On en trouve évidemment à Paris, aux USA, à Buenos-Aires, bref partout très certainement, mais à Buenos-Aires plus encore qu’ailleurs et encore plus virulents. Là, les traditionnalistes intégristes nient en bloc toute conception d’originalité cataloguée de “ Nuevo ”, et prétendent même - horreur suprême - que cela n’existe pas !
Ce refus pur et simple de ce qui peut être l’avenir en matière de Tango est quand même curieux, d’un point de vue psychologique. Comme ce sont les jeunes qui portent l’évolution et l’avenir du Tango, ce reniement et ce dénigrement du travail de recherche que fait la jeunesse est pour moi étonnant, voire même incompréhensible.
Comme si le passé devait rester dans le présent et dans l’avenir sans bouger.
Comme si la liberté d’expression et de création dans l’improvisation était interdite.
Pour un peuple qui a vécu et souffert sous la dictature militaire…..
| Imprimer
12.7.2007 à 17:39
Eh bien je ne leur prédis pas un bel avenir à ces tristes sires: comme tous les intégristes qui refusent d’intégrer les nouveautés, ils finiront par se désintégrer d’eux-mêmes! La richesse et le génie du tango argentin ne résident-ils justement pas dans sa capacité à se renouveler et à se régénérer à travers le temps? Sans cela il aurait déjà disparu, et sa pratique se limiterait au mieux à un groupuscule de Milongueros sectaires et fondamentalistes. Le tango argentin est suffisamment codifié et exigeant en termes de technicité, alors ne laissons pas en plus ces pseudo-détenteurs exclusifs de la vérité absolue nous imposer un carcan dogmatique. En clair: ne boudons pas notre plaisir!
Pour ma part, du haut de mon expérience de débutant confirmé (rire), j’ai une préférence pour le Nuevo, mais j’aime varier l’abrazo en fonction de la musique, de la partenaire, des figures… et de mon humeur aussi. Car, ne l’oublions pas, c’est également une question de sensibilité et de personnalité.
4.11.2007 à 0:46
C’est avec pas mal de délectation que je lis cette note, et son commentaire. Avec pas mal d’ironie également, si je ne me retenais! N’avez-vous pas entendu Chicho lors des dernières “universités d’été du tango”? et si oui, qu’en pensez-vous? parce ces soi-disants “intégristes” ou autres suppôts d’un tango “traditionnaliste” ne sont pas quoi que vous en pensiez contre une certaine liberté, une certaine ouverture d’esprit. Simplement qu’avant de prétendre “faire” du tango “nuevo” il faudrait apprendre le tango, pas seulement des figures mais aussi une posture, une respiration, une façon de marcher, d’embrasser ou de regarder, pour ne pas dire une culture … bref! apprenons d’abord les bonnes bases, et le reste suivra.
Los saludo attentamente.
4.11.2007 à 10:24
Je vous remercie d’être intervenu sur ce blog car c’est toujours intéressant d’avoir des opinions variées. Je ne peux qu’être d’accord à 100% sur ce que vous dîtes. Un apprentissage , quel qu’il soit doit commencer par le début pour devenir plus “avancé” ensuite, avec l’expérience. Ce que je reproche c’est le dénigrement d’une nouvelle tendance (que l’on peut appeler “Nuevo”) jusqu’au point de dire que cela n’existe pas. Chicho a appellé cela “nouvelle tendance” mais pourquoi ne pas appeler un chat, un chat ? Je ne peux que vous renvoyer à deux de mes posts sur ce blog : “renouveau du Tango, Nuevo Tango, tango fusion, tango électro : querelle de terminologie ou refus pur et simple ?”; puis: “Conférence de Chicho” , qui précisent davantage ma pensée ! Cordialement. Bernadette
26.11.2007 à 22:43
J’ai même l’exemple d’un prof sur Paris (super connu) qui est tellement intégriste que dans ces cours, il n’hésite pas à dire à ses élèves de ne surtout pas aller voir d’autres profs. Que ce sont tous des incompétents et que lui seul à la capacité d’enseigner le ‘vrai’ tango que l’on danse en Argentine… Qu’à Paris aucun prof n’est de son envergure…
Tout ce qui ne dansent pas comme lui ne dansent pas le tango… (je répète texto ce que j’ai entendu de sa propre voix)
Bien entendu, pour lui Piazzolla, ce n’est pas du tango (alors le tango electro, n’en parlons pas…). Le plus marrant c’est d’écouter ses arguments : “Piazzolla, ce n’est pas du tango car le tango, c’est un monde de la nuit, et Piazzolla composait le matin”. Ca se passe de commentaire je crois… On peut discuter du fait que Piazzolla, ce n’est pas du tango, mais on doit quand même le faire avec minimum de connaissance sur le sujet…
27.11.2007 à 10:27
Bah… Voilà un exemple parfait d’un manque de modestie, non ? Sérieusement, je pense que les “bons” profs n’ont pas besoin de se pousser du col eux-mêmes pour se faire aimer et reconnaitre par leurs élèves. Leur talent parle tout seul ! Et puis le fait de dénigrer ce que font les petits copains d’à côté est le signe qu’au fond de lui, il ne se sent pas très sûr…
Quant à Piazzolla, je croyais que tout le monde avait évolué, et bien non, il y en a encore qui rejettent le pur génie ! Bien triste tout ça….
