Il y a quelques jours, je suis allée danser dans une milonga parisienne bien connue.
Voici une anecdote que je veux raconter, et qui hélas, pourrait être racontée par d’autres personnes :
J’ai été invitée par un charmant Monsieur pour une tanda de Tango et notre danse dans l’ensemble se passait plutôt bien. Ce n’est pas qu’en général, sur la piste, les danseurs respectaient bien le sens du bal, ce n’est pas que les danseurs n’allaient pas dans n’importe quelle direction, mais nous, nous étions attentifs aux autres couples environnants dans la mesure où c’était possible.
Soudain un choc violent sur mon côté gauche, choc qui m’a envoyée à 1 mètre à droite par rapport à mon partenaire. C’était une femme qui, ne m’ayant pas vue, en reculant, m’avait, de toute évidence, « envoyée promener », et on peut supposer en toute logique, que c’était son partenaire masculin qui en était responsable.
Je dis à cet homme :
« On ne s’excuse pas ? »
« S’excuser ? Mais de quoi ? » me répond-il.
Voilà.
Ni cet homme, ni sa partenaire qui m’avait heurtée en reculant, ne se sont excusés. Et il était impossible que le choc ait pu passer inaperçu.
Je me suis tue, et j’ai continué à danser avec mon partenaire, qui lui, m’a demandée de lui pardonner pour n’avoir rien vu venir et donc de ne m’avoir pas protégée du choc.
Que peut-on penser de cette anecdote ? Comment peut-on juger ces personnes ?
Personnes mal élevées dans l’enfance et dans l’adolescence ?
Personnes qui n’ont pas eu, lors de leur apprentissage de Tango, la moindre notion de savoir vivre dans les milongas, et des codes de la bienséance et du respect des autres ?
Personnes qui se croient tous seuls sur une piste de danse et qui sont sans gêne aucune ?
Personnes égoïstes et qui croient que tout leur est dû du moment qu’ils payent leur entrée ?
Maintenant, essayons de voir plus loin que cette anecdote qui, je suis sûre, se répète tous les jours à Paris, ou même ailleurs (sauf à Buenos-Aires où les gens sont infiniment plus respectueux de l’espace du bal ; quoi que, parait-il…..).
Manquer de respect envers n’importe quel danseur ou danseuse dans les milongas, c’est rendre la vie impossible aux danseurs qui ont eux le respect d’autrui sur la piste de danse et ailleurs, c’est créer une ambiance malsaine. Les danseurs nouvellement arrivés, si nous ne sommes pas vigilants, vont croire qu’il est possible, impunément, de bousculer les autres sans avoir le moindre reproche, et ainsi continuer leur comportement détestable. La milonga est une vie miniature en société, où chacun devrait avoir le plus grand soin de l’autre, où chacun devrait être aussi aimable que possible, où chacun devrait se sentir solidaire de l’autre et de tous les autres couples sur la piste de danse. Sans penser jamais : « moi d’abord ».
A force d’être trop tolérant, de trop relativiser, de ne rien dire et de laisser faire un tel comportement blâmable, il est à craindre un engrenage : de la détestable provocation verbale (insultes, réflexions désobligeantes) qui ne rabaisse que celui ou celle qui ose la proférer, jusqu’à la réponse à cette provocation qui serait tout aussi pitoyable, si elle a lieu. Et voire même des coups ! Cela s’est vu et on ne doit pas accepter cela.
Vous tous qui dansez, il n’y a aucune honte à s’excuser, n’hésitez pas à vous excuser si vous heurtez quelqu’un par mégarde, même si vous n’êtes pas responsable directement. Personnellement, je n’hésite pas à m’excuser 3 ou 4 fois par milonga, même si le frôlement ou le heurt sont minimes et même si je ne suis pas responsable moi-même !…..Peu importe le responsable ! Cela aidera grandement à la bonne réputation d’une milonga.
Apprendre à danser, avant, pendant et après l’apprentissage, danser dans les milongas même si l’on est devenu un super professionnel demandé dans le monde entier, ne veut pas dire que l’on a tous les droits et que l’on peut y faire sa loi propre sans tenir compte des autres. Il y a des évidences de politesse, de gentillesse et de savoir vivre qui devraient venir de la plus petite enfance.
De plus, les professionnels iront plus souvent dans ces milongas…….Parce qu’ils se sentiront en sécurité.
