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12.9.2008 par mephisto-tango.
Vu l’important battage médiatique consacré à ce spectacle de Tango (télés, radios, articles de presse, affiches dans Paris), compte tenu du marketing - carrément un matraquage- effectué par la production de ce spectacle partout dans le monde, on pouvait s’attendre légitiment à un spectacle exceptionnel. Vu le tarif élevé des places bien situées au Théâtre du Chatelet (86 €, tout de même !), vu la difficulté pour acheter ces places (le Théâtre est quasi complet tous les jours), je me suis dit : « ça doit être extraordinaire ! ». C’est dire si j’y suis allée de bon cœur.
Et mon impression générale est mitigée.
Ce spectacle s’est voulu être une comédie musicale sur le Tango, mais je n’ai pas entendu de dialogue parlé entre les protagonistes. Je n’ai vu que des danseurs qui dansent. Et qui ne chantent pas. Et qui ne jouent pas la comédie. Je n’ai vu qu’une chanteuse qui ne danse pas mais qui chante 2 chansons. Par contre, et ça s’est bien, la traduction en Français des chansons s’affichait sur un écran situé tout en haut de la scène.
Comédie musicale ? Non, pas exactement. Mais il y avait une histoire, il y avait des décors sobres, des éclairages excellents, des costumes, de la musique de Tango dont les arrangements très modernes (Trop ? Quelquefois Jazzy et trop rapides) ont été écrits de la main de Lisandro Adrover.
Ce spectacle se voulait être une révolution avec un concept complètement nouveau. Un traitement de choc. Un dépoussiérage. Une comédie musicale façon Broadway. Hum…Je n’ai rien vu de cela. Ce spectacle se voulait être sans clichés liés au Tango. Vraiment ?
L’histoire ? Une jeune Française débarque en Argentine et se fait alpaguer par un souteneur qui l’oblige à se prostituer. Mais cette Française est amoureuse d’un jeune homme qui travaille au port de Buenos Aires. On peut prévoir alors une bagarre au couteau entre les deux hommes, non ? Gagné. A quoi peut-on s’attendre encore ? Au bordel ? Gagné. Aux femmes qui font le tapin ? Gagné. Aux clients de ces femmes qui sont au bordel ? Gagné. Au ballet entre les hommes de mauvaise vie et les bons travailleurs du port ? Gagné.
Alors j’attends toujours la révolution ! Et aussi l’absence de clichés……
Par contre les chorégraphies de Mora Godoy sont très intéressantes, même si elle a préféré jouer dans le spectaculaire à l’extrême, dans la rapidité des mouvements et des acrobaties. Ce spectacle dansé est « enlevé » sans aucun temps mort, et certains ballets de groupe sont esthétiquement très beaux et expressifs. Les éclairages sont, dans cette affaire, d’une importance extrême, et réussis.
Les danseurs et danseuses viennent du classique, du folklore, du modern jazz, et se sont mis au Tango avec un bonheur plus ou moins grand. Personnellement j’ai préféré les hommes (et pas forcément parce qu’on en voyait certains torse nu – et oui, ça peut attirer) qui étaient plus dans l’écoute de la musique et de la partenaire.
Que dire de Maria Nieves ? Elle jouait le rôle de la maquerelle. Elle a dansé deux Tangos avec une joie non feinte. Evidemment pour la technique, on repassera (elle a 70 ans…) mais elle a une énergie qui donne du baume au cœur. Son élégance et son déplacement sur scène, rien qu’en marchant, sont remarquables, portés par des jambes de toute beauté.
En conclusion, ce spectacle est vif, énergique, rapide, dynamique, bien réglé. Mais il manque la nostalgie, le sentiment, l’émotion et la sensualité en définitive. L’accent est mis sur la technique spectaculaire de la danse mais il n’y a rien, dedans, de ressenti et de profond. C’est dommage. C’est d’autant plus dommage que je sais qu’il est possible d’allier spectaculaire, technique et sentiment. J’ai déjà vu.
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1.9.2008 par mephisto-tango.
Ce week-end je suis allée à l’Université d’été organisée par le Temps du Tango, et j’ai pu participer en tant qu’auditeur libre, à la conférence – table ronde : « La dimension sexuée du Tango » animée par le bien connu Christophe Apprill (danseur, sociologue, écrivain…), accompagné par les non moins connus Rémy Hess et Catherine Berbessou, entre autres. Cette conférence a fait la part belle aux rôles homme / femme dans le Tango, ce que cela représente en psychologie, et, de façon très générale ce que représente le Tango, danse inégalitaire, dans les comportements humains, entre hommes et femmes.
L’objet de ce blog n’est pas tant de faire un compte-rendu narratif de ce qui s’est dit lors de cette conférence (du reste, bien appréciée par l’auditoire), mais plutôt de faire référence à un commentaire exprimé par une auditrice à la fin, commentaire dont l’esprit est le suivant : « vous n’avez pas parlé du fait que certaines femmes ne se font pas inviter dans les milongas alors que des hommes restent assis, ou bien que ceux-ci invitent d’abord des femmes jeunes et jolies ».
