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Archive pour septembre 2009

Reprise d’activités des Ateliers Mephisto Tango !

Les activités viennent de reprendre à Méphisto Tango pour la 7ème année consécutive. Et, depuis nos débuts en septembre 2002, ceux qui nous ont suivis depuis le début pourront attester avec nous qu’il s’en est passé des choses.

Les circonstances et les évènements nous ont conduits il y a 4 ans à accepter d’enseigner à notre tour et créer notre concept d’atelier qui s’est enrichi année après année pour être ce qu’il est aujourd’hui et rencontrer le succès que l’on sait.

Nous partageons donc avec un plaisir non dissimulé tout ce que nous avons appris pendant 15 ans, à arpenter les festivals et les milongas d’Europe de Buenos Aires.
Pour nous, il est réconfortant de voir, années après années, le nombre des élèves s’accroitre, 48 personnes hier et d’accueillir des nouveaux, débutants, moyens et même des enseignants venus chez nous conforter leur pédagogie.

A la demande générale, nous avons ajouté au programme cette année l’étude des fondamentaux, et tous les élèves semblent bien y trouver leur compte. Au fil des exercices que nous proposons, les élèves de niveau moyen qui sont en majorité revoient les fondamentaux et complètent leurs connaissances, et les élèves avancés complètent leur danse en poussant plus loin leur maîtrise des détails qui les empêchent encore d’exprimer tout leur potentiel ou satisfaire leurs envies.

Revoir toutes les bases, s’y replonger plus profondément par rapport à ses débuts, c’est à coup sûr voir et sentir des choses que l’on ne pouvait pas voir quand on était débutant tout préoccupé que l’on pouvait être pas le désir viscéral de reproduire coûte que coûte ce que les profs montraient.

La clarté des explications et les exercices proposés n’ont d’autre but que d’apporter plus d’assurance, et plus de maîtrise aux participants. Dans ces ateliers qui durent 3 heures non-stop, où chacun est attentif tout en étant de bonne humeur (l’humour est de mise heureusement !), on peut constater que personne ne s’ennuie, et que le travail est profond et intensif.

Plus tard dans la saison, une fois ce travail de fond bien assimilé, viendra le temps de faire des choses bien plus compliquées.

Et à ma plus grande surprise, la partie consacrée à l’écoute musicale et au travail sur la rythmique au travers de l’histoire du Tango commence à accrocher l’attention des élèves et titiller leur intérêt tant au niveau de la théorie … avec les notes, les mesures, les portées et tout ce qui s’en suit … qu’au niveau de la pratique au travers des exercices proposés.

Devant des musiciens professionnels qui m’ont tous quasiment confié leurs regrets, légitimes, face aux danseurs qui ne respectent pas la musique qu’ils jouent en bal, il est nécessaire de faire le lien, et ce, de façon extrêmement forte, entre musique et danse. Il est devenu nécessaire pour les enseignants, de ne plus faire de l’à peu près avec la musique.

Il est, pour nous en effet, illogique de se préoccuper uniquement de la technique dansée, en laissant plus ou moins de côté la musique et son rythme. L’un va avec l’autre, de façon intime.

Le fait de connaitre la musique, et de la comprendre, permet aux danseurs de ne plus être « out ». Pour des gens qui ne lisent pas la musique, et qui ne savent pas grand-chose sur la culture musicale du Tango, il n’est pas évident de se situer tout de suite « sur » la musique. Cela peut être instinctif, cela existe, mais ce n’est pas la majorité des cas.

Parmi des personnes qui ont de longues années d’apprentissage derrière eux, j’ai souvent vu, par exemple, malheureusement, des contretemps précipités par rapport à la musique. Cela ne devrait pas être, et les enseignants ont leur responsabilité face à ça. Le simple fait d’expliquer la musique, de considérer que les danseurs sont capables de comprendre même des choses difficiles comme la construction des syncopes, leur permettra ultérieurement de repérer immédiatement, rien qu’à l’écoute en bal, de quoi sont faits les Tangos et de se placer immédiatement dessus, rythmiquement.

Alors comment faire pour danser « sur » la musique ?
Réponse : la connaitre et la comprendre.

Esteban Moreno et Claudia Codega

 

Toujours dans le cadre de l’Université d’été le samedi lors de la soirée dansante, nous avons eu le plaisir de voir une démonstration d’Esteban Moreno et Claudia Codega (www.estebanyclaudia.com et www.uniontanguera.com).

C’est toujours un régal de les voir danser tous les deux, aussi bien en chorégraphie qu’en improvisé. Personnellement je les connais et les admire depuis 16 ans (ils ont été mes tous premiers Maîtres lors du Festival de Nantes en mai 1993 !), et je n’ai jamais été déçue, ni par leurs démonstrations dans les milongas, ni par leurs spectacles. Ce sont de grands professionnels à tous les points de vue. Grands danseurs et grands enseignants.

S’ils dansent aujourd’hui différemment par rapport à leur début en 1993, leur évolution artistique depuis ce temps montre combien ils sont ouverts d’esprit car ils ont su s’adapter à une nouvelle façon de danser qui réclame plus de rythmique, de mouvements et de souplesse.

Car ils auraient très bien pu en rester à un Tango « Salon » ou à un Tango « Fantasia » conventionnel, très classique et traditionnel, rester ancrés dans cette tradition et ne pas en sortir. Au contraire, tout en restant dans l’esprit du Tango Salon de leurs origines, ils ont trouvé le moyen d’y associer, et de façon remarquablement harmonieuse, les mouvements du Tango « Nuevo ». Histoire de dire : « voyez que c’est possible, cela reste du Tango ».

Leurs chorégraphies sont pleines d’imagination, toujours techniquement et esthétiquement parfaites. Ils travaillent ensemble depuis si longtemps, ils se connaissent si bien que leurs improvisations paraissent aussi puissantes et profondes dans les mouvements qu’on dirait bien que ce sont des chorégraphies. Tout est fluide, naturel.

En Mars 2010 à Lyon, ils concevront et donneront un nouveau spectacle : « Nuit blanche » et j’en suis sûre, ce sera super. Je les suivrai.

Université d’été du Tango : Conférence de Fernando Albinarrate : « La technique musicale appliquée au Tango dansé »

Fernando Albinarrate est Argentin, en France depuis 7 ans, pianiste, chef d’orchestre et compositeur. Il a étudié la musique classique et le Jazz. Il est professeur de musique classique et professeur d’harmonie.

Cette conférence s’est voulue être plus un dialogue entre les auditeurs et Fernando Albinarrate, qu’un monologue. Effectivement, l’assistance a posé beaucoup de questions relatives à la musique Tango, et c’est rassurant. La musique n’est-elle pas le support de la danse, et ne voyons nous pas malheureusement des danseurs « à coté » de la musique ?

Plus les danseurs se rapprocheront de la musique, plus les danseurs comprendront la musique, et plus ils seront « dedans » dans leur danse. C’est la raison pour laquelle Fernando s’attache à expliquer ce qu’est le rythme dans le Tango, accompagné de son clavier électronique.

