L’autre jour, des femmes que j’ai rencontrées en Province, me disaient qu’elles ne venaient plus à Paris dans les milongas car, venant seules, elles ne sont pas invitées et s’en repartent chez elle, sans avoir dansé une seule fois de la soirée. Avec la frustration et le mécontentement dans le cœur, et avec la nette sensation d’avoir perdu leur temps (et leur argent bien sûr, le voyage y étant pour beaucoup).
Et puis, j’ai lu aussi dans une interview d’un danseur professionnel de Tango, que celui-ci est satisfait quand il danse juste une seule et unique magnifique tanda dans sa soirée.
Si dans le premier cas ces danseuses ont eu la sensation de perdre leur temps, dans le deuxième cas au contraire, le fait de danser une seule belle tanda de toute la soirée ravit ce danseur, et lui donne la sensation de n’avoir pas perdu son temps. Tant mieux pour lui.
C’est là tout le paradoxe des milongas où l’on vient, en principe, pour danser. Dans une soirée où un DJ diffuse une musique pendant 5 ou 6 heures de suite, et où le nombre des tandas est conséquent, certaines femmes ne dansent pas du tout, pendant que des hommes semblent satisfaits de ne danser, magnifiquement je n’en disconviens pas, qu’une tanda.
De là, pouvons nous penser que ces femmes seraient idéalement satisfaites aussi, si elles n’avaient dansé qu’une seule et unique tanda dans une seule soirée ?
Peut-être. Une fois c’est mieux que rien. Mais je n’en suis pas persuadée.
Néanmoins, en admettant que danser 1 belle tanda dans sa soirée est satisfaisant, comment pourrait-on faire pour que les femmes qui viennent de loin puissent danser 1 fois dans une soirée ?
Probablement en étant plus sociable et moins égocentrique, non ?
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3.5.2009 à 13:46
En fait il veut dire une tanda parmi toutes celles qu’il danse. C’est plutôt sympa, il est content si parmi toutes ses partenaires de la soirée il y en a une qui se débrouille,
6.5.2009 à 15:47
Déjà, il faut être bien conscient des différences énormes entre une petite ville où une milonga hebdomadaire réunit l’ensemble des aficionados de la région, et une grande ville telle Paris où les danseurs locaux se comptent par centaines, auxquelles il faut rajouter des centaines de gens de passage, et où chaque soir il existe plusieurs milongas.
Dans une petite ville, les milongueros et milongueras se connaissent tous : on rencontre toujours les mêmes têtes dans l’unique milonga, on remarque immédiatement des nouveaux venus (débutants ou gens de passage) et on peut, en une soirée, danser avec l’ensemble des personnes présentes, puisqu’il s’agit d’un groupe assez réduit. Et si on un soir on ne danse pas avec certains habitués, ce n’est pas grave, on pourra le faire la semaine suivante, car on sait très bien qu’on va se revoir dans l’unique point de rencontre local.
Dans une grande ville comme Paris, les gens ne se connaissent pas tous, certains danseurs réguliers ne se sont jamais vus puisqu’ils ne fréquentent pas les mêmes milongas. Certaines personnes changent souvent de milonga. Il y a de nombreux touristes. Donc souvent les milongas sont pleines de gens qui ne se connaissent pas. Les habitués de certaines milongas voient de nouvelles têtes chaque soir. Ils peuvent aller inviter quelques nouveaux venus à danser, mais s’il y a une cinquantaine de personnes il est mathématiquement impossible de danser une tanda avec chacun au cours de la soirée. En plus, la sociabilité conduisant chacun à danser au moins une fois avec ses amis, il arrive que la soirée se termine alors qu’on n’a pas pu inviter toutes les personnes que l’on souhaitait.
Voici à titre d’exemple comparatif ce à quoi ressemblait mes milongas dans une petite ville, et ce à quoi elles ressemblent maintenant à Paris.
