera au tango : L’espace urbain caraïbe et les métissages musicaux afro-américains” Actes du Colloque de l’Université de Caen. 2002 in La ville caraïbe : entre baroque et criolité, Cahiers de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines (MRSH) de l’Université de Caen. 2003.
PLISSON, Michel, “Tango : entre le Noir et le blanc” Revue L’éducation musicale Septembre 2003 N° 505/506 [Programme Bac 2004 série L et Options], 2003.. + Article évolutif www.leducation-musicale.com on line.
SALAS, Horacio, Le tango, Actes Sud, 1986.
THOMAS Jean-Luc Tangos, Avant-propos d’Anna Schygulla, Solar, Paris, 25×30, Photos, 128 p. 2004.
ZALKO Nardo, Un siècle de tango, Editions du Félin, Paris 1998.
ZALKO Nardo, Paris Buenos Aires : Un siècle de tango, Editions du Félin, 317 p. 2004.
*
Sites Internet
La Salida : le magazine du tango argentin
73, av. Henri Ravera
92220 BAGNEUX
Tél. : 01 46 55 22 20
Fax : 01 46 55 48 61
Mail : tango@letempsdutango.com/La Salida : www.lasalida.info
[Editée par l’association “Le temps du tango”. La meilleure et la plus complète revue sur le tango. Existe depuis une dizaine d’années. La revue s’intéresse non seulement au tango mais à la culture qui l’a vu naître : celle du Río de la Plata. Sont évoqués et traités également les thèmes de la peinture et des arts. 4 à 5 numéros par an.]
El Farolito/Paris tango magazine/Mensuel
(33) 06 99 20 47 52
Association “El Farolito”
36, rue Campo Formio
75013 PARIS
info@paristangomag.com/www.paristangomag.com
[”El Farolito”, (le petit reverbère). Revue assez récente dirigée par un couple de danseurs de tango professionnel.. Cette revue (mensuel gratuit) élégante, bien conçue, informe essentiellement sur la danse tango de manière très précise : horaires, salles, lieux, tarifs. Equivalent français de “BA Tango” ou de “El Tangauta” à Buenos Aires. Indispensable pour les danseurs de tango, même débutants].
Discographie
Astor Piazzolla, Piazzolla en suite, Astor Piazzolla col. N° 1, 037011, A. Pagani, PSB, 2000.
Astor Piazzolla, María de Buenos Aires, Astor Piazzolla col. N° 3, 037035, A. Pagani, PSB, 2000.
Astor Piazzolla, Roma 1972, Astor Piazzolla col. N° 9, 037097, A. Pagani, PSB, 2000.
Astor Piazzolla, Milano 1984, Astor Piazzolla col. N° 10, 037103, A. Pagani, PSB, 2000.
Mosalini-Gieco en concert (aller-retour), bandonéon & flûte. Récital : du baroque européen à la musique du Rio de la Plata, WDR 1997. Indigo/Label bleu LBLC 2583 (2001)
Juan José Mosalini et son grand orchestre de tango, Ciudad triste, Indigo/Label bleu LBLC 2577, 2001.
Olga Delgrossi Tango del Río de la Plata (avec Julio Cobelli (guit.) et Waldemar Metediera (bando.). Inédit/Maison des Cultures du Monde 2001.
Cáceres, Tocá tango, Celluloid, Mélodie, 6702624, 2001.
Juan Carlos Cáceres, From Buenos Aires to Paris/Best of 1958-2003, Celluloid, Mélodie 6740.2 DK 124, 2003.
Sandra Rumolino, Tango argentino, Por la vuelta,Arion, ARN 64589, 2002.
Pas à deux, Musique du spectacle “Pas à deux”, mise en scène par Camilla Saraceni, 2001.
Estudiantina Centenario 1909-1910/Rondalla Atlanta 1913/Gaucho relámpago 1914/Rondalla José Vasquez 1907-1908, El Bandoneon, EBCD 141, 2001.
Juan Carlos Cobián y su orquesta Típica 1923, El Bandoneón, EBCD 143, 2001.
Juan Carlos Cobián y su Orquesta, 1926-1928, EBCD 132, 2001.
Emma Milan, A mis dos Homeros poetas del tango, Wagram, WAG331, 2002.
Gustavo Gancedo, Tango para Ustedes, Tango Septeto, L’empreinte digitale, ED13141, 2002.
Astor Duo, En hommage à Astor Piazzolla, Pierre Dubousset Piano, Bertrand Brayard, violoncelle, Intégral Classic, INT 221.117, 2002.
