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Archive pour octobre 2010

Les Traumatisés du Tango

Dans le film Tangueando (dont je parle sur le précédent article de ce blog), Eric Schmitt parle de l’approche du Tango comme étant : « l’avant ou l’après divorce ». Cela mérite une réflexion soutenue pour tenter d’expliquer cette opinion qui, chacun peut le constater, peut être assez proche de la réalité.

Malheureusement, je ne crois pas qu’il existe des statistiques fiables comparant les taux de divorces et de ruptures sentimentales, entre les différentes danses, et dans la vie habituelle « normale » sans danse. Malgré cela, il est fort probable que le taux de divorces et de ruptures dans le Tango argentin est élevé, aussi bien dans le milieu professionnel que dans le milieu amateur. La Salsa cubaine et portoricaine peut-être, peut rivaliser.

Qu’est ce qui peut expliquer cette inflation de divorces et de ruptures ?

D’abord, la culture intrinsèque du Tango qui reflète, de façon exacerbée, le mal-être chronique des gens, mal-être devenu quasiment génétique, venant de l’émigration ressentie extrêmement douloureusement par les aïeux, et que portent les générations suivantes. Le déracinement et le désespoir du pays natal perdu se sent à travers toute la musique Tango, même si les paroles des Tangos ne sont pas forcément comprises dans les pays non-hispanophones. Ce mal-être intense : « je ne me sentais bien nulle part dans ma vie », l’exil, la nostalgie, la non-appartenance à quoi que ce soit, la mélancolie fondamentale, les plaintes, tout cela représente le ferment pour une quête d’identité, pour une recherche sans fin de nouveaux chemins, de nouveaux amours : « la vraie vie est ailleurs ». On peut noter que le nombre de psys à Buenos-Aires est inimaginablement élevé, et ce simple fait est significatif.

L’Après divorce :
Quoi d’étonnant alors, que des hommes et des femmes, en rupture sentimentale douloureuse, se sentent en adéquation spirituelle, inconsciente probablement, avec le Tango, « pensée triste qui se danse » ? De nombreuses personnes viennent ou reviennent au Tango après leur divorce, dans l’espoir de trouver une âme sœur dans le même état d’esprit qu’eux, et dans la même communion, portant chacun en eux, leur « boulet » de douleur : leur mal-être qui est la clé de la compréhension de ce phénomène. L’espoir d’être compris dans le milieu du Tango est certainement plus fort que partout ailleurs. Je me souviens d’une parole de Silvia Lallana la chanteuse argentine, qui à Tarbes cette année a dit à son public : « si nous sommes là tous ensemble ce soir, c’est que nous portons tous la même pensée dans le cœur ». Chacun cherche à être libéré de sa douleur dans ce milieu Tanguero, et en sortir, grâce à l’autre, qui est probablement pareil. Quête sans fin et inutile de l’Absolu à travers l’autre…..Alors que cette quête du bonheur doit se rechercher en soi-même.

L’Avant divorce :
Alors que voyons-nous quelquefois dans les milongas ? Des hommes et des femmes en quête d’absolu à travers un autre très hypothétique, ou bien des couples qui souvent ne se comprennent pas sur la piste, qui ne sont pas à l’écoute l’un de l’autre. La proximité des corps fait que quelquefois des ressentis de jalousie et/ou de possession surviennent, et que les problèmes de couple arrivent alors, à cause d’une intolérance excessive. Une dispute avant la milonga, et la milonga est foutue. Et si l’un des deux s’arroge le droit de danser avec d’autres, c’est le drame. « Pourquoi tu danses avec ce conn….., il fait ceci, ou il fait cela ! » n’est qu’un exemple entendu dans une milonga.

L’émancipation féminine et les invitations faites par les femmes maintenant (en Europe) font que certains hommes se sentent menacés dans leurs prérogatives de macho, de dominateurs. Le machisme alors devient inutile et passéiste, et ces hommes se sentent alors très abusivement dévalorisés, rabaissés, voire méprisés par leur compagne. Si la notion de domination masculine est profondément ancrée chez un homme, la souffrance engendrée par la non soumission de sa femme à ses propres exigences, est énorme. Si la femme se soumet, et se dépersonnalise pour se fondre aux exigences de son conjoint, on peut supposer que le couple va durer, peut-être. « Je ne peux pas » est un exemple de soumission féminine (entendu dans une milonga) face à l’invitation à danser d’un homme autre que son mari, révélateur de l’interdiction de danser faite par le conjoint de cette femme invitée. Si une femme accepte toutes les invitations à danser, par gentillesse, par devoir ou par obligation, c’est « l’avant divorce » avec toutes ses conséquences néfastes : disputes, incompréhensions et remise en cause des sentiments. Une solution serait que la femme reste chez elle, pendant que lui irait danser, ou bien que la femme arrive dans la milonga en burka ! Pour éviter tout risque d’invitation inopportune…..La solution pour avoir la paix consisterait aussi à rester en arrière de la milonga, pour ne pas être vue, et donc pour n’être pas invitée ! Mais est-ce une bonne solution ?

Inversement, le harcèlement d’un homme par sa femme, parce qu’il a trop dansé, selon elle, avec des femmes étrangères (ou non) au couple, est également vu. Souvent. Scènes de jalousie, frustrations de ne pas assez danser chez ces femmes, sentiments de trahison, suspicion d’adultère…… Egalement on peut voir certaines femmes qui s’imposent trop en invitant agressivement des hommes accompagnés !

Les danseurs et danseuses de Tango brûleraient-ils tous dans les flammes de l’enfer, dès l’instant où ils mettent les pieds dans une milonga ? On pourrait le croire, au vu de ses quelques exemples !

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