__Milonga hebdomadaire d’une petite ville, une vingtaine de personnes sont présentes (avec 50% de danseuses)
-je danse avec A, qui est sympathique
-je danse avec B, qui débute
-je danse avec C, une de mes danseuses préférées
-je danse avec D, qui est de passage ici
-je danse avec E, qui ne m’est guère sympathique, mais c’est bien de changer de partenaire
-je danse avec C encore une fois
-je danse avec F, que j’apprécie beaucoup
-je danse encore avec B
-je danse avec G
-je danse avec H
-je danse encore avec A
-je danse encore avec C
Bilan : en 3 heures de milonga, j’ai dansé avec 80% des femmes présentes, dont 100% des personnes de passage. Les 20% restants ont bien dansé aussi (sinon je les aurais invitées). Je pourrai les inviter la semaine prochaine.
__Milonga à Paris dans une grande salle (plus de 100 personnes)
-je danse avec A, qui m’est sympathique
-je danse avec B, qui m’est inconnue
-je danse avec C, une de mes danseuses préférées
-je danse avec D, que je n’avais pas vue depuis longtemps
-je danse avec D encore
-je danse avec E, que j’apprécie beaucoup
-je danse avec F, que je connais bien
-je danse avec G, qui danse très bien et qui est enfin libre!
-je danse avec C encore une fois
-je danse avec H, qui m’est inconnue
-je danse avec I, qui m’est sympathique
-je danse encore avec A
Bilan : en 3 heures de milonga, j’ai dansé avec 20% des femmes présentes. Parmi les 80% restants, la plupart me sont inconnues, ce sont peut-être des gens de passage. Et celles qui me connaissent sont déçues que je ne les ai pas invitées, il faudra donc, la prochaine fois, que je les invite en priorité.
Ensuite, comme le signale Darky, lorsqu’on dit qu’il suffit d’une seule magnifique tanda pour passer une bonne soirée, cela ne signifie pas qu’on reste assis toute la soirée. On peut danser de nombreuses danses insipides.
S’il existe des danseurs qui ne dansent pas beaucoup, il existe aussi des femmes qui n’ont pas envie de danser beaucoup, pour des raisons variées (n’aime danser qu’avec certains danseurs, a mal aux pieds, est venue ici plutôt pour discuter, etc).
7.5.2009 à 9:47
Voilà qui est très plaisant à lire. Je vois , Sharquak, que vous invitez des inconnues, et c’est rassurant car ce n’est pas fréquent. Vous prenez un risque de “danse insipide” avec une inconnue, et si vous avez la chance de tomber sur une bonne danseuse qui vous convient, c’est vous qui êtes récompensé !
8.5.2009 à 20:33
Réponse à Darky : plutôt sympa, ou plutôt méprisant ?
10.5.2009 à 12:19
- pour ma part, quand je viens en soirée, je danse déjà avec ma partenaire (quand elle est là)… Ce qui suffit déjà à remplir 50 à 80 % de ma soirée selon les jours… Ce n’est pas du snobisme, c’est juste que j’aime beaucoup danser avec elle, donc j’ai tendance à ne plus arriver à m’arrêter
.
- Ensuite, si je connais des filles avec qui j’aime bien danser, je les invite aussi. Ça peut être aussi des filles avec qui je n’aime pas particulièrement danser, mais que je connais. Par exemple, j’ai en tête des filles qui sont débutantes, que je connais du temps où je faisais de la salsa. Pour moi, ces filles là passent forcément avant les inconnues car je veux pas qu’elles croient que je les snobe ou quoi… Ce sont des filles que je revois assez régulièrement.
- Ensuite, je danse pas forcément toute la soirée. Des fois, je m’assois pour me reposer, pour boire un verre ou parce que je n’aime pas la musique qui passe.
- Donc en gros, si je danse pas avec ma partenaire, si j’ai envie de danser, et si il n’y a pas de danseuses que je connais ou avec qui j’aime bien danser, ben, j’invite une inconnue… Donc ça fait pas beaucoup d’invitations dans la soirée…
En fait, à une certaine époque, j’invitais beaucoup plus d’inconnues qu’aujourd’hui, mais à force qu’on me dise non, j’ai fini par freiner un peu sur ce type d’invitations. Un refus n’est pas marrant à entendre… Je préfère maintenant la sécurité d’une personne qui me dise oui.