27.11.2007 à 20:49
Ce qui est le plus étonnant, c’est qu’il n’a aucune raison de ne pas être sûr de lui. C’est un excellent danseur. D’ailleurs ce qui m’avait poussé à prendre ses cours, c’est qu’il avait vraiment un très beau style. Il est régulièrement invité à des festivals pour faire des démos, etc… Je vais pas citer son nom, pour qu’il garde son anonymat mais c’est vraiment quelqu’un de connu.
Seulement, il enseigne une technique assez vieille du tango. Par exemple, il enseigne que les ochos se guident avec la main et non pas avec le buste. Sa technique un peu archaique doit probablement le bloquer pour arriver à réaliser les figures de nuevo. Il doit donc être sacrément jaloux des autres. De toute manière, si ce n’était pas le cas, il n’aurait pas de raison d’être aussi agressif. Il doit certainement se sentir frustré. Et il a un ego tellement énorme, qu’il ne se rabaissera jamais à prendre des cours, ou à accepter qu’il y a quelque chose qu’il ne sait pas faire en tango…
Concernant Piazzolla, je concois qu’il peut y avoir des raisons de penser que ce n’est pas du tango. Après tout, il a changé une partie de la rythmique, il a changé les harmoniques. Ca fait quand même beaucoup. Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’instance pour trancher sur ce qu’est un tango musicalement parlant. C’est laissé à l’appréciation de chacun. C’est donc un débat sans fin…
La première fois que je me suis rendu compte de ce débat dans le tango, c’était à une pratique au Patio. Celle qui organise (je connais plus son prénom) a dit aux danseurs qu’elle allait cette année essayer de passer de la musique plus moderne. Ben, ca a fait un gros silence (pour ne pas dire bide) dans la salle… Alors, que des gens râlent sur du Piazzolla ou sur du Gotan, je peux encore comprendre… C’est vrai que lorsqu’on danse milonguero exclusivement, le feeling pour danser sur ces musiques n’est pas terrible (encore que ca dépend de quel morceau). Mais là, j’avais l’impression que les gens râlaient également pour du Pugliese ! Alors que Pugliese même si ca sonne plus moderne que du Canaro, pour moi c’est quand même du tango d’avant Piazzolla, et pas de doute sur lui, c’est bel et bien du tango authentique, écrit dans les règles.
D’ailleurs, j’ai entendu il y a un mois ou deux, à la pratique d’Esprit Tango un homme qui est venu râler auprès de Luis (Bruni) parce qu’il y avait trop de Pugliese à son goût (alors qu’en réalité, la musique dans la pratique de Luis et Pascale est, je trouve, assez équilibrée).
Mais là je trouve que c’était un peu abusé. S’ils n’aiment pas ou n’acceptent pas, c’est leur problème, mais il y a des gens qui aiment. Il doit y en avoir pour tous les goûts, et ce n’est pas respectable d’essayer de s’imposer aux autres. Si on va à une pratique où la musique ne nous convient pas, ben, on change de pratique…
Et si ils n’aiment pas le tango nuevo, c’est leur droit, mais qu’ils ne viennent pas traiter de tous les noms ceux qui aiment. Personne ne leur impose de le danser.