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27.2.2008 à 20:48
chère Bernadette,
je te remercioe pour cet article!!!
mais, il n’est pas besoin d’aller chercher dans les milongas pour trouver ce genre de comportements inciviques!
certains se comportent de même dans les cours ou les ateliers!!!
c’est à mon sens encore moins “pardonnable” lorsqu’il s’agit d’un homme heurtant une femme…
un accident peut arriver à chacun d’entre nous, mais les excuses ne coûtent rien… un simple mot n’écorche pas la bouche, un geste de la main ne gâchera pas la recherche stylistique de votre tango.
il ne s’agit pas de faire la “carpette” et de subir la pire humiliation, mais juste de faire preuve de savoir vivre…
29.2.2008 à 0:18
Oui mais il faut faire attention, quand on ne s’excuse pas, il peut y avoir deux raisons :
- soit on a pas de savoir vivre et qu’on se croit tout permis
- ca peut être aussi de la timidité. Par exemple, moi je m’excuse pas tout le temps. Et quand je ne le fais pas, c’est parce que je me sens coupable, du coup je ressens comme un blocage, et je n’arrive plus à trouver mes mots. Et le temps de les trouver, c’est déjà trop tard car le couple est reparti… Bon ca m’arrive aussi de m’excuser, ca dépend des fois :-). Il faut aussi savoir tenir compte de ca, c’est pour ca que quand quelqu’un d’autre ne s’excuse pas, ca me dérange pas forcément, car je pense qu’il peut réagir comme moi.
Par contre, il y a un truc que je supporte pas. C’est quand je rentre dans quelqu’un et qu’il me regarde d’un oeil sévère et accusateur. Comme si ca ne lui arrivait jamais… Il faut savoir pardonner quand on attend la même chose en retour… Du reste, je m’excuserais bien plus facilement à quelqu’un qui ne me regarde pas de cette manière. En réalité, quelqu’un qui me répond agressivement quand je lui rentre dedans, ca me donne envie de tourner le dos…
D’accord, c’est énervant quand on se fait rentrer plusieurs fois dans la soirée, quand un coup interrompt un moment magique… Ca m’arrive aussi à moi… Mais il faut aussi savoir rester courtois et amical malgré ca…
29.2.2008 à 20:50
Marc, que dirais tu d’un simple “désolé !” avec un sourire. Je pense que ça devrait suffire …
1.3.2008 à 3:27
Je me suis mal fait comprendre. Disons, que parfois les circonstances nous amènent à ne pas pouvoir dire désolé. Par exemple ce soir au rétro, j’ai touché quelqu’un et le temps que je me retourne la personne avait déjà le dos tourné et était reparti… Donc je l’ai pas poursuivi pour lui dire ‘désolé’, même si je n’en pensais pas moins. Si ca se trouve, il s’est peut être dit que j’abuse de ne pas m’excuser alors que tout simplement, il ne m’a pas laissé le temps.
Tout ca pour dire qu’il ne faut pas juger trop vite les gens. Si ca m’arrive à moi, ca doit sans doute arriver aux autres.
Par contre, les gens qui râlent et qui jurent à chaque fois qu’on les touche, j’ai aucun remords à ne pas m’excuser. J’ai aucune raison d’être courtois avec des gens qui ne le sont pas avec les autres…
4.3.2008 à 12:27
Ou alors les danseurs de tango sont moins bien élevés que les autres danseurs, ou alors c’est la danse qui est mal construite.
En rock ou en salsa, où les danseurs évoluent du début à la fin au même endroit, il n’y a pas de collision. Idem en danse de salon où tout le monde bouge à la même vitesse, les collisions sont rares. Le tango argentin est du genre stationnaire en déplacement, à partir de là les gens peuvent penser que les collisions sont inhérentes à la danse et les considérer comme normales.
5.3.2008 à 13:25
“Collisions inhérentes à la danse, et les considérer comme normales ?” “Danse mal construite ?” Les Argentins vont être contents !!!!! Non, les collisions ne sont pas normales, et la danse est bien construite. Simplement on devrait accepter, dans sa tête, de gérer correctement l’espace du bal et de respecter tous les autres qui dansent. On ne danse pas tout seul, ni dans une milonga, ni dans une pratique, ni même dans les cours et les ateliers. La courtoisie engendre la courtoisie. La mauvaise volonté engendre la mauvaise volonté……
5.3.2008 à 13:39
100% d’accord avec toi Bernadette, et j’ajouterai que :
- si les garçons ne dansaient pas en regardant leurs pompes et ne guidaient que ce qu’ils maitrisent vraiment,
- et si les filles ne se croyaient pas sur scène et avaient conscience de l’espace dont elles disposent,
- et si les profs apprenaient à leurs élèves à danser plutôt que réciter des chorégraphies,
on éviterait au moins 95% des collisions.