Il rappelle d’abord que la composition Tango se structure en 3 parties : la mélodie, le rythme et l’harmonie. Cette conférence a pour but d’expliquer le rythme.

Le rythme est l’organisation dans le temps.

Fernando nous fait chercher la pulsation rythmique par des exercices musicaux : écouter les premiers temps des mesures, les temps forts. Le 4ème temps, faible, peut être accentué, c’est l’accent d’articulation.

Une phrase qu’il a dite, qui me parait tout à fait pertinente, est celle là : « on écoute, non seulement avec les oreilles, mais aussi avec la vue, les intuitions ».

Vu le nombre des questions qui fusaient dans l’assistance, Fernando n’a pas eu le temps de parler beaucoup des syncopes. Un peu des contretemps.

Il est toujours difficile pour un musicien, d’expliquer la musique à des non musiciens. Fernando Albinarrate a été remarquable de clarté, en simplifiant son langage et son expression musicale au clavier pour que ce soit compréhensible à l’assistance, tout en reflétant la réalité de la musique Tango.

Fernando Albinarrate est un grand professeur de musique, très pédagogue.

Université d’été : Conférence de Sol Bustelo : « Le Tango milonguero, pratique de l’Art et de la Vie »

Tout d’abord j’aimerai dissiper un malentendu que le titre de la conférence peut laisser paraitre, il ne s’agit pas du style « Milonguero » : façon de danser, mais du Milonguero, danseur de Tango qui sort dans les milongas souvent, sinon tous les soirs. Le Milonguero est le danseur de bal, et ce terme doit être pris tout style ou tout genre de Tango confondus. Le Tango dont parle Sol est le Tango de la Milonga ou le Tango de bal, dansé par le Milonguero ou la Milonguera.

Sol commence par une citation de Borges : « on peut discuter du Tango, mais il renferme un secret ».

La conférence de Sol Bustelo (www.bustelo-tango.com) concerne son vécu, dans les relations entre les personnes. Il s’agit de rendre compte de son parcours personnel, de son expérience. Dans sa vie quotidienne depuis l’âge de 3 ans ½, Sol a vécu immergée dans le Tango et sa vie a été remplie de disciplines artistiques, mais le Tango a toujours été le plus près d’elle : à l’école, à la télé, par l’intermédiaire de ses parents et grands-parents…Quand elle allait chercher sa mère dans une milonga (elle sortait pratiquement tous les soirs, sa maman), elle dit avoir été amoureuse des personnalités rencontrées dans ces bals.

Elle a essayé de faire une recherche anthropologique à la source du Tango. Les origines sont très différentes. On se rencontre dans l’espace du bal où toute la société est présente. Qu’apporte le Tango dans le milieu du Tango de bal ?

Sol parle de son apprentissage à l’Académia de Tango de Buenos-Aires, où elle était serveuse, puis débutante en Tango, puis assistante du Professeur, puis Maître elle-même. Le premier choc qu’elle a eu : elle ne marchait pas comme une femme, elle devait donc construire sa démarche, et acquérir une technique du corps pour apprendre à être femme, elle a donc construit son rôle de femme.

Pour elle le Tango Milonguero n’est pas un Tango de démonstration, ce n’est pas un Tango de scène. C’est un Tango de bal Milonguero (de la Milonga). C’est l’improvisation.

On danse pour nous, dit-elle, c’est un lien social, un échange. L’expression est autre que celui de la parole. On s’arrête de penser, ça repose.

A l’opposé le Tango de scène est fait pour accrocher le regard du spectateur, il n’y a pas d’improvisation. Ce Tango cherche à impressionner.

Chaque Milonguero a sa personnalité, son style personnel, il crée sa danse. Il se présente en racontant sa vie ; c’est une autobiographie en dansant, année après année.

Le contact physique entre l’homme et la femme est au niveau du plexus solaire. Ce Tango est né pour être dansé « serré ».
Le Tango « fantasia » n’est pas identique.

Le Tango Milonguero c’est l’étreinte, la marche, le déplacement, c’est une infinité de possibles….

Chaque acteur de Tango a sa propre vision du Tango dépendant de son rapport à la vie, à son corps, à sa culture, etc…. En 1994, un danseur chinois disait qu’il avait la sensation de voir un art martial « ethéré » ! Les Allemands dansent avec des mouvements coupés et précis….. On danse différemment, selon sa culture. Au Japon, le rapport aux corps, à l’espace, au vide, est différent.

On se vide pour accueillir une personne. On se rend disponible. On se donne le temps, on se donne l’envie. La musique me porte t’elle ? Est-ce que j’ai la motivation ? Si tout ceci n’est pas ressenti, il y une mécanique des pas et des figures qui survient, et nous devenons des machines.

La vraie question est de trouver « l’état Tango ». Alors, on est là, présent, en harmonie. On est ensemble, on n’impose pas, on se nourrit dans l’improvisation. Il suffit de pas simples, répétitifs, qui amènent la communion avec l’autre. Il faut s’approcher de la simplicité pour appréhender la danse. On accorde les deux souffles ensemble dans la danse. Un dialogue s’instaure. C’est un esprit d’équipe.

La Tango commence avant le bal dans la préparation. Les chaussures, le maquillage, l’habillement, le parfum, l’hygiène….On prend soin de soi. Il y a une représentation de la beauté, une recherche esthétique, symbole du luxe.

Au bal, à Buenos-Aires, il faut faire attention aux « tables stratégiques », pour regarder les danseurs. Ce sont toujours des tables réservées pour les personnalités. Par exemple, c’est Robert Duvall qui arrive avec sa troupe de cinéma, c’est Madonna accompagné de son boy-friend. C’est la surprise de la nuit.

A Buenos-Aires, l’invitation à danser se fait avec le regard. Pas de parole, ce qui est malpoli. Une fois que l’invitation est faite et acceptée, on parle avant de danser. Les comportements doivent s’adapter à l’espace du bal.

Il faut travailler la posture, on dégage l’attitude, l’élégance.

Il faut se connaitre soi-même, on ne peut pas se donner si on ne se connait pas.

Plus la musique est rapide, plus il faut se donner le temps.

Les motivations lors du bal, sont personnelles. On peut chercher l’épanouissement, ou la distraction, ou l’amour, ou la rencontre.

Pour terminer sa conférence très intéressante, passionnée (Sol doit être également une femme passionnante), et teintée de philosophie, Sol parle des « danseurs pinacles » avec beaucoup d’humour. Ce sont des danseurs, pour elle, à pensées obsessionnelles, non à l’écoute de la partenaire, incapable de dialogue.

Elle n’a pas donné de noms, mais quelle femme n’en a jamais connu ?

Université d’été : Conférence de Fabrice Hatem et Collègues sur : « Le Tango, un chemin pour mieux comprendre l’autre ».