Sergio & Odaïr Assad play Piazzolla, Nonesuch 75 59-79632-2, Warner, 2002.
Gidon Kremer, Astor Piazzolla, ElTango, Nonesuch 7559-79462-2, Warner, 2002.
Collection Casa del tango, Milan sur, Epsa, Universal. Quinze albums :
Ramiro Gallo Quinteto, Florece, Milan Sur, 164657, 2003.
Horacio Salgán Horacio Ferrer, Oratorio Carlos Gardel, Milan Sur,164626, 2003.
Amelita Baltar, Balada para un loco, Milan Sur, 164527, 2003.
Orquesta del tango de Buenos Aires, Direction Carlos Garcia & Raul Garello, Libertango, Milan Sur, 164428, 2003.
Néstor Marconi, El bandoneón, Milan Sur, 163629, 2003.
Julio Pane Trio, A las orquestas, Milan Sur, 164220, 2003.
Quinteto Ventarrón, Tango & guitarras, Milan Sur, 164633, 2003.
Orquesta Escuela de tango, Direction Emilio Balbarce, De contrapunto, Milan Sur,164121, 2003.
András Adorján, Jorge De La Vega, Flautas tango, Milan Sur,164022, 2003.
Astor Piazzolla, Tanguedia de amor, Milan Sur, 163926, 2003.
Alberto Garralda, Nuevo Quinteto, Los Duendes nocturnos, Milan Sur, 164640, 2003.
El Arranque, Cabulero, Milan Sur, 164329, 2003.
Horacio Salgán Ubaldo DeLío, Mano brava, Milan Sur, 163728, 2003.
Susana Rinaldi, La voz del tango, Milan Sur, 163827, 2003.
Roberto Goyeneche, Vuelvo al sur, Milan Sur, 163520, 2003.
Tango, A film of Carlos Saura, Original music by Lalo Schiffrin, Deusch Gram 459145.
Mi Buenos Aires querido, Barenboim-Mederos-Console, Teldec 13474-2.
Adiós Nonino Quarteto Amazônia toca Astor Piazzolla. Arranjos de José Bragato. Kuarup (Brésil) discos. KCD152.
César Stroscio & Esquina, Les tangos de Corto, Buda, 82241-2.
El Arranque, Clásicos, Epsa, 17183, 2002.
DanzaMaligna/Vale tango, auténtico tango argentino, version musical del espectáculo, [Théâtre de Chaillot, Juin 2003], Epsa 17465, 2003.
Quatuor Caliente : Libertango/Astor Piazzolla, musicien invité Vincent Maillard (vibraphone), Aeon, Dist. Harmonia Mundi, 2004.
Melingo/Santa Milonga, Ed. Mañana, Dist. Naïve, 2004.
Di Giusto y Camerata ambigua/La cambiada, Ed. Mañana, Dist. Naïve, 2004.
Cáceres/ Murga argentina, Ed. Mañana, Dist. Naïve, 2005.
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Merci à Silvia d’avoir organisé de mains de maître ce Festival qui a eu beaucoup de succès, y compris pour les cours qui ont affiché complet. Alors que les gens sont partis en vacances à cette période de l’année, c’est remarquable.
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6.8.2011 par mephisto-tango.
Pleine réussite et plein succès que ce 3ème festival Tangopostale de Toulouse. Très organisée, l’équipe du Président Christian Couderette a rempli parfaitement sa mission qui était de proposer au Tangueros et tangueras présents des prestations de qualité, aussi bien pour les orchestres, les danseurs professionnels (même si j’ai amèrement regretté personnellement l’absence de Pablo Tegli), les milongas en plein air et en salle, les concerts, les conférences, les films. Parmi les danseurs de milongas, on a pu noter la participation importante d’Espagnols, tous d’excellent niveau. D’autre part, il est bon de dire que ce Festival a été consacré particulièrement à Astor Piazzolla, chose que l’on verra tout au long de ce reportage écrit (et visuel).
Mardi 5 juillet : conférence « Borges et le Tango » à l’Institut Cervantes
Animée par Santiago De Luca, spécialiste de l’œuvre de Jorge Luis Borges, la conférence s’est portée sur la lecture des textes et des poèmes de l’écrivain argentin, et de leur traduction, accompagnée à la guitare par Gonzalo Bongiovanni. C’est ainsi que l’on perçoit que ce grand écrivain aimait le Tango certes, mais il l’aimait dans la période du début du Tango, où il était encore festif, joyeux, et à la limite irrévérencieux. Le côté « obscur » du Tango, les couteaux, les compadritos… Il en a parlé fort brillamment dans ses œuvres poétiques.