Personnellement j’ai beaucoup réfléchi à ce fait qui est tout à fait réel. Dans beaucoup de milongas où les femmes sont majoritaires en nombre, il est effectivement regrettable de constater que certaines dansent peu et se font peu inviter, ou bien ne dansent pas du tout. Imaginez cela : des femmes se préparent à sortir, se font belles, s’habillent bien, se coiffent, se maquillent, apportent leurs plus belles chaussures pour danser (quelque part c’est une fête, non ?) et elles ne se font pas inviter du tout. Certaines alors demandent aux hommes qu’elles connaissent : « tu me fais danser ? », dans ce cas cela peut marcher, mais qu’en est-il des femmes qui ne connaissent personne ou qui n’invitent pas les hommes ? Pour elles, ce peut être dramatique. Dans la majorité des cas, surtout si cette histoire se reproduit trop souvent, ces femmes deviennent des frustrées chroniques, des aigries du Tango et des danseurs. Dans le pire des cas, elles en arrivent à être agressives et très désagréables, non seulement vis-à-vis des hommes, mais de toute la communauté tanguera en général y compris les femmes. Comme évidemment les hommes ressentent ces choses chez ces femmes, il s’ensuit un cercle vicieux, les hommes n’ayant absolument pas envie (et on les comprend) d’inviter une femme pas aimable. La recherche du plaisir, la rencontre entre un homme et une femme lors de la danse ne peut jamais se faire dans de telles conditions.
Comprendre que danser le Tango n’est pas un dû absolu et constant, c’est faire un grand pas dans la compréhension du « juste » comportement pour les femmes sans partenaire, dans les milongas. Cela peut être une chance, et quand on a cette chance, on a gagné sa soirée. Inversement on peut ne pas avoir de chance, et on devrait accepter de ne pas avoir de chance ce soir-là.
Lors de la conférence il a été dit plusieurs mots clés. Je les cite : tendresse, bienveillance, engagement, séduction, faire plaisir, culture de l’ « embrassé », plaisir, intimité, écoute mutuelle, détente, désir, oser se toucher, effervescence pulsionnelle … Comment peut-on ressentir de tels sentiments si on est frustrée, énervée, agressive ? C’est impossible.
Ne pas faire tapisserie dans les milongas, c’est comme dans la vie, c’est d’abord et avant tout être souriante, décontractée, aimable, charmante. Ne pas faire tapisserie dans les milongas c’est aussi, bien sûr, avoir appris à danser. La débutante jeune et jolie se fera inviter certes, mais ce ne sera pas pour la danse … à moins qu’elle ne soit très douée spontanément ! Si l’on est moins jeune et moins jolie, autant apprendre de mieux en mieux…. Ce sera un point positif, pour ne pas que les hommes subissent sans plaisir une danse avec une femme qui ne suit pas, qui anticipe où qui n’est pas relâchée…
La frustration et l’agressivité n’apportent rien, bien au contraire, cela se voit et se ressent. Le plus raisonnable est de faire contre fortune bon cœur quand on n’est pas invitée dans une milonga. Se dire que la prochaine fois ce sera mieux. Chercher des sujets d’intérêt dans une milonga où on n’est pas invitée, où on ne connait personne, est toujours possible. Regarder les gens qui dansent, rechercher ceux ou celles qui dansent le mieux pour s’en imprégner, s’intéresser à leur technique, leur façon de se déplacer, leur connexion mutuelle…On apprend aussi en regardant. Peut-être y a t’il des démonstrations de prévues ? Un orchestre ? Ecouter la musique, chercher à lier conversation avec son voisin ou sa voisine de table….Et si vraiment rien ne va, l’accepter et partir sans regret et sans rancune. Il n’y a pas de honte à partir à 23h30 alors qu’on est arrivée à 21h30 !
A mon sens, la pire des choses est de penser que, puisque l’on est dans une milonga et que l’on a payé son entrée, il faut danser absolument. Si des femmes seules arrivant sans partenaire et sans connaitre personne, pensent, a priori, qu’elles vont danser à coup sûr et qu’elles vont se faire inviter, il y a de grandes chances pour que cela ne marche pas immédiatement. Il faut du temps, il faut se faire connaitre et reconnaitre, et cela peut prendre des mois et des mois !
Le secret est d’aller dans une milonga sans a priori, être disponible, libre de pensée, neuve. Se dire que si l’on se fait inviter, c’est bien, si l’on ne se fait pas inviter c’est tant pis, mais c’est la règle du jeu. Jeu terrible, mais il faut en accepter les règles. On ne peut pas contraindre les hommes à danser, de même qu’on ne peut pas obliger des femmes à danser si elles n’en ont pas envie.
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