12.5.2009 à 12:00
Ah l’éternel problème de la frustration ou de l’insatisfaction! Moi je ne suis pas d’accord avec celles ou ceux qui disent qu’ils ne viennent que pour danser. Je vais dans une milonga pour rencontrer des gens , voir du monde. Pourquoi pas une soirée Salsa ou le cinéma alors? Simplement que milonguero et parisien de longue date je suis plus confiant dans une milonga parisienne. Je suis content si je retrouve une vieille camarade et que je tape la discute pendant deux heures et je fiche de ne point danser. Je suis content si je rencontre une inconnue et que sur une tanda ça se passe merveilleusement: merci Paula, merci Beatriz, merci Mathilde, merci Christelle, merci Florence … mais peut être ferions nous mieux de dire quand nous ne sommes pas contents, ce serait plus facile. Malheureusement, exprimer les motifs de nos sempiternelles insatisfaction n’est pas correct… par exemple: se prendre un rateau d’une nana qui accepte ensuite toutes les invitations qui suivent, se faire marcher sur les pieds ou pousser dans le dos par un mec qui ne sait manifestement pas danser malgré qu’il pointe dans les milongas de depuis longtemps déjà… aller dans une soirée et s’ennuyer ferme parce que personne de connu et rateaux sur rateaux… non mesdames, vous n’êtes pas seules..
15.5.2009 à 16:15
Se forcer à danser avec tout le monde n’est pas une solution en soit. La milonga observé de prêt est divisé en groupes sociaux de “même niveau de danse/affinités”, qui échangent partenaires tout du long de la soirée.
Le reste des gens (les exclus du bord de la pistes) sont souvent soit les débutant n’ayant pas de groupe et n’ayant pas pris la conscience de devoir s’intégrer ou de devoir créer le leur à partir de leur cours débutant.
Ensuite les autres sont simplement pas a leur place ici… Mais personne n’a osé leur dire…
Au final sur le bord de piste, c’est rarement la jeunette, la fille ayant des affinités dansantes, ou le bonnet de nuit…
15.5.2009 à 19:05
Réponse à Bob : le phénomène de “clans” est bien connu dans les milongas, et il est bien normal de se retrouver parmi les personnes que l’on connait bien. Néanmoins, il est dommage de ne rester que dans son “clan”, de façon sectaire.De même pour les gens qui ne veulent danser qu’avec des partenaires de même niveau, la sociabilité est là, à remettre en question. Sans parler de l’”élitisme” qui consiste à penser que : cette personne est digne de danser avec moi, ou à l’inverse elle n’est pas digne de danser avec moi.
Qu’entendez-vous par “les exclus du bord de la piste ?” Je pense qu’il n’y a pas que les débutants, loin de là.
Et qui sont “les autres qui ne sont pas à leur place ?”
Ne croyez vous pas qu’il ne faut exclure personne dans une milonga ?
16.5.2009 à 20:15
Pour les exclus de bord de piste je parle de ces personnes qui viennent à toutes ces milongas sans jamais danser une tanda et qui pourtant sont là, de ces personnes qui attendent du milieu et n’étant pas assez intéressante pour les personnes dites habitués pour faciliter leur intégration…
Pour les gens n’étant pas à leur place je pense aux personnes dont le physique ne leurs permettent vraiment pas de danser le tango mais qui sont une source de revenus à maintenir dans le rêve.
Avec la marchandisation croissante du tango pour maximiser les profits les professeurs on cassé la règle du partenaire de cours… Et par cette simple action ils ont délégués la responsabilité de régulation du milieu à l’espace de bal…
La milonga en est donc maintenant d’autant plus rude.. Doit t’on au nom de la sympathie se casser le dos à danser avec l’inconnus ne maitrisant pas les fondamentaux ? L’espace de milonga a t’il le devoir de se substituer aux cours ? Comment faire comprendre aux gens ne maitrisant pas leur fondamentaux de retourner en cours ou de changer de profs sans blesser ?