C’est aussi la collaboration Borges-Piazzolla (où Piazzolla a mis en musique certains poèmes de Borges). Cette rencontre en 1967 en fait, s’est mal passée, leur relation était « terrible » a dit Solange Bazely (autre intervenante dans la conférence). Pourtant « Jacinto Chiclana » (texte de Borges, musique de Piazzolla) est un très beau Tango chanté par Edmundo Rivero. La lecture de ce texte en Français a été faite par Solange. « A Don Nicanor Paredes », « El hombre de la Esquina Rosada », et bien sûr « Jacinto Chiclana » sont des Tangos enregistrés par Piazzolla et chantés par Edmundo Rivero dans l’album « El Tango ». Si Borges traitait Piazzolla de « Pianola » (piano automatique), Piazzolla le lui rendait bien, en disant de lui que non seulement Borges était aveugle, mais qu’il était également sourd !
Mercredi 6 juillet : concert en hommage à Astor Piazzolla par Marcelo Mercadante y su Quinteto Porteno. Auditorium St Pierre des Cuisines.
Cet endroit bénéficie d’une acoustique formidable. Situé dans la prolongation d’une église (St Pierre) et donc dans la même conception architecturale de nos anciens constructeurs d’églises, le concert de Marcelo Mercadante promettait d’être grandiose. Marcelo Mercadante est un bandonéoniste argentin qui vit à Barcelone, et il était entouré d’une violoniste remarquable, pleine d’émotion et de sensibilité Olvido Lanza, d’un guitariste de talent Javier Feierstein, de Gustavo Llull au piano et de Andres Serafini à la contrebasse. Parmi les œuvres de Piazzolla (Resurreccion del Angel pour moi le mieux joué, Milonga del Angel , Muerte del Angel, Verano Porteno, Adios Nonino et Pedro y Pedro au bandonéon solo : très bien joué par Marcelo Mercadante), le bandonéoniste a aussi fait connaitre ses propres œuvres : « En la Esquina, Aguita Marron, Minon… ». Evidemment, comme les œuvres de Piazzolla sont hyper connues, il était facile de comparer avec le « Maestro Piazzolla » lui-même…. Difficile de faire aussi bien ! A sa décharge, il faut bien noter que son bandonéon a eu un problème, puisqu’il a dû s’absenter quelques minutes pour le réparer….
Voici quelques images du concert : « Resurreccion del Angel « et « Milonga del Angel » d’Astor Piazzolla, à votre propre appréciation.
Jeudi 7 juillet : conférence « Piazzolla dans son temps et son espace » Centre culturel Bellegarde animée par le bandonéoniste et compositeur Marcelo Mercadante.
Conférence intéressante pour ceux qui aiment la musique et l’œuvre d’Astor Piazzolla, car Marcelo Mercadante a su faire passer, à travers la biographie d’Astor Piazzolla, le lien important entre le personnage et l’œuvre qui s’y rattache, y compris en mettant l’accent sur la réalité politique du moment et sur les révolutions technologiques (inventions du microphone, de la radio…). On sait que le jazz fait partie intégrante de la vie enfantine de Piazzolla, et que Gershwin a eu une influence énorme sur lui. Puis il y a eu Alberto Ginastera, Nadia Boulanger qui lui ont appris les règles de la composition : fugue et contrepoint de la musique classique, dite savante…
Je passe sur la biographie d’Astor Piazzolla que chacun pourra consulter sur tous les sites (nombreux) consacrés à Piazzolla.
Lors de cette conférence, Marcelo Mercadante nous a fait écouter une fugue de Dave Brubeck (musicien de jazz bien connu, compositeur de « Take Five » notamment) en citant le parallèle avec Fuga y Misterio de Piazzolla.
Autre parallèle : « West Side Story » du compositeur américain Leonard Bernstein, et « Maria de Buenos-Aires », petit opéra de Piazzolla, et Horacio Ferrer pour les textes.
Jeudi 7 juillet : cinéma : « Nosotros » : documentaire de Diego Martinez Vignatti en 2002 (Argentine – Belgique) Centre culturel Bellegarde.
Excellent documentaire sur des personnages héritiers de l’immigration à Buenos-Aires, passionnés de Tango et inquiets face à la crise économique. Ce sont des portraits attachants, touchants, toujours justes dans les propos.
