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24.10.2009 par mephisto-tango.
L’autre dimanche, en travaillant dans l’atelier de Mephisto Tango sur les Tangos de la Vieille Garde des années 1900, l’intérêt s’est porté tout naturellement sur : « El Choclo », Tango très connu, composé par Angel Villodo en 1903. Lors de cet atelier, nous avons cherché à reconnaître les structures rythmiques de ce tango pour travailler dessus, notamment avec la version de Roberto Firpo.
Tout naturellement, après cela, j’ai voulu regarder sur Youtube les diverses interprétations que les danseurs font de « El Choclo », d’un point de vue rythmique.
Il y avait comme il se doit beaucoup de choses, mais la plupart sans grand intérêt. Néanmoins j’ai trouvé une interprétation prodigieuse, techniquement et rythmiquement de « El Choclo », et je vous la soumets : il s’agit de l’interprétation en 2008 de Mariano Chicho Frumboli et Juana Sepulveda sur la version de Roberto Firpo (musique enregistrée en 1926):
Le tempo de la version de Firpo est rapide. Mais avec l’interprétation suprenante qu’en font Chicho et Juana, on se dit : « Quelle rapidité d’exécution ! Chicho semble être très à l’aise en dansant si rapidement sur la musique, en frappant le sol à chaque pas. C’est fantastique.»Si on regarde plus attentivement, et plus froidement sans se laisser déborder par la virtuosité, on peut tenter d’analyser la danse de Chicho et Juana. C’est ainsi que l’on voit que, jusqu’à 2 minutes 22, Chicho marche en majeure partie sur la pulsation rythmique en 4 (c’est-à-dire il marche sur tous les temps forts et tous les temps faibles), pendant que Juana marche et est guidée presque uniquement sur les temps forts (exception faite des toutes premières secondes où elle marche à reculons face à lui, en symétrique rythmiquement). Ce n’est qu’à partir de 2 mn 22, et presque jusqu’à la fin du Tango, qu’avec un abrazo très fermé de style purement Milonguero, Chicho et Juana marchent ensemble sur les temps forts, et non sur les temps faibles, généralement. Les dernières secondes du Tango, formant la conclusion du Tango, les voient reprendre un abrazo ouvert et de nouveau la pulsation en 4 pour Chicho.
En dehors de cela, et pour rompre la monotonie d’une marche rapide et régulière en 4, Chicho se paye le luxe de quelques fantaisies, techniques et rythmiques, en y incorporant quelques syncopes extrêmement rapides, toutes judicieuses et tombant merveilleusement bien sur la musique.
A 7 secondes, il marque entre le 1 et le 2 de la mesure un « super contretemps » en stade joint parfaitement sur le tempo. Ce qui donne : 1 et 2 3 4, soit 5 pas dans la mesure.
A 31 secondes, il finit la phrase musicale sur un ralentendo, bien marqué par la musique elle-même.
A 36 secondes et 45 secondes, il marque des syncopes sur la musique, syncopes caractéristiques de la musique Tango.
A 1mn 08 sacada avec 2 pieds joints, cette sacada étant effectuée très précisément à la fin de la phrase musicale, sur la note.
A 1mn 12, 2 « supers contretemps » enchainés : 1 2 3 et 4 et.
A 1mn 13, un autre : 1 2 3 et 4.
A 1 mn 52 et 1 mn 53 : j’ai littéralement jubilé, quand je vis les syncopes directement enchainées, caractéristiques du Tango (1 et … et 3) interprétées par Chicho juste avant un tour à droite.
A 1mn 57, admirez la fin de la phrase musicale, impeccable face à face pour terminer, avant de reprendre sur une nouvelle phrase musicale.
A 2mn 27, contretemps sur temps faible, alors que tout le passage « Milonguero » se déroule sur le temps fort.
A 2 mn 37, après la séquence « Milonguero » de la dernière partie de « El Choclo », reprise de l’abrazo ouvert avec passage de Juana derrière Chicho, suivi d’une marche en avant pour elle, en arrière pour lui en parrallèle rythmiquement, et d’une pause finale pour conclure le Tango.
Que dire d’autre ? Que tout est parfait de précision, de technique dans les pas, de dynamisme. La musicalité est exceptionnelle. Ce qui ne m’étonne nullement de la part de Chicho.