Les intervenants à la conférence, accompagnant Fabrice Hatem (fabrice.hatem.free.fr) comme Maître de cérémonie, étaient Bernardo Nudelmann (www.musicargentina.com), Dr Joëlle Herail (www.joelle-herail.fr), Dr Pedro Bendetowicz, et Sol Bustelo (www.bustelo-tango.com).

Fabrice Hatem introduit cette discussion en analysant le sujet et en y voyant deux parties : la communication, l’approche sociologique globale : les codes de comportement, la culture, le langage commun et l’espace commun d’une part, et la psychologie de l’individu (qu’est ce qui se passe entre les individus ?), d’autre part.

Bernardo Nudelmann parle de l’Histoire du Tango et de l’immigration en Argentine, en mettant en avant que malgré les différences de langages parlés, les immigrants ont trouvé un langage commun dans le Tango. Il y avait un lien social fort, une manière de sentir à travers le Tango que l’on appartenait à un groupe. En 1810 : construction d’un pays ; en 1860 : culture rudimentaire de la musique ; 1870 : politique d’immigration massive augmentant la population. A partir de cette époque, le Tango a été une réponse à un besoin d’être ensemble, malgré leur pauvreté. Les immigrants se retrouvaient, et partageaient leur nostalgie du pays quitté, sans espoir de retour.

La classe dominante à cette époque était de culture espagnole, de type colonial. Les immigrants ne se retrouvaient pas (la plupart étaient Italiens) dans cette culture et, de façon naturelle et spontanée, le Tango est venu remplir leur vie et leurs besoins de se retrouver. Ils inventent le « Lunfardo », sorte d’argot emprunt d’italianisme, qui devient un véritable langage.

En 1910, le Tango était populaire dans la classe dominée, et en 1950, le Tango cesse d’être populaire pour des raisons politiques et sociales.

Sol Bustelo parle de la communication et du partage entre des gens de cultures différentes dans les milongas, car toute la société y est représentée. Dans une milonga tout le monde est protagoniste : regard, paroles, envie d’être présent. C’est un relief de la personnalité : « nous essayons de devenir ce que nous rêvons d’être ». Le Tango est un mode de vie, comme dans la vie il y a un code commun du bal. Les générations différentes s’y croisent. Le Tango aide les gens à surmonter leurs inhibitions, leur stress, il aide les gens à se sentir bien.

Pedro Bendetowicz, psychanalyste, a une tendance à la neutralité, par déformation professionnelle. Ceci est antagoniste par rapport à son arrivée au Tango où il faut se donner. Il parle de ses difficultés au début, ayant plus l’habitude d’écouter et d’être neutre par rapport aux événements et à la parole des gens. Pedro pense que le Tango est anti mélancolique (il pousse vers l’avant et vers le haut), et pas anti-dépressif.

Psychanalytiquement, Pedro pense que l’Argentine a besoin d’exprimer sa souffrance : l’Argentine est une patrie triste. Vu le nombre élevé de psychanalystes dans ce pays, il est très vraisemblable que la psychanalyse soulage la tristesse. Autre possibilité de soulager sa tristesse : le divertissement. Le Tango aide. On sublime ses pulsions, on prend du plaisir, on s’intéresse à l’autre, on séduit. Le Tango est un vecteur de vie et des sens : l’homme avance avec une intention précise, la femme recule pour voir jusqu’où va la motivation de l’homme.

Parfois entre un homme et une femme la magie s’installe en dansant, la connexion est là, le plaisir est partagé, le désir sublimé, mais cette impression magique est non reproductible. Même si les deux partenaires se retrouvent ultérieurement. C’est la notion du « corps vécu » dans lequel, inconsciemment, les deux partenaires ont réuni psychologiquement toutes les conditions nécessaires pour que cet événement magique arrive au même moment.

Joëlle Herail, médecin sexologue, parle de la nature de la rencontre avec l’autre. Pour elle, le Tango est une métaphore de l’acte sexuel. Intimité immédiate des corps, confiance, écoute de l’autre, complicité, jeu, pouvoir et acceptation du pouvoir, douceur, proximité, désir de performance.

Bernardo reprend la parole, un peu agacé par ce « mythe » de l’acte sexuel. Il dit que le Tango n’est pas qu’une danse, c’est aussi la musique et la poésie. C’est une culture à part entière. Cette culture est évolutive et il faut la comprendre, dans son intégralité. Bernardo ne pense pas que le seul désir sexuel ait contribué à la création du Tango. Si les immigrants allaient danser dans les bordels, ce n’était pas pour le sexe d’abord, mais plus pour retrouver une atmosphère de famille, ils allaient chercher la communion, comme s’ils étaient chez eux, au pays. S’il y avait en plus, le sexe, pourquoi pas, mais ce n’était pas leur intention première. En allant au bordel, les immigrants allaient à la recherche d’eux-mêmes, c’est un phénomène d’introspection.

En conclusion il n’y a pas forcément sexualité, il s’agit plus d’un cliché. Le Tango est un fait naturel et spontané qui a marché, avec l’influence de la littérature.

Joëlle précise qu’elle a fait simplement une analogie, en précisant que la danse, de façon générale, est subversive, en soi.
Sol intervient en disant que chacun est convaincu qu’il détient le Vrai tango. Elle-même a appris avec sa grand-mère, et, dit-elle, « je suppose qu’il n’y avait pas de désir sexuel entre ma grand-mère et moi-même ! ». Le Tango pour elle est « la seule danse où on a la possibilité de faire la gueule sans sourire ». Après cet aparté amusant, Sol dit sérieusement que le Tango est « une infinité de possibles » selon les dires de Léopold Maréchal, chez les gens qui ont leurs propres attentes dans leur Tango. Dans les milongas, on va à la recherche de la paix.

Fabrice intervient pour dire qu’il y a beaucoup d’autre dimensions autre que sexuelles, mais que c’est un élément assez lourd, sans être le seul.

Pedro résume sa pensée en disant que le Tango représente un univers : c’est un code éthique et moral, c’est une danse de séduction, on fait plaisir à l’autre. Il existe bien une possibilité de tomber amoureux mais il y a un garde-fou : la durée de la tanda. Ensuite c’est fini.

Un spectateur : Pierre, note qu’il n’y a pas de contradiction entre la culture et la sexualité. Il précise que dans les milongas, il y a un déséquilibre notoire entre le nombre des hommes et des femmes, et que cela crée une tension chez les hommes, par la sollicitation quelquefois trop importante.

Mariana Bustelo dans l’assistance, intervient pour dire que le folklore argentin a pour but la séduction aussi. La Zamba est faite pour tomber amoureux. Au Brésil, la samba est une expression culturelle aussi, qui rassemble le peuple entier.
Pascale spectatrice, pense que n’importe quelle danse à deux est suggestive et comporte la sensualité.

Pedro en conclusion dit que le Tango est populaire parce qu’à cause de la solitude, on cherche la rencontre.