6.3.2008 à 1:25
Ben si les garçons ne faisaient que ce qu’ils maitrisaient, ils ne progresseraient jamais…
Les filles que j’ai eu dans mes bras (mais j’ai peut être eu de la chance) sont souvent très soucieuses de leur environnement. Elles savent ce que c’est que de se prendre des coups de talons !!
La majorité des profs que j’ai pu avoir (il y a quand même une exception) ont toujours insisté sur le fait d’improviser. Ce sont les élèves en général qui ne font pas l’effort…
Moi je pense que ce qui change par rapport à la plupart des danses, c’est que c’est une danse dans laquelle les trajectoires sont assez aléatoires (si on considère qu’on improvise). Il n’y a pas vraiment de règles spatiales comme par exemple en rock ou en salsa porto, ou il faut danser sur une ligne. Du coup, il est difficile de prévoir les mouvements des autres danseurs. Ce n’est donc pas choquant qu’il y ait des collisions.
Ce n’est surement pas une raison pour ne pas faire attention, mais il faut savoir pardonner et ne pas monter sur ses grands chevaux à chaque fois que quelqu’un nous touche.
6.3.2008 à 23:51
Tiens, j’ai remarqué hier l’autre jour au rétro. Il y avait des profs d’ouvert qui dansaient. Même si ce qu’ils faisaient était très beau et qu’ils ne rentraient dans personne, ils prenaient au moins 3 fois plus de place qu’un autre danseur…
Ce qui fait donc 3 fois moins de place pour les autres…
Et surtout que la place manquait cruellement ce jour là…
Alors que dire de ca ? Même si on ne touche personne, ne vaut-il pas mieux danser fermé pour ‘économiser’ la place plutôt que d’essayer de faire son show devant tout le monde ?
11.3.2008 à 18:56
Personnellement je crois que le problème est dans l’enseignement de la danse. La première chose que devrait enseigner un professeur, c’est qu’on peut, au cours de la danse, S’ARRETER pour quelques instants. Cela fait partie de la danse, et c’est parfois nécessaire. Car figurez-vous que cette notion ne vient pas spontanément à l’esprit de chacun. J’ai bien souvent vu des débutants heurter d’autres danseurs, il s’agit rarement de goujats. Ce sont généralement des personnes peu informées, qui se rendent bien compte de la gêne occasionnée, et qui “attendent avec impatience le jour où elles auront un niveau suffisant pour ne pas entrer en collision avec les autres” (citation de ces personnes).
Il faut enseigner que le tango est une danse sociale, on danse non seulement avec sa partenaire, mais aussi avec toutes les personnes présentes. Si un danseur commence une figure, mais qu’il n’a pas la place de la terminer, il doit s’adapter aux conditions et changer l’exécution de cette figure (changement le plus simple et qui fonctionne toujours : s’arrêter), en accord avec le mouvement des autres danseurs. C’est cela, l’improvisation.
Enfin, il faut clarifier les responsabilités. Si un couple en mouvement heurte un couple arrêté, c’est la faute du couple en mouvement. Si deux couples en mouvement se heurtent, c’est la faute des deux couples. Et si les couples se sont arrêtés, il n’y a pas de collision.
De plus, il faut entraîner les guideurs à danser sans jamais effectuer de pas dans le sens contraire du bal. Hélas on voit trop souvent des guideurs qui ont appris la salida, et qui inlassablement font des pas en arrière dans le sens contraire du bal sans se soucier des danseurs derrière eux.
Mon avis sur les commentaires déjà postés
1 - Dans certains cours et atelier, les professeurs demandent aux élèves de répéter un certain nombre de pas. Selon la place disponible et la complexité des pas proposés, il se peut que des collisions soient inévitables. Je considère dans ce cas que les professeurs ne savent pas adapter leur cours à la place disponible (et d’ailleurs je n’aime pas le principe de répéter inlassablement une suite de pas donnée).
2 - s’excuser ou non, telle est la question. Si, dans une milonga avec peu de place, dans un mouvement lent je touche un autre danseur, je juge peu utile de m’excuser. En revanche si je me lance dans un mouvement qui nécessite de l’amplitude, et que je me rends compte que d’autres danseurs doivent freiner d’urgence pour éviter la collision, alors je m’excuse (même nous ne nous sommes pas touchés).
Parfois certains danseurs prennent beaucoup de place et gênent les autres couples. La collision, c’est la conséquence de leur mépris des règles de bienséance. Dans ce cas je les regarde d’un oeil sévère et accusateur. Parfois ils comprennent qu’ils sont fauteurs de troubles. Peu importe si ces gens s’excusent ou non, je souhaiterais qu’ils dansent avec respect pour autrui.