Le décalage, voulu, entre Chicho qui marche sur les temps forts et sur les temps faibles (sauf pour la séquence Milonguero), et Juana qui marche la plupart du temps sur les temps forts, fait que nous voyons, d’un premier abord, la rapidité et la précision d’exécution de Chicho, avant de voir Juana qui danse. C’est lui que l’on voit d’abord, parce qu’il fait plus de pas qu’elle et qu’il s’impose de façon très brillante, techniquement, et musicalement. Néanmoins, la connexion est sans l’ombre d’un doute entre les deux partenaires. Si l’on se concentre dans un deuxième temps sur Juana, et uniquement sur elle, on remarque combien elle est parfaite de réceptivité, elle se laisse aller au guidage avec confiance, et répond à l’énergie de façon juste et dynamique. Elle est très présente et danse autant que lui.
Cette vidéo est un régal à tous les points de vue. Elle est à conserver précieusement dans les archives du Tango dansé, sans hésiter !
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24.10.2009 par mephisto-tango.
Enormément de monde lors de ce stage de Pablo Veron organisé par l’association Mephisto Tango! à Paris les 10 et 11 octobre 2009. Le thème de ce stage portait essentiellement sur le relâchement et la connexion entre partenaires.
A croire que ces notions fondamentales pour le Tango dansé ont attiré encore plus que de coutume (tous les cours complets près de 2 semaines avant le stage). Mis à part le prestige incontestable et la notoriété de Pablo Veron, l’intérêt porté par tous les participants aux paroles du Maître concernant ces bases essentielles a été considérable. Cet intérêt s’est manifesté en retour par Pablo lui-même, car il n’a pas lésiné à donner plusieurs heures de cours en plus de ce qui avait été prévu normalement, le samedi et le dimanche.
Pablo Veron a ainsi réuni, à l’intérieur de tous ces cours, sa philosophie du Tango dansé, et la pratique. La théorie accompagnée de l’expérimentation. Probablement le meilleur stage que Pablo Veron ait fait à Mephisto Tango jusqu’à présent, en raison de sa sensibilité et de son envie de transmettre ces bases indispensables.
Si je devais quelque peu résumer, je citerai quelques phrases cultes parmi de nombreuses, entendues lors de ce stage :
Sur la finalité de la danse :
« Il faut ‘être’ en dansant. Pour les femmes, il ne faut pas que tu penses : « je suis (du verbe suivre), donc je suis (du verbe être ) ». Et pour les hommes, il faut pouvoir aller au-delà de : « je fais des formes, et tu me suis ». « Ne faites pas les choses pour les faire. Explorez ! » et aussi « Mesdemoiselles, dansez AVEC votre partenaire … même si malheureusement il est SOURD! »
Sur l’enlacement et le guidage :
« Ce n’est pas parce que l’on danse prêt, que l’on danse vrai ! »
« Les bras ne sont pas un outil de contrôle ou un point d’appui. Les bras sont là pour transmettre et prendre le mouvement, et non pour résister. … La résistance, c’est la vieille école … Si vous restez dans le rejet, vous ne pourrez pas progresser et vous ne pourrez pas danser … Laissez tomber cette anxiété existentielle qui vous fait croire que vous devez pousser votre partenaire ».
Sur le mouvement :
« Les Hommes, faîtes le mouvement et laissez l’autre bouger avec vous. … Les femmes, prenez le mouvement dans votre corps, et réagissez avec ce mouvement … ne faut pas aller vers le pas, il faut plutôt amener le pas à soi. Il faut le prendre et l’adapter à soi. Il faut chercher toute la mobilité dans la souplesse. »
Sur le relâchement :
Chacun doit prendre son équilibre et trouver le confort et le relâchement à chaque pas. … Il faut danser en étant bien dans son corps, et gérer soi-même son propre équilibre … Il ne faut jamais, jamais s’accommoder d’une tension, car alors on est bloqué et limité ».
Ainsi, avec sa grande expérience de la danse Tango et de son enseignement partout dans le monde, Pablo a réussi à captiver son auditoire, par une richesse et une profondeur d’âme dans ces sentiments pour cette danse, et par sa générosité à donner son savoir.
La passion est restée chez lui, intacte et nous comptons bien ensemble poursuivre dans cette direction lors des prochains stages que nous organiserons avec Pablo.
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