Université d’été : Conférence d’Esteban Moreno sur l’Histoire du Tango dansé

Esteban Moreno, danseur professionnel très connu mondialement, avec sa partenaire Claudia Codega depuis une vingtaine d’années (www.estebanyclaudia.com), a cherché à accumuler des documents, écrits ou filmés, et à les archiver pour qu’il existe une mémoire sur la danse Tango. On imagine combien cela prend du temps et de l’énergie pour faire ce travail. Travail qui n’est pas fini mais qui est bien avancé si l’on en juge par les quelques extraits de films, que je ne connaissais pas, sur le Tango dansé : Los Mendez années 1930, El Pibe Palermo années 40 – 45, Antonio Todaro et sa petite fille, années 70, Juan Carlos Copes années 70, Carmencita Calderon avec El Cachafaz, Lita Y Jorge, Martha y Gerardo Portalea, Los Filippini….

Pourtant, ce n’est pas simple d’avoir des documents sur les origines du Tango dansé car il en existe très peu, et dit-il, ces seuls documents écrits ne peuvent pas refléter la réalité pure, par manque de précisions notoires. Il existe peu de collectionneurs, et le travail d’archives n’existe pratiquement pas.

Tous les danseurs de Tango argentin actuels, dansent avec l’héritage de la période d’or du Tango : les années 1940. Depuis l’année 1983 et le spectacle Tango argentino, la danse à pris un essor international et a donné un nouveau souffle au Tango, et en moyenne, les danseurs ont 10 ou 15 ans d’expérience.

La première danse à deux était la valse, mais la valse s’élève du sol, alors que le Tango a un rapport au sol qui vient d’Afrique. Les improvisations étaient sur des figures marchées. Avec le temps il y a eut l’invasion de l’espace d’un des partenaires par l’autre partenaire.

Entre 1880 et 1900 on danse en improvisé sur un rythme en 2 temps, puis le Tango commence à être écrit et la danse évolue parallèlement à la musique, elle se structure. La forme constituée de la danse apparait entre 1910 et 1920. Le Tango reconnaissable en tant que tel, apparait à cette époque.

La danse était vue comme un moyen de sortie et d’épanouissement, et les gens allaient dans des clubs (Italie, Espagne, football, cartes, cheval) pour se retrouver et danser. Selon les quartiers de Buenos-Aires (B-A grandissait en fonction de l’immigration et de la natalité), des particularités apparaissaient dans la danse. On ne dansait pas pareil par exemple :

- dans le quartier Villa Urquiza (Club Sunderland) tango sobre marché, posture droite, improvisation
- que dans le quartier Mataderos, tango reposant sur des figures, des tours, des boleos
- et que dans le quartier du Centre. Tango très proche, petits pas simples.

Le Tango s’est développé à des endroits très précis.

Le style Canyengue et Orillero est apparu au début du Tango vers 1910, mais il n’existe pas de documents précis.

Vers 1930 on organisait de nombreux concours de Tango pour attirer les gens au bal, et pour pouvoir juger, il devait y avoir des règles, des normes constituées. Des notions de classement de styles, des notions de posture corporelles, organisées, permettaient les jugements. En 1951 il y eut un grand concours à Luna Park. L’improvisation, la communication, la fluidité, la qualité de ce que l’on faisait sans force, la musicalité, la technique, l’abrazo constituaient des critères de jugement. En 1940 le danseur « Petroleo » a gagné le 1er prix au concours.

Le style est un type de danse qui est fonction de l’esthétique, de la technique, de la composition et de la logique de construction chorégraphique.

Le style « Salon » reposait sur la marche en ligne, les tours bien circulaires, les sacadas, les pivots, l’axe, pas de poids sur le ou la partenaire, l’abrazo était « cerrado ».

Le style « Milonguero » avec notion de poids : « apilado » (appuyé), pas de ligne, pas de boléos, mais des rebonds. La technique est différente.

Le style « Canyengue » plus ouvert, avec plus de liberté dans l’abrazo.

Le style « Fantasia » qui est le style salon, plus les figures. Ce style est proche de l’improvisation, les figures étant préparées avant.

Le Tango de spectacle lié au Tango « salon » et le Tango de spectacle non lié au Tango « salon ».

La tendance Tango « Nuevo » existe. Mais est-ce une simple expérience plutôt qu’un style ? L’avenir le dira.

Ensuite Esteban Moreno nous raconte sa propre expérience, son apprentissage et sa façon d’enseigner aujourd’hui.

Avant les années 1980 et le renouveau du Tango dans le monde entier, il était naturel de voir et d’observer les danseurs, et de les copier en fonction de la façon de danser du quartier. Après, la demande d’informations de la part des non-Argentins est devenue importante, et les gens ont appris par les Argentins, notamment par les cours. Mais, les réponses aux demandes étaient moins explicatives que maintenant, ils disaient par exemple : « c’est comme ça, c’est la Tradition ». Ils montraient, on faisait et on ne discutait pas. Les réponses étaient mécaniques, techniques. Les professeurs simplifiaient la pratique au maximum, mais souvent ils ne faisaient pas ce qu’ils disaient, tant en offrant aux élèves un sous-entendu, du genre: « fais ce que je dis, et pas ce que je fais » ! Les pas étaient des séquences avec beaucoup de pas que les élèves devaient reproduire plus ou moins bien.

Depuis les années 1990, les cours se sont organisés, et des explications sur les pas peuvent être données, car des études sur les pas ont été faites. De la théorie est venue les explications, par obligation. Les études ont été faites séparément : par exemple : études sur les marches, sur les tours, sur les boléos…. De ces études, de ces recherches théoriques et de la pratique sont nées des possibilités nouvelles.

Aujourd’hui on privilégie davantage d’éléments, plus de mouvements, plus de souplesse. On s’éloigne du social. La complexification de la danse, son exploration, la logique des mouvements circulaires (les tours), la gestuelle plus large, la technique rythmique (syncopes), font que le Tango est en évolution constante.

Aujourd’hui on accepte plus volontiers que la danse aille plus loin, avec par exemple, l’apport de pas d’autres danses. La musique d’Astor Piazzolla était indansable à son époque, mais aujourd’hui elle l’est devenue. Entre 1910 et 1920 la musique a changé : la danse a changé. Entre 1930 et 1940 la musique est devenue plus lente : la danse s’est modifiée.

Il y a toujours eu des disputes, car chacun pense détenir la Vérité. Il y a beaucoup de formes de Tango (6 ou 7) d’où des débats sur ces formes. De même il y a eu des disputes entre quartiers à Buenos-Aires pour savoir quel était le quartier qui dansait le mieux.

Aujourd’hui on peut alterner les différentes formes. La mélodie est importante, la rythmique et l’expérience des mouvements participent à l’universalisation de la danse.

Université d’été : Conférence de Juan Carlos Caceres sur l’Histoire de la musique Tango

Il est difficile de répéter là tout ce qu’a dit Juan Carlos Caceres (www.juancarloscaceres.com) sur l’Histoire du Tango, car il a parlé près de deux heures, mais par contre je peux insister sur ce qui me semble être les points importants. Accompagné de son clavier électronique, il a brossé l’Histoire, tout en insistant sur les changements notoires dans la musique Tango, selon les événements sociaux, politiques, selon les influences musicales des autres pays, selon les musiciens eux-mêmes.