Dans l’ensemble les gens sont tout de même tolérents, les hommes et les femmes ne refusent que rarement une invitation, et quand cela arrive sans raison valable, il y a souvent une remise en question de soit même à faire. Bref vaste débat, qui mériterais bien des pages de dissertations mais néamoins très intéressant.
16.5.2009 à 23:30
Il y a effectivement souvent une remise en question de soi-même à faire…
Et il y a des moments où on aurait envie que ces commentaires ne soient pas anonymes.
Je trouve la “dissertation” de “Bob” effarante. On dirait un cauchemar…
17.5.2009 à 2:03
Ce constat est certes un brin amer, mais je pense pas être totalement dans le faux. Je vous invite à lire les anciennes publications de la salida et autres magasines pour vous rendre compte de l’évolution du milieu. Après il n’est pas si noir que cela, sinon il serrait mort depuis bien longtemps enfin il ne tiens qu’a nous de le changer, d’en arrêter le buisness….
17.5.2009 à 11:14
Simple question en toute humilité : quel rapport y a t’il entre ce que vous appelez “business” (pour moi l’apprentissage et la pratique qui se payent, ne serait-ce qu’un peu) et la convialité (ou tout au moins celle que l’on devrait rencontrer) des milongas ?
17.5.2009 à 23:41
De ce que j’ai pus voir, depuis quel que années nous avons assisté à l’explosion associative du tango, chacun proposant son cours, sa milonga, ses stages, son festival… Comme il a été dis plus haut, à paris on se retrouve avec une communauté totalement éclaté ne se brassant plus, et au final nuisant à la convivialité… C’est là ou je me dis, que l’énergie dépensé ayant été orienté vers la multiplication de l’offre au nom d’un substentiel profils à finalement nuis à la consolidation et ouverture de la communauté qui aujourd’hui fait défaut…
18.5.2009 à 23:55
Hou là là…
13.6.2009 à 1:08
la la la la…
Bon, comme dit une de mes partenaires “une robe sexy sauve bien des soirées”.
C’est que du tango après tout
8.9.2009 à 12:46
Un article qui m’interpelle. J’habite Paris mais ne vais pas souvent dans les milongas malheureusement. Quand je m’y rends, c’est toujours le même constat: je danse peu ou pas. Ce n’est pas faute de lancer des coups d’oeil à droite et gauche vers de potentiels milongueros. J’ai l’impression de me heurter à chaque fois à la “non connaissance” du milieu et un certain snobisme: certains effectivement ne dansent qu’entre eux, entre connaissances (un même danseur va danser 3 tandas de suite avec la même personne alors qu’à la table d’à côté je n’ai toujours pas bougé…et que ça se voit!).
Je comprends qu’il y ait une réserve des danseurs de se dire “je n’ai pas encore vu comment elle danse, j’attends de voir son niveau avant de l’inviter”. Sauf qu’il m’est arrivé d’attendre des soirées entières qu’une première personne m’invite.
Ceci dit, cette danse, généralement je la déguste….et Dieu qu’elle est bonne!
La solution serait de prendre des cours, rien que pour avoir son propre réseau social de danseurs.
J’ai appris le tango sur la côte est des US, et dans les milongas voir les marathons de tango, je n’ai jamais rencontré cette méfiance et ce snobisme parisien.
27.12.2010 à 21:11
Ce qui m’étonne beaucoup à Paris c’est que certains danseurs (et danseuses!) sont capables de ne pas te regarder toute une soirée (enfin, quand je les regarde!) même s’ils t’ont déjà croisé mille fois dans les milongas… Ce n’est pas de la timidité ni la peur d’être invité(e)s, c’est juste que les gens qui ne font pas partie du cercle n’existent pas.