Chicho et la recherche de l’ESSENCE du Tango.
L’association Le Temps du Tango a organisé le 30 août 2007 une conférence sur le Tango « Nuevo », dont l’animateur n’était autre que Chicho lui-même.
Inutile de dire que j’y suis allée en courant, et que je n’ai pas regretté.
Quels étaient les moments forts de cette conférence au combien très sympathique et intéressante, qui comprenait un débat avec les participants ? Voici personnellement ce que j’ai pu en retirer.
Sur le terme « Nuevo » :
Du point de vue de la définition du mot « Nuevo » qui colle à la peau de Chicho, celui-ci pense que ce terme est inhérent au commerce et au marketing. Lui personnellement, préfère le terme de « moderne » ou de « contemporain ». Rien n’est nouveau, véritablement, car depuis les origines du Tango, ce n’est qu’évolution. Du reste il ne comprend pas que des gens apprennent uniquement le Tango « Nuevo », sans connaître tout ce qu’il y a avant. Selon lui, si les gens apprennent uniquement le Tango « Nuevo », c’est que le Tango est mort. Les racines sont extrêmement importantes pour lui car elles sont la base sur laquelle il s’appuie.
Néanmoins il est conscient que ce terme le qualifie lui-même, et même s’il n’est pas d’accord avec ce terme (du reste il regrette que le Tango soit catalogué en « styles » : pour lui, il y a simplement le « Tango » dans son ensemble), il soutient et appuie cette nouvelle tendance. Si les gens disent de lui qu’il fait du Tango « Nuevo », il est bien obligé de l’accepter, mais cela le sectorise et le confine dans une solitude que dans le fond il n’aime pas. « Il est difficile de se rendre compte de cette solitude » dit-il. Le point positif dans cette solitude est qu’il s’en dégage une émotion forte, peut-être même une désespérance (ça c’est moi qui le dit) qui l’oblige à chercher et à trouver au fond de lui-même suffisamment d’énergie et de profondeur d’âme pour danser et exprimer cette émotion.
Sur les débuts de cette tendance :
Datant de 15 ou 20 ans, elle est portée initialement par Gustavo Naveira et Fabian Salas qui sont allés dans leurs recherches au-delà de tout ce qui avait été fait auparavant. Chicho est arrivé alors et a pris part à cette recherche, avec eux. Il cite l’anecdote suivante : Gustavo et Fabian enfermés à « Cochabamba » (pratique à Buenos-Aires) tous les jours pendant 4 ou 5 heures et pendant 5 mois pour leurs recherches, sans aller dans les milongas danser. Il n’y avait que lui, Chicho qui allait danser pendant cette période. Gustavo et Fabian par cette recherche, ont fait évoluer considérablement le Tango.
Sur la musique :
La référence de Chicho, pour la modernité, est Astor Piazzolla qui a changé la musique Tango. Puis il dit que, de Piazzolla à Gotan Project, il n’y a rien. Un trou donc, comme pour les danseurs en Argentine, entre 40 et 60 ans, très peu de danseurs de cet âge.
Il peut danser son tango sur de la musique électronique car c’est une musique nouvelle et actuelle, qui s’accorde bien avec le Tango que l’on dit « Nuevo ». Ce qui ne l’empêche pas de danser sur Di Sarli ou Pugliese, ce qu’il apprécie beaucoup, pour les richesses que cette musique comporte.
Sur « Danser à deux » :
Danser sur la musique électronique pour lui n’enlève pas cette dimension de « danser à deux ». Il faut toujours danser avec son âme, pour sa partenaire, avec passion. C’est ce qu’il exprime : « quand je vais danser, je danse pour ma partenaire, je cherche à l’intérieur de moi, en fonction de la musique et de mon ressenti, quelque chose à lui exprimer pour elle seule » Et encore : « c’est facile de faire des volcadas, colgadas, saccadas mais il est beaucoup plus difficile de trouver en soi l’essence du tango et la parfaite union avec la partenaire. Chicho regrette un peu que l’on ait perdu l’essence du Tango actuellement, car pour lui il devrait y avoir de l’émotion quand on danse et il n’en voit pas. L’émotion et la technique devraient être présents ensemble dans la danse. Il se rappelle que quand il apprenait le Tango (avec Tete entre autre au tout début, mais c’est une autre histoire : « ce style est limité » dit-il) et qu’il allait dans les milongas à Buenos-Aires, il passait un temps fou à regarder les gens danser pour s’imprégner de l’atmosphère des lieux et de la façon de danser des gens. « C’est important de regarder, dit-il, c’est avoir du respect pour la danse, pour pouvoir ensuite entrer sur la piste et avoir une communion non seulement avec la partenaire, mais également avec tout le bal entier ». Du reste il dit qu’aujourd’hui encore, il passe du temps à regarder avant d’entrer sur la piste.
Trouver son propre Tango est également une phrase forte chez Chicho.
Sur la communication homme-femme dans la danse :
Il constate que la communication existe plus aujourd’hui qu’hier où les danseurs, machistes pour la plupart, ne dansaient que pour eux et pour se faire remarquer. Aujourd’hui, les mouvements sont créés plus pour la femme, pour la mettre en évidence, pour la faire danser en définitive. Et quelque part, l’avenir selon lui consisterait à rechercher un équilibre plus juste homme-femme, pour les mouvements.
Il déplore qu’actuellement il y ait une séparation technique / essence du Tango, et dans ses cours il s’efforce de compenser cela en proposant à ses élèves de faire des exercices de communication corporelle, par exemple sans se toucher, sans se voir…..
Conclusion :
Après 10 années passées à Paris et après beaucoup de voyages à travers le monde - ce qui lui fait dire que le Tango est mondial, - Chicho repart en Argentine. Son projet là-bas est d’ouvrir une école de danse, et aussi d’organiser, de participer à des spectacles où des musiciens seraient susceptibles de travailler avec lui. Il pense trouver plus de possibilités de travailler avec des musiciens locaux, car c’est plus facile là-bas qu’ici.
Conclusion bis :
Voici ce qui a été le plus marquant pour moi hier. Importance de ne plus faire de technique pour la technique, trouver en soi ce qui fait que le Tango existe : l’émotion, la communication…même avec cette tendance moderne pour reprendre les termes de Chicho. J’espère n’avoir pas trahi les pensées de Chicho, qu’il m’en excuse si c’est le cas. Et merci pour vos commentaires si quelquefois vous êtes allés aussi à cette conférence.
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