Au début, vers les années 1880, la négritude du futur Tango ne fait aucun doute : le Candombé était le rythme des noirs à cette époque. Arrive du sud du Brésil la milonga, et le mélange des deux donne une milonga rapide et rythmée qui s’encanaille avec l’apport du tambour comme instrument de percussion. Cette milonga peut être dansée.

Le premier Tango écrit a été « El Entrerriano » de Rosendo Mendizabal en 1897, à Buenos-Aires. Le rythme était plus rapide que les Tangos d’aujourd’hui, avec une cadence Habanera venant de Cuba. Tous les Tangos jusqu’en 1920 sont rapides (Tangos de Villoldo, Bardi, Arolas), avec l’influence du Jazz et du Rag-Time (Scott Joplin) venus des USA.

A partir de 1880, l’immigration massive d’hommes jeunes et seuls provoque un métissage de la population et dès 1900 les enfants de ces immigrants peuvent jouer le Tango. Si le Tango était à cette époque gai et festif, avec le temps et l’immigration le Tango est devenu triste et le tempo, de rapide, est devenu plus lent. Surtout avec l’apparition du bandonéon venu d’Allemagne, dès 1920 le bandonéon est accepté dans tous les orchestres. Eduardo Arolas, bandonéoniste de la Guardia Vieja, a changé le rythme et a introduit l’« arrastre ».

Autre changement : l’harmonie de la musique classique devient une harmonie de Jazz venant des USA. Agustin Bardi écrit ses Tangos façon Jazz. Juan Carlos Cobian va aux Etats Unis en 1920 et revient en faisant aussi des changements d’harmonie Jazz. Dans les années 30, l’influence du Jazz est patente. Avec la crise de 1929, le Tango devient plus triste, plus lent, plus dramatique.

Dans les années 1940 Carlos Di Sarli lie le côté rythmique avec des harmonies plus riches.

Selon Juan Carlos Caceres le Tango s’arrête en 1950, pour des raisons politiques (les militaires), pour des raisons d’invasion de la musique nord-américaine (rock’n roll). A partir de 1950, le Tango est considéré comme : « la lamentation des cocus ».

Jusqu’en 1983 où le spectacle « Tango argentino » a donné une nouvelle jeunesse. Néanmoins on danse surtout sur la musique des années 1940…

De nos jours il existe de nombreux musiciens de talent qui font une musique compliquée, et ces musiciens peuvent être classés en 3 groupes :
- Tendance « vieux jeu » : reprise des Tangos classiques
- Tendance « fusion » : jazz, rap, techno, rock
- Tendance « réappropriation du passé » : à la manière de

Toujours selon lui, Astor Piazzolla est un « épiphénomène »……Mais il a influencé des musiciens virtuoses.

Ensuite Juan Carlos Caceres parle de la construction musicale des Tangos. Tous les Tangos sont construits en mode mineur. Avec, en plus une « Tango Nota » qui est la sixte mineure.

Concernant le futur du Tango, il pense que trouver un équilibre entre la complexité de la musique, devenue importante, et l’essence même du Tango, est la difficulté. « Il faut que le tango se ressource dans les sons d’origine », dit-il. Et encore : « Sans mémoire le Tango ne peut exister ». Et encore : « Pas d’avenir avec l’intégrisme », et en guise de conclusion : « il faut se réapproprier le bagage culturel ancien qui est énorme, pour de nouvelles compositions ».

Les conférences de l’université d’été du Temps du tango (Août 2009)

Bien sûr il y a les livres très bien faits qui permettent d’entrer dans la culture du Tango argentin, et ces livres sont indispensables, mais en complément existent les conférences données par des éminents artistes, musiciens et/ou danseurs. Cette année Le Temps du Tango nous a fait un beau cadeau, celui de nous faire entendre les interprétations, les opinions et le savoir de Juan Carlos Caceres pour l’Histoire de la musique Tango, d’Esteban Moreno pour l’Histoire de la danse Tango, de Fabrice Hatem (que l’on peut considérer comme un artiste en son genre) accompagné de spécialistes pour le chemin de la connaissance de l’autre à travers le Tango, de Sol Bustelo pour les codes du bal et, de façon générale, tout ce qui touche à la relation humaine chez les danseurs de bal, et enfin de Fernando Albinarrate pour la rythmique musicale appliquée au Tango dansé. Malheureusement je n’ai pas pu assister au conférences et cours d’Ana et Ricardo Daloi sur les danses folkloriques argentines, qu’ils m’en excusent.

Malgré la grande compétence et l’excellente pédagogie de tous ces intervenants, il y avait trop peu de monde à ces conférences (entre 30 et 50 personnes), et personnellement je le regrette. Elles mériteraient que tous les adhérents du Temps du Tango et de toutes les associations (dont la nôtre) se déplacent pour entendre ! Comme disaient tous ces intervenants, la culture en général du Tango joue un grand rôle dans la compréhension de la danse, car la simple technique des pas et des figures ne suffit pas.

Mon objectif, en écrivant sur ces conférences, est de faire des comptes-rendus de ce qui s’est dit, mais ce sont des comptes-rendus qui ne se veulent pas complets, car il est impossible de rendre compte de toutes les paroles de tous les intervenants. Ces conférences ont duré 9 à 10 heures au total avec tous les intervenants, et il est impossible de tout exposer. Néanmoins j’ai essayé de ne pas déformer les propos des intervenants, de garder l’esprit de leurs opinions, de leurs connaissances, et d’être le plus en accord possible avec ce qu’ils ont dit, tout en restant synthétique, du point de vue de l’écriture. Certainement il y aura des observations à faire, et ce blog aura pour but pour vous, lecteurs, intervenants et spectateurs, de répondre et d’y apporter précisions, corrections….

FESTIVAL DE TARBES du 17 au 22 Août 2009 : une vraie réussite !

Le 12ème Festival international de Tango argentin dans la bonne ville de Tarbes s’est clôturé il y a quelques jours, et une fois de plus, les organisateurs de cet événement bien connu – l’association Tangueando Ibos en collaboration avec l’Office de Tourisme de la ville de Tarbes – ont assuré brillamment toutes les prestations proposées pour un Festival qui est le plus grand de France. Tous les jours des orchestres différents, tous les soirs des spectacles différents et des DJs différents, tous les jours des animations culturelles différentes. Avec en plus des cours de Tango et des cours de musique proposés. Un grand bravo !

LES REGRETS :

Cependant j’ai deux regrets : un pour lequel les organisateurs sont probablement responsables, et l’autre pour lequel ils ne le sont pas, tout au moins d’après ce que j’en sais.