Vendredi 8 juillet : cinéma : « Horacio Ferrer, Poète du Tango » film de Stefano Franchini, Massimo Martino, Antonio Maria Savella 2010. Enregistrement à Turin 2007.
Accompagné par l’orquesta tipica Alfredo Marcucci, Horacio Ferrer déclame, plutôt que chante tous ses poèmes mis en musique par Astor Piazzolla. « Balada para Un Loco, Chiquilin de Bachin, Existir, etc…. » Horacio Ferrer très ému, et nous, nous en avions la gorge serrée….. Puis une conférence filmée de 48 minutes, « Tango, Art et Mystère », donnée par Horacio Ferrer qui parle du Tango, de son Histoire, de son Esprit, un Horacio Ferrer terriblement passionné, terriblement habité par son sujet !
Vendredi 8 juillet : Table ronde : à la rencontre d’Astor Piazzolla – Médiathèque José Cabanis
Etaient présents lors de cette table ronde :
- Solange Bazely : animatrice, journaliste, conférencière
- Marcelo Mercadante : bandonéoniste et compositeur
- Françoise Thanas : traductrice en Français de la biographie « Astor » écrite par sa fille Diana Piazzolla (2002). Edition Atlantica.
- Emmanuelle Honorin : journaliste au magazine « Géo », a écrit une biographie « Astor Piazzolla, le Tango de la démesure » (2011). Edition Voix du Monde.
Dans un premier temps, quelques images extraites du DVD réalisé par la BBC : « Astor Piazzolla in portrait » sont projetées sur écran géant, et nous voyons le célèbre musicien donner son opinion sur sa musique et sur sa personnalité. Sur cette base, les intervenants parlent d’Astor Piazzolla :
- Françoise Thanas qui a rencontré le père et la fille (Diana Piazzolla) parle de cette rencontre mémorable pour elle, et on la comprend. Elle parle de la collaboration entre elle-même et Diana, pour intégrer des interviews de musiciens français dans son livre (Georges Moustaki, Jean-Claude Casadesus, Richard Galliano, Jean Guidoni), et des difficultés en définitive pour que ce livre puisse paraître en Français.
- Marcelo Mercadante parle d’Astor Piazzolla plus dans l’esprit du musicien, en faisant référence au jazz et à l’improvisation. On peut regretter la traduction très limite de M. Roux.
- Emmanuelle Honorin parle de la forte personnalité du compositeur, très provocatrice.
Vendredi 8 juillet et samedi 9 juillet : milongas à la salle Jean Mermoz
Malgré l’endroit assez excentré (nécessité d’avoir une voiture, ou de venir en taxi, ou de prendre le métro avec marche à pied assurée pour aller dans l’île Ramier)) cette salle Jean Mermoz mérite le déplacement. Très agréablement installée et décorée par toute l’équipe de bénévoles de Tangopostale, (stands de vêtements, de chaussures, un bar, un peintre de filete travaillant sur place) la salle Jean Mermoz est bien conçue pour être une grande et belle salle de danse. Uns scène suffisamment grande pour recevoir les 10 musiciens de la Tipica Imperial le samedi, une piste de danse avec un excellent parquet, et des tables et des chaises tout autour, tout était fait pour que les tangueros passent deux excellentes soirées.
Le vendredi soir, l’orchestre pour la milonga était le Quartet de Gabriel Vallejo comprenant :
- Gabriel Vallejo : piano
- Romain Lecuyer : contrebasse
- Jean-Baptiste Henry : bandonéon
- Pierre Marie-Bonafos : saxophone soprano
Voilà l’originalité : le son du saxophone soprano donne une autre touche de couleur aux différents Tangos traditionnels, interprétés par ce quartet. Cet instrument, majoritairement consacré au jazz, arrive à s’intégrer aux instruments traditionnels du Tango (piano, contrebasse, bandonéon). Peut-on alors dire qu’il remplace avantageusement le violon ? Je n’irai pas jusque là, néanmoins, il ne détonne nullement. Voici ci après des extraits, avec une mention spéciale pour la milonga, très jazzy dans la forme, portée par le piano et le saxophone. Notez également la joie des musiciens à ce moment de l’improvisation !
Mais le must très attendu bien sûr a été le samedi soir la prestation de l’Orquesta Tipica Imperial, formé de 10 jeunes musiciens excellents : 3 bandonéons, 4 violons, 1 contrebasse, 1 piano et 1 chanteur de talent. Tangos traditionnels, mais mâtinés d’arrangements très, très originaux d’avant-garde. Difficiles à danser certes, mais ô combien intéressants.