28.11.2007 à 14:15
C’est juste. Je me réfèrerais simplement à une citation de Pablo Veron que j’ai entendue il y a longtemps de sa bouche même : “Le Tango est infini, et il n’y a pas qu’une seule et unique vérité”. Il voulait dire par là que les gens qui disent que le Tango c’est ça, ou ça, en fait n’ont pas compris grand-chose……
Merci pour votre intéressante intervention, même si l’intolérance de certains autres, relatée par vous, ne fait pas trop plaisir à entendre !
28.11.2007 à 16:02
Moi aussi je constate avec effarement que le monde du tango parisien est très conservateur et qu’on ne passe pas beaucoup de tango moderne, en tout cas moins que dans d’autres villes d’Europe. Dans certaines milongas parisiennes on n’entend jamais de tangos modernes (ah si, Pugliese c’est très moderne …), dans d’autres, si on passe 2 ou 3 morceaux modernes c’est bien la fin du monde. Pourtant il existe suffisamment de musiciens actuels qui font du tango, on n’est peut-être pas obligé de toujours passer les éternels Canaro, Di Sarli … Même si j’aime tous types de musiques, j’apprécie avant tout la diversité.
Pour illustrer mes propos je vous propose de regarder les titres des 3 CDs de la compilation “Beginner’s Guide To Tango”, les 3 CDs représentent chacun une époque du tango, par ordre chronologique. Eh bien Piazzolla se trouve sur le deuxième CD.
http://www.ciao.fr/Beginner_s_Guide_To_Tango_Various_Artists__1291985
(il existe plusieurs variantes de cette compilation)
29.11.2007 à 23:05
En même temps, je trouve qu’il n’y a pas beaucoup d’autres alternatives. Aujourd’hui la majeure partie de la création, c’est soit du tango electro, soit du tango nuevo genre Tango Astillero, Quinteto El Despues… Des tango plutôt violents…
De plus, ce sont des musiques qui ne se dansent pas avec n’importe quel style. Quand on a un style très milonguero par exemple, ca s’accorde pas tellement avec ce genre de musique. Le feeling n’est pas terrible…
A part ca, il n’y a que des reprises des titres d’avant…
La grande force du ‘vieux’ tango, c’est qu’il peut se danser avec n’importe quel style, et aujourd’hui je trouve que l’innovation là dessus est un peu pauvre.
Mais si vous avez des artistes créatifs en tête qui font des tango aussi facilement dansables que les tango de la vieille garde, je suis preneur ! Après tout, je ne prétend pas connaitre tous les artistes !
26.12.2007 à 1:40
Cher Marc, j’ai relu vos commentaires et je msouris parce que je suis un élève de ce “professeur intégriste” et je crois que vous avez tout faux.
Ses propos sur Piazola vous n’avez pas dû les comprendre ou tous les entendre parce qu’à un autre cours il a fait écouter des interpretations de Piazolla telles que “Inspiracion”, “Taconeando” “el recodo” ou En la huella de los adios” pour rappeler que Piazola a commencé sa carrière dans l’orquestre d’Anibal Troilo avant de fonder le sien et de faire une tournée en France à la fin des années soixante. Ce Piazolla là , le connaissez vous?
Concernant sa technique archaïque, d’où tenez vous qu’elle est archaïque? qu’est ce qui vous permet de la qualifier ainsi? sa technique est sous-tendue par sa conception de l’abrazo et des rôles féminin et masculin dans le couple de tango, et dire qu’elle est archaïque est un jugement qui n’a aucune pertinence. Elle est en tout cas plus efficace et consensuelle que vous ne le pensez. Quant à ce qu’Il reprenne des cours, pourquoi n’allez-vous pas lui conseiller de vive voix?
Au sujet de sa soi-disant agressivité et son ressentiment vis à vis des tangueros “nuevos”, lui doit en rire parce qu’il est mondialement connu et qu’il n’a pas de soucis à se faire pour ce qui est de sa place dans le tango d’aujourd’hui, mais plus sérieusement pourquoi ces conflits entre tango nuevo et tango “traditionnel”? selon moi qu’il y a deux raisons:
Il y a beaucoup de danseurs qui s’improvisent professeurs ou maitres du jour au lendemain: on en trouve même sur les forums! et c’est bien plus facile de vouloir rénover le tango quand on ne le connait pas, de vouloir le réformer et l’actualiser mais encore faut-il en connaitre les fondements techniques, c’est à dire les styles originels. Sebastian Arce et Mariana Montes par exemple sont avant tout de vrais danseurs de tango, relisons ce qu’il y a d’écrit sur le site “mephisto-tango” par exemple.
Enfin tango nuevo dans le bal fort bien mais que penser du couple qui enchaine les figures et qui avance de deux pas et recule de trois au mépris des autres couples? Lorsqu’on connait la caminata on ne fait pas ce genre d’énormité. Le problème du tango nuevo, c’est que ses adeptes ont tendance à penser que le tango est une chorégraphie plus qu’une danse de bal. Ils privilégient donc les figures au style et à la posture et c’est bien dommage.
Vous parliez tout à l’heure de technique archaïque alors moi je vous rétorque que dans le tango nuevo il n’y a aucune élégance, aucune classe, aucune qualité dans l’abrazo ou dans la posture, aucun respect de ce que certains tangos chantent ou jouent.
26.12.2007 à 11:45
Merci pour cette précision historique. Je suis heureux d’apprendre que se faire piétiner ou bousculer dans un bal est apparu avec le tango nuevo ! Plus sérieusement on trouve des sourds et des gros lourds dans tous les styles. Le respect des autres dans le bal n’est pas une affaire de style, allez danser à La Viruta à Buenos Aires pour vous en rendre compte. Les codes de la milonga, ça s’apprend, et c’est aux professeurs d’y veiller.
26.12.2007 à 14:16
Cher Gaspard
Euh….Pardon, mais Piazzolla s’écrit avec 2Z et 2L……
Bien à vous
26.12.2007 à 14:21
Merci Sylvain! ce ne sont pas des précisions historiques mais des détails qui comptent. Je ne dis pas que c’est la faute au tango nuevo s’il y a tant de bousculades et d’irrespect de nos jours dans les milongas, mais de ses pratiquants. Pour ma part, je reste cool la plupart du temps avec ces danseurs parce que je me réjouis de les voir passionnés et conquis, je me contente de préserver ma partenaire ce ne sont pas quelques “patadas” qui vont me traumatiser! mais je suis beaucoup moins content de lire des gens qui, après avoir été dans un cours pour y pêcher ce qui les intéressait et rien de plus, vont descendre le prof’ en flammes dans son dos, c’est un prôcédé misérable. Personnellement, quand je vais à un cour, je choisis de faire peau neuve, table rase. Si ce cour ne me convenait pas, soi je me tirerais et je me la fermerais soit je dirais mon fait en face comme cela a pu arriver dans le passé effectivement, j’en ai été témoin à deux reprises. Je comprends l’agacement de Marc devant la fatuité de certaines personnes mais il devrait reconnaitre à défaut d’apprécier quand cette égolâtrie est fondée ou pas, quelle degré d’humour et de second degré il y a dans ces déclarations, parce qu’il y a une grande part de provoc’ et d’espièglerie chez ce prof’ qu’il veut épingler.
Pour ce qui est du tango et de la technique soi-disant archaïque je peux apporter une précision: cette technique est encore enseignée en Argentine plus souvent qu’on ne pense et par d’authentiques maitres qui guident comme cela: voir l’interview de Carlos “Petroleo” Estevez sur Todotango par exemple. Je me souviens que débutant le prof’ m’avait montré les deux bases: uno la posture et “punta taco” et deuxio “les cinqs marques” (on dit “marcar” très exactement pour le guidage). Ce n’était évidemment pas du tango nuevo.
Pour ce qui est du fond du débat, c’est bien simple: on peut admettre que le tango évolue avec son temps, mais renier ce qu’il a été , vouloir ignorer ses fondements techniques et culturels revient à inventer une nouvelle danse qui ne serait pas du tango.