Exposons les regrets, de façon d’en être débarrassé, pour ne plus parler que des choses positives ensuite, qui sont bien heureusement les plus nombreuses.
Premier regret : celui de n’avoir pas vu Narcotango, qui avait été pourtant programmé et annoncé. Ce groupe de Tango électro a dû être déprogrammé à la dernière minute, parce que le contrat n’a pas été reçu à temps par le directeur de l’orchestre, ce qui fait que, selon toute vraisemblance, Carlos Libedinsky et ses musiciens ont accepté un autre contrat ailleurs. Dommage, car il était sûr que certains Tangueros venaient à Tarbes en grande partie pour les voir.

Deuxième regret : année après année, il existe un réel problème au moment de la milonga Place de Verdun (cette année le mercredi 19 août), quand les Maestros doivent danser en démonstration devant des spectateurs, avertis ou non. On demande aux danseurs de danser au milieu de la foule, et ce n’est pas une bonne idée. Les gens se pressent autour, assis par terre ou debout, mais il y a tellement de monde que personne ne voit réellement bien. J’ai vu des spectateurs qui renonçaient à se faire un chemin parmi la foule pour voir quelque chose, et évidemment, en protestant vigoureusement ! Pourquoi ne pas faire passer les danseurs sur la scène, devant l’orchestre ? Il suffit d’élargir la scène d’un mètre ou deux ! Je suppose que la ville de Tarbes a les moyens de cela……. Et au moins tous les spectateurs pourraient voir. Permettre de bonnes conditions de spectacle, c’est aussi une forme de respect vis-à-vis des gens qui aiment le Tango, stagiaires ou non, Tarbais ou non, payant ou non.

LES REUSSITES :

Une nouveauté : la milonga au Jardin Massey, avec Apéro-Tango, au 1er et 2ème jour du Festival, a été très agréable. Un très beau parc, des grands arbres qui nous abritaient de la chaleur, une buvette pour boire et manger, des tables et des chaises (malheureusement en trop petit nombre en comparaison des nombreux visiteurs ces jours-là), la piste en parquet, un orchestre, tout cela a contribué à une atmosphère très sympathique et conviviale. J’espère que cette nouveauté en ouverture du Festival, sera reconduite l’année prochaine car elle a été très appréciée.
L’organisation en général a été excellente, d’après ce que j’ai vu. Tous les cours aux différents endroits de la ville, les milongas dans la Halle Marcadieu avec des stands de chaussures et de vêtements dans la halle, la buvette, les milongas place de la mairie l’après-midi, les spectacles et conférences au Théâtre des Nouveautés, les soirées de gala à la Halle Marcadieu, tout a été organisé remarquablement bien. Quant on voit, simple exemple très significatif, que des gradins et un gigantesque parquet en bois ont été montés à la Halle Marcadieu en un après-midi, après le marché du matin, gradins qui contenaient entre 1000 et 1500 personnes, on peut dire que la ville n’a pas lésiné sur les moyens en personnel et en investissement.

LES MUSICIENS :

Coup de foudre pour le duo Vallejo – Henry.
Lors des apéros-tangos dans la ville, à l’ombre des parasols des bars, nous avons pu apprécier plusieurs musiciens qui se sont produits, malgré des conditions très difficiles dues aux bruits de la rue, aux instruments (je pense aux claviers électroniques avec son métallique) et aux sonos pas forcément performantes.
C’est ainsi que je suis restée scotchée devant le duo Gabriel Vallejo (piano électronique) et Jean-Baptiste Henry (bandonéon). Notamment en écoutant, par exemple, « la chanson des vieux amants » de Jacques Brel, interprétée façon Tango, tantôt avec fougue, tantôt avec douceur, toujours avec sentiment. Et puis « La Cumparsita », avec le fameux accelerando en fin de morceau où il faut jouer de virtuosité pour ne pas se laisser larguer par le tempo. La plupart des bandonéonistes ralentissent à cet endroit du Tango, mais là Jean-Baptiste Henry ne s’est pas fait avoir, sa technique est au point et ses doigts sans faiblesse !

Devant une telle vigueur et une telle passion pour leur musique, devant leur complicité si évidente, admirative devant leur « swing tango » génial, je me suis prise par la main pour les interviewer.

Le bandonéoniste : Jean-Baptiste Henry (un sur-doué c’est sûr) est Français, âgé de 27 ans, et il a appris le bandonéon depuis l’âge de 9 ans chez Cesar Stroscio au conservatoire de musique de Gennevilliers. Il a également pris des cours privés il y a 5 ans avec Julio Pane (un des bandonéonistes les plus connus au monde) à Buenos-Aires pendant 1 an. Depuis 8 ans il est passé professionnel en compagnie de son alter ego le pianiste Gabriel Vallejo. Depuis 2 ans il travaille avec Juan Jose Mosalini et son grand orchestre et il enseigne aussi au conservatoire de Gennevilliers depuis 6 ans. C’est dire, à son âge……Ses influences ? Ses Maîtres ? Astor Piazzolla, Leopoldo Federico et Osvaldo Berlinghieri. De plus il aime le jazz, et dans ses propres compositions il n’hésite pas à fusionner le jazz avec le Tango. Il travaille l’improvisation énormément, pour le Tango et pour le jazz.

Le pianiste Gabriel Vallejo (aussi doué que son collègue) est Argentin né à Buenos-Aires, âgé de 37 ans, vivant à Paris depuis 12 ans, est aussi guitariste et compositeur. Très influencé par le jazz, il connait remarquablement bien le répertoire Tango. Il a étudié auprès de Gustavo Beytelmann pour la fusion jazz et Tango et pour l’improvisation. Ses influences sont Horacio Salgan, Astor Piazzolla, Osvaldo Pugliese et Anibal Troilo. Comme il a étudié aussi la musique classique au conservatoire, il est très influencé par Stravinsky, Bartok, Debussy et Ravel. (Comme c’est bizarre, les mêmes que pour Astor Piazzolla …..), et par Gismonti et Ginastera. Il aime aussi être influencé par le folklore argentin : chacarera, zambas, pour lesquels il cherche une fusion pour sa musique.
En conclusion, je dirais que ce duo mérite d’être connu davantage, car il est rare de voir de tels musiciens faire partager avec une telle passion leur musique à des spectateurs venus plus pour danser que pour écouter. Ils ont eu un réel succès dans la rue, aussi bien venant des Tangueros que des non Tangueros. Personnellement, j’attends avec grande impatience leur futur CD sur le Tango. Ils méritent amplement d’être demandés partout dans le monde, et d’avoir un gros succès dans leur vie professionnelle.
Voir leur site très intéressant, ainsi que des vidéos et des articles de presse : www.gabriel.vallejo.online.fr

Coup de cœur pour la chanteuse Silvia Lallana :
Toujours lors d’un apéro-tango (Hum……l’apéro semble être une chose importante dans mon cas !), la chanteuse Silvia Lallana a attiré toute mon attention. Accompagné au piano électronique par Roberto Navarro, cette belle chanteuse argentine, très expressive et dotée d’une grâce naturelle, interprète ses chansons avec tout l’amour que sa voix peut donner, cette voix haut perchée tour à tour suave, rauque, sans aucune monotonie, et avec beaucoup de sensibilité. Il est peu de dire qu’elle chante bien, plus encore elle vit ses chansons avec ferveur, forte ou pianissimo, avec une voix qui se module en fonction de la musique. Elle a interprété notamment une chanson d’Edith Piaf, a cappella, en Français : « Si tu me le demandais », et le public l’a écouté religieusement…..sans danser ! De même « Oblivion » d’Astor Piazzolla (« J’oublie » en Français) et « La Ultima Curda » ont été remarquables de chaleur et d’émotion.
Plus tard dans la semaine, Silvia Lallana a été la chanteuse de l’orchestre Hyperion pour la milonga dans la Halle Marcadieu. Le bandonéoniste et compositeur Juan José Mosalini était l’invité spécial, et Silvia Lallana a interprété, seule avec lui « Volver » et ce fut un régal.
Silvia a un site à voir absolument : www.silvialallana.com.ar et www.silvialallana.blogspot.com

Autre coup de cœur : l’orchestre Connexion Tango
Cet orchestre argentin a animé la milonga Place de Verdun le mercredi. Tous très jeunes : une pianiste très exubérante, un contrebassiste, un bandonéoniste et une guitare, cet excellent orchestre aurait mérité une réelle présentation dans le livret du Festival. Nom à retenir, pour pouvoir suivre leur parcours. Pas de site internet. Dommage.

Coup de pouce pour le trio Entonces :
Chloé Pfeiffer au piano : 24 ans, Française ; Lucas Frontini à la contrebasse (contrebassiste de la Tipica imperial : 26 ans, Argentin ; Philippe Pouvereau violoniste de l’orchestre national de France : Français, 60 ans (n’a intégré le trio que depuis 6 mois). Chloé et Philippe viennent du classique, Lucas vient du Tango et du jazz. Professionnels depuis 2 ans. Si la technique est impeccable, il manque encore la vibration propre au Tango, les accentuations. Ceux-ci sont encore trop timides, il me semble. Pour le moment on entend un Tango très sobre, délicat. Comme si on dansait sur du velours….

Daniel Melingo et ses musiciens en concert au Théâtre des Nouveautés :
Melingo n’a plus besoin d’être présenté car tout le monde connait cet artiste génial dont j’ai déjà parlé sur un précédent blog, toujours aussi sulfureux et entouré de musiciens de grand talent. Rodrigo Guerra Sierra, le musicien jouant de la scie musicale, du trombone et du banjo, a fait beaucoup d’effet parmi les spectateurs présents, dans un théâtre bourré à craquer. Rudy Flores à la guitare a été à la hauteur de son « patron » de scène, ainsi que le contrebassiste. Le succès a été réel, on pouvait d’ailleurs s’y attendre !

Gustavo Beytelmann en concert au Théâtre des Nouveautés :
C’est aussi une grosse pointure que la ville de Tarbes a invité pour son Festival : le pianiste et compositeur Gustavo Beytelmann est loin d’être un inconnu. On aime ou on n’aime pas sa musique qui est une fusion entre Tango, Jazz et musique contemporaine, mais c’est un musicien novateur de tout premier plan. Qui ne se rappelle pas le trio Beytelmann – Patrice Caratini (contrebassiste) et Juan Jose Mosalini (bandonéon) ? Ce trio a fonctionné pendant 12 ans, témoignant de l’évolution du Tango. Je les ai vus dans les années 80 à Paris, et je m’en souviens encore….
Maintenant Gustavo Beytelmann se dirige vers des compositions « modernistes » à l’extrême, on dirait qu’il explore toutes les possibilités qu’offre la composition dans tous les genres musicaux, y compris la musique contemporaine la plus contemporaine qui soit, et il les mêle, à tel point que l’auditeur a du mal à s’y retrouver. En tout cas le danseur de Tango pur et dur ne peut être que perturbé ….
Cela n’empêche que Gustavo Beytelmann est un pianiste et un compositeur reconnu et de grand talent, enseignant sa musique dans le monde entier.

LES CONFERENCES au Théâtre des Nouveautés :
Daniel Binelli et son quintette :
« Le Tango dans tous ses styles » était le sujet de la conférence. Daniel Binelli, bandonéoniste et compositeur, traduit par Solange Bazely, a exposé les origines du Tango, et a parlé bien sûr de son instrument de prédilection : le bandonéon et de son historique. Accompagné du talentueux Cesar Angeleri à la guitare, il a montré que la fusion bandonéon et guitare était très belle, en interprétant par exemple « El Choclo ».
Daniel Binelli a parlé de l’avant et de l’après Piazzolla, en disant qu’il y a deux histoires du Tango : avant 1950 et après 1950. Après 1950 les harmonies sont devenues de plus en plus compliquées, Piazzolla ayant changé la forme : rythmique, mélodique et harmonique. Pour l’harmonie, Piazzolla a apporté les harmonies du Jazz, de la musique juive et de la musique classique (Bach). Parallèlement, il y eut un développement de l’improvisation, une plus grande richesse harmonique. La musique s’est complexifiée.
Ensuite Daniel Binelli a interprété au bandonéon une œuvre de Piazzolla : « Verano Porteno », dans laquelle il a improvisé. Cette improvisation était tellement poussée que l’on ne reconnaissait plus l’œuvre originale. A la limite, l’œuvre originale étant détruite en grande partie, on n’entendait plus que la musique propre de Binelli, et plus celle de Piazzolla à l’intérieur. Quelle est la limite à ne pas franchir pour que la musique originale du compositeur reste ? Où doit s’arrêter l’improvisation ? Jusqu’où peut-on aller ? Ou alors faudrait-il que le nouvel improvisateur-compositeur débaptise cette musique originale, et y mette son propre nom ? Les improvisations sur des thèmes connus doivent-elles dominer absolument et prendre le pas sur les thèmes de départ, quitte à ne plus les reconnaitre ?
Dans la salle, quand Daniel Binelli a dit qu’on ne peut jouer Tango et Jazz ensemble et que leur fusion était malencontreuse, une agitation s’est faite sentir. De toute évidence, certains n’étaient pas d’accord ! Pourtant il a dit que le Tango et le Jazz sont les deux musiques les plus profondes dans le monde, et qu’il y a une similarité chronologique dans la création de ces genres musicaux.
Avec son quintette : Claudio Espector au piano, Julio « Toto » Grana au violon, Cesar Angeleri à la guitare, et Martin Keledjian à la contrebasse, Daniel Binelli a joué des thèmes des années 1940 selon différents styles : Pugliese (La Yumba, La Biandunga), Troilo (Responso) et Plaza (Nocturna) en expliquant ce qui fait les différences de styles.
Toujours avec son quintette, il a joué ses propres compositions : « Fueyazo » (co-compositeur : J J Mosalini), « Tango Metropolis », « A ceux qui sont partis » en hommage à Pugliese et Piazzolla.
Le sympathique Daniel Binelli a capté son auditoire par une conférence très intéressante, ses paroles étant illustrées musicalement. Ce fut une réussite et un beau succès, et je me suis dit que faire parler des musiciens de renom était une excellente idée pour comprendre ce qu’est cette musique et ce qu’elle devient, même s’ils ne sont pas toujours d’accord entre eux, et que leur interprétation personnelle de cette musique peut être sujette à débat.

LES SPECTACLES à la Halle Marcadieu
Tango Fado
Ce spectacle avait pour but de montrer que le Tango argentin et le Fado portugais pouvaient être des musiques capables de se rencontrer et de fusionner, parce qu’ayant des origines populaires analogues, à travers l’immigration. Ainsi ces deux cultures musicales sont « sœurs de cœur » dans la construction, même si elles ont leurs caractères propres distinctives. La chanteuse de Fado Maria de Lurdes s’est montrée assez convaincante en interprétant des Tangos argentins, néanmoins la façon de chanter n’est pas identique. Elle est plus « Fado » que « Tango ». Par contre l’incorporation de la guitare portugaise au Tango était tout à fait justifiée, l’intégration était totale. Inversement, l’incorporation du bandonéon au Fado portugais était tout aussi pertinente, et l’intégration était parfaite. La preuve a été faite ce soir-là, que Tango et Fado sont des musiques qui peuvent volontiers se mêler et, de ce métissage, peut naitre un « hybride » bien joli……
Philippe de Sousa : guitare portugaise ; Diego Trosman : guitare ; Romain Lecuyer : contrebasse ; Fernando Maguna : bandonéon
Les danseurs ce soir-là ont été Erna et Santiago Giachello qui ont été remarquables d’originalité chorégraphique et esthétique. J’ai été particulièrement séduite par leurs milongas. Erna et Santiago : des valeurs sûres !

Taconeando
Chorégraphie et mise en scène de Pilar Alvarez et Claudio Hoffmann. Quintette de Daniel Binelli.
Ce spectacle reprend en grande partie le spectacle « Tango Metropolis » que j’avais vu au théâtre des 3 Pierrots à St Cloud, et dont j’ai déjà parlé sur ce blog. Mais avec des différences notoires. En premier lieu la présence de Pilar Alvarez au côté de Claudio Hoffmann. Depuis longtemps je considère que Pilar Alvarez est une danseuse de scène avec un sacré charisme et un charme fou. Je ne parle pas de ses capacités techniques qui sont énormes, idem pour sa souplesse, mais je parle de sa personnalité innée : c’est une danseuse qui « dégage », qui est forte, qui est sûre d’elle et de son partenaire Claudio Hoffmann. Le couple a une expérience énorme de la scène, depuis une quinzaine d’années, et malgré les acrobaties les plus difficiles qui soient, ils sont à l’aise toujours, et tout parait « couler de source », avec facilité. Pilar a une grâce et une distinction, je dirais un raffinement dans sa façon de se déplacer et d’être présente sur la scène. Voir Pilar danser est pour moi un ravissement.
Les autres danseurs étaient Marijo Alvarez et Claudio Orso, ainsi que Soledad Rivero et Sergio Cortazzo. Personnellement j’ai remarqué davantage Claudio Orso qui, me semble t’il, a une personnalité très forte sur scène. Lui aussi dégage quelque chose. Il prend possession du public.
Cette fois-ci et contrairement à l’autre fois, le quintette Binelli m’a paru beaucoup moins fade. Toujours impressionnée par le violon de Julio Grana, le guitariste Cesar Angeleri, le pianiste Claudio Spector et le contrebassiste Martin Keledjian ont été bien plus convaincants par rapport à ce que j’avais vu à St Cloud. Daniel Binelli (bandonéon) lui-même n’a plus eu besoin de faire trop de grimaces, il avait les yeux rivés sur ses partitions, et jouait en se « donnant » à son auditoire. Le résultat était nettement meilleur, aucun musicien n’était en retrait.

Tango Apasionado
Chorégraphie et mise en scène Stephano Giudice et Marcela Guevara. Orchestre Hyperion. Invité d’honneur : Juan José Mosalini (bandonéon).
Avec les démonstrations des danseurs : Stephano Giudice et Marcela Guevara ; Joe Corbata et Lucila Cionci ; Damian Rosenthal et Céline Ruiz
Autres coups de cœur : Lucila Cionci et Céline Ruiz.
Lucila Cionci est, à mon avis, de la même trempe que Pilar Alvarez. Charisme, élégance innée, force mentale, ce sont toutes deux des danseuses de scène qui dégagent une énergie folle et qui se donnent complètement au public sans réserve, en même temps qu’elles interprètent leurs acrobaties. Ce sont de très belles danseuses sensuelles et néanmoins très spectaculaires. Avec son précédent partenaire Roberto Reis, le Tango de Lucila était tout aussi spectaculaire mais plus énergique voire plus brutal. Avec Joe Corbata, on joue plus dans la fluidité, la rondeur des mouvements tout en restant dans l’énergie et les acrobaties. J’ai beaucoup aimé leur interprétation de « Soledad » de Piazzolla.
Céline Ruiz est une danseuse généreuse également. Généreuse pour son partenaire et pour le public. Tout aussi spectaculaire et souple que Pilar Alvarez et Lucila Cionci (elle n’a rien à leur envier), avec une technique parfaite indéniable, Céline a une dimension en plus, que l’on aime ou pas : celle de la théâtralité. Quand elle danse ses chorégraphies, c’est comme si sa vie en dépendait, elle s’exprime non seulement avec son corps, mais aussi avec son visage, avec ses yeux. Chez elle l’expression du visage est patente. Jamais figé, toujours en mouvement, son visage révèle l’état d’émotion dans lequel elle se trouve. Elle est la seule à danser ainsi. Alors cela peut ne pas plaire, car le danger est d’en faire trop, comme au théâtre. Céline saura t’elle garder une sobriété ? Je le pense car Damian et Céline ont fait tellement de progrès depuis quelques années, ils travaillent tellement qu’ils arriveront à trouver le ton juste dans toute circonstance. J’ai beaucoup aimé leur interprétation de « Milonga del Angel » de Piazzolla.
L’orchestre Hyperion ? Triste à dire, mais cette fois-ci ils étaient bien maussades……Même pendant la milonga après le spectacle. Que s’est-il passé ? Je ne les ai pas retrouvés. Heureusement que Juan Jose Mosalini et la chanteuse Silvi Lallana étaient là.
Voilà les points majeurs, selon mon opinion, du Festival de Tarbes cette année. Citons aussi l’excellente conférence de Solange Bazely sur le Tango dans le cinéma, l’orchestre Gustavo Gancedo Cuarteto (qui remplaçait Narcotango) pour la milonga du 18 août, l’orchestre Tipica Silencio pour la milonga du 20 août, ainsi que tous les DJs connus ou non : Martine, Gerry, Patricia, Eduardo, Augusto, Irma. Remercions pour ce travail énorme d’organisation Tangueando Ibos bureau et bénévoles, et l’Office de Tourisme de Tarbes !

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