Côté démonstrations de Tangos, Valses et Milongas :
- Diego « El Parajo » Riemer et Maria Belen Giachello : beaucoup de présence, de charisme et d’élégance. Superbes démonstrations, pleines d’inventivité et de musicalité, de Tangos valses et milongas sur les deux soirées. Un régal.
- Daniel Darius et Valérie Onnis : remplaçants en dernière minute Pablo Tegli et Emilie Caron, le challenge était très difficile à relever pour les 2 soirées. Néanmoins, ils s’en sont bien tirés.
Samedi 9 juillet : le Tango au cinéma : conférence de Solange Bazely
Illustrée par de nombreux extraits de films, Solange Bazely nous a fait une brillante et complète rétrospective depuis les origines du cinéma (cinéma muet) jusqu’à aujourd’hui, de tous les films où l’on peut constater des références au Tango. Partant de 1906 jusqu’en 2005, cela passe par Max Linder en 1912 (Max professeur de Tango), par Charlie Chaplin en 1914 (Charlot danseur), par Rudolf Valentino en 1921 (les 4 cavaliers de l’apocalypse), par Eisenstein en 1917 (La Grêve), par Douglas Fairbanks en 1927 (Le Gaucho). En 1933, 1er long métrage parlant en Argentine « Tango », en 1950 « El Ultimo Payador », en 1959 Billy Wilder « Certains l’aiment chaud » et « Sunset Boulevard », le Bal d’Ettore Scola en 1983, en 1966 la comtesse de Hong-Kong, en 1972 le Dernier Tango à Paris de Bernardo Bertolucci, en 1976 l’Acrobate, en 1983 la Belle Captive, en 1985 « Tango, l’exil de Gardel » de Fernando Solanas (musique de Piazzolla), en 1988 : « Sur », en 1990 « Naked », en 1997 « Happy Together » de Wonk Kar Wai, et « La Leçon de Tango de Sally Potter avec Pablo Veron, en 2002 « Assassination Tango » de Robert Duvall, et « je ne suis pas là pour être aimé » de Stéphane Brizé en 2005. Il y a bien d’autre références bien sûr, d’autres films non cités, et Solange pourra certainement rectifier les manques !
Ce Festival était tellement riche que je n’ai pas pu tout voir malheureusement, et notamment je n’ai pu voir tout ce qui avait trait au folklore argentin : spectacle par la troupe de Gustavo Gomez : De Mi Tierra, cavalcade et démonstrations de danse folkloriques de tradition argentine. Je n’ai pas pu aller non plus aux « after ».
Toutefois, si j’ai pu donner envie d’aller l’année prochaine au 4ème Festival Tangopostale de Toulouse, j’en serai heureuse car cet événement mérite qu’on se le signale, et que le phénomène « de bouche à oreille » prenne forme dans toute son ampleur.
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6.8.2011 par mephisto-tango.
Le public présent lors du concert du chanteur argentin Martin Oliva est resté scotché tout au long du spectacle, bluffé, émerveillé. Pas un bruit, tellement la voix de ce chanteur est prenante, tellement elle est tour à tour chaude, enveloppante, pleine d’émotion et de subtilités dans les nuances piano-forte, un vibrato léger et souple, cela respire. C’est tout simplement magnifique. Pas simplement beau, mais magnifique. Entouré d’un pianiste et d’une percussionniste, la rythmique s’intégrant parfaitement au chant. On pourrait qualifier ce chanteur comme étant un ténor, mais les racines populaires sont là, le folklore ancré dans les gènes ! Il chante dans un registre très large, dans l’infinie douceur et dans l’importante puissance de sa voix. Une telle voix est rare, son timbre est d’une telle palette de couleurs que l’arc en ciel lui-même en serait jaloux. De plus, cet homme a un sourire tellement lumineux et radieux qu’il en ferait damner n’importe quel réfractaire et succomber sous le charme !
Il n’a pas chanté de Tangos, mais je le crois, ce chanteur, dans son répertoire de chants issus du folklore argentin (Atahualpa Yupanki ne le renierait pas), mérite grandement qu’on s’y intéresse, d’autant plus qu’il doit revenir à Paris, après une tournée en Amérique Latine.
Nous ne trouvons pas ses CDs en France, alors…….
Il faut venir le voir.
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