3 - Un simple “désolé” n’efface pas les douleurs physiques de celui/celle qui se fait rentrer dedans/marcher dessus.
5 - J’ai déjà passé de bonnes soirées sur des pistes bondées (du genre: on fait un petit pas de temps en temps, on s’arrête, on fait un petit pas, etc). J’ai déjà passé de mauvaises soirées dans des soirées avec moins de monde, mais où je devais constamment esquiver les collisions. Je crois que le problème vient de l’éducation des danseurs.
6 - Tout à fait d’accord avec Bernadette.
8 - J’ai souvent vu des professeurs faire des discours sur certains thèmes (improvisation, ligne de bal) mais parfois les élèves ne comprennent pas bien ce que cela signifie concrètement. Alors ils répètent les pas vus en cours et pensent qu’un jour ils sauront “improviser” (terme qui leur est très mystérieux)
9 - Je considère qu’un bon danseur doit danser avec la place disponible, sans empiéter sur celle des autres. Certains danseurs prennent énormément de place en bal, ce sont des mauvais danseurs (même si par ailleurs ils donnent des cours).
15.3.2008 à 12:27
Je découvre avec quelque satisfaction que je ne suis pas seul à être préoccupé à ce sujet. Cela me prive de plus en plus souvent du plaisir à danser le tango argentin en pleine osmose avec la musique et ma partenaire. J’essaye d’arriver en général au début d’une milonga et quand cela devient trop “la jungle” par l’affluence et le comportement de certains danseurs (une majorité inconsciente?)qui se répercute aussi sur le mien, j’ôte mes chaussures et m’éclipse. Beaucoup de danseurs se comportent comme au volant de leur voiture sans se préoccuper des autres. C’est dans l’air du temps et de la société mais aussi à cause des “professeurs” de tango qui n’insistent pas sur le respect systématique du sens du bal (notamment dans leurs enchaînements de pas) et n’enseignent pas les règles de la gestion de l’espace du bal dans leurs cours (pour autant qu’ils les connaissent eux-mêmes). Pour abréger, je vous renvoie à l’article de “tout Tango” N°14 du 1er trimestre 2008 sur “les 7 secrets des milongas argentines” où tout est dit et qui serait à afficher en bonne place dans toutes les milongas. Si cela pouvait devenir un Bible des danseurs de tango ! Merci à toi Bernadette. Cela m’a fait du bien de m’exprimer un peu à ce sujet en attendant la milonga de ce soir avec optimisme malgré tout …
16.3.2008 à 3:23
Je dis pas que j’ai jamais de vu de ’sauvage’ sur la piste de danse, mais la plupart des danseurs que je vois en bal, en général s’excuse quand ils heurtent et ne sont pas complètement insoucieux des gens autour d’eux.
Tout ça pour dire que je n’ai pas l’impression comme vous de me retrouver dans la jungle quand il y a trop de monde (bien sûr ça gâche quand même le plaisir de danser quand il n’y a pas d’espace, mais ça c’est une autre question…).
Je me demande si ce n’est pas lié à la nature râleur du Français moyen, qui consiste à n’être jamais satisfait et toujours dire que c’est meilleur ailleurs…
Moi je suis globalement satisfait des milongas de Paris et de l’ambiance qu’il y règne, mais je suis sans doute trop naïf !!!
24.3.2008 à 13:00
Si vous voulez voir une illustration très talentueuse de cette situation décrite par Bernadette et par les différents intervenants, allez voir la pièce “Le coeur n’est pas moderne” au théâtre l’Atalante. Il s’agit d’une pièce très drôle qui illustre les différents comportements dans le bal et en-dehors….Criant de vérité
26.3.2008 à 18:03
Merci Pierre, je dois aller voir cette pièce de théâtre le mercredi 2 avril : alors rendez-vous sur ce blog pour mon futur commentaire !
6.1.2010 à 14:50
Bonjour,
Nous savons tous que nous devons respecter les autres danseurs dans un Bal. Le fait que le monsieur ne se soit pas excuser c’est sûrement de la faute de ses parents qui ne lui on pas appris la politesse. Le fait qu’il vous bouscule dans un bal, c’est sûrement qu’aucun professeur ne lui a appris a danser. Et oui le tango es une danse sociale. Donc sa construction est faite dans se sens. Mais quel prof a Paris est capable d’expliquer, comment on fait un tour dans le bal, comment on fait la salida pour le bal, comment on marche pour la bal?
Lorsque un prof vous enseigne un pas un séquence, demander lui : “Et comment fait on sa pour la piste?” Pour l’avoir fait de nombreuse fois, je peux vous dire que cous n’aurez pas de réponse…